Nez, la revue… de presse – #15 – Où l’on apprend ce qu’est un « cueilleur d’essences », que le parfum peut être audible et les masques anti-Covid parfumés

Au menu de cette revue de presse, des voyages, réels ou immobiles, des liens qui se resserrent entre ouïe et odorat, et les confidences de Thierry Wasser et Mathilde Laurent.

Alors que depuis plus d’un an, les possibilités de voyager sont drastiquement réduites, nos déplacements se limitant souvent à un rayon de quelques kilomètres, les odeurs sont plus que jamais des vecteurs d’évasion. Par elles-mêmes d’abord, pour les voyages immobiles qu’elles procurent, mais aussi parce que les matières premières employées en parfumerie viennent des quatre coins du monde. Le documentaire « Nez au Maroc », disponible sur le site de TV5 Monde, propose ainsi de suivre Camille Goutal et Isabelle Doyen dans leur découverte olfactive du pays. Sur les traces des deux parfumeuses qui signent les créations de Goutal depuis 1999, et maintenant celles de leur nouvelle marque Voyages imaginaires, on savoure par procuration les effluves de cédrat, safran, menthe aquatique, myrte sauvage, géranium rosat… Et on assiste à une cérémonie au cours de laquelle des matières odorantes sont brûlées pour célébrer la naissance d’un enfant, et qui inspirera peut-être un jour un parfum.

C’est à un véritable tour du monde que nous convie de son côté Dominique Roques, qui a parcouru la planète pendant trente ans à la recherche des meilleurs producteurs de matières premières pour l’industrie du parfum, du jasmin d’Egypte au vétiver d’Haïti en passant par la rose bulgare. A l’occasion de la sortie de son livre aux éditions Grasset, Cueilleur d’essences, il raconte sur France Culture ses voyages, et notamment sa découverte des arbres à encens au Somaliland, « qui constituent l’origine absolue du parfum », et qui l’ont décidé à coucher ses souvenirs sur le papier.

Si l’épidémie de Covid-19 nous prive de parfums d’ailleurs, elle nous coupe aussi des odeurs les plus quotidiennes, filtrées par les masques qui recouvrent désormais nos nez une bonne partie de la journée. Certaines marques ont toutefois flairé l’opportunité de les parfumer. L’Officine universelle Buly propose ainsi des « autocollants odoriférants pour masques », combinant des notes rafraîchissantes d’eucalyptus, menthe poivrée et citron. WWD nous apprend que Muji vend également des patch pour masque à parfumer soi-même avec l’huile essentielle de son choix. 

On le sait, une partie des personnes touchées par le Covid sont atteintes d’anosmie, qui dure parfois plusieurs mois. Le Parisien s’est penché sur la méthode OSTMR, une thérapie olfactive développée par la neuropsychiatre Olga Alexandre, qui peut aider les malades à réveiller leur odorat. Des thérapeutes formés au sein de l’Ecole supérieure du parfum appliquent désormais cette méthode « qui marie physiologie et psychologie dans une approche globale », en faisant notamment appel à la mémoire olfactive. 

L’épidémie a mis plus que jamais l’olfaction sur le devant de la scène, permettant à une large partie de la population de prendre conscience de l’importance de l’odorat. « Et si les parfums nous redonnaient le goût de vivre ? », s’interroge Radio Notre-Dame. L’émission En Quête de sens réunit la parfumeuse Karine Chevallier, la neuropsychologue Sylvie Chokron et l’écrivain Christian Dumais Lvowski1Auteur du livre Les Parfumeurs pour une conversation sur le pouvoir des odeurs. 

Pour Thierry Wasser, c’est même évident : « le parfum mériterait d’être remboursé par la sécurité sociale ». Interrogé par le Figaro, le parfumeur maison chez Guerlain aborde avec sa verve habituelle sa vocation, la reconnaissance du parfum comme œuvre de l’esprit et comme art, le patrimoine Guerlain, les sources d’inspiration pour le parfumeur ou encore le développement d’une nouvelle création. 

Alors que les parfumeries ont à nouveau fermé leurs portes, comment découvrir les derniers lancements, justement ? Puisqu’il n’est pas encore possible de sentir un parfum lorsqu’on l’achète en ligne, L’Oréal a tenté de le rendre… audible, nous dit L’ADN Tendances. Pour accompagner la sortie de Spice Bomb Infrared, de la marque Viktor&Rolf, le groupe a travaillé avec les équipes de l’Ircam (Institut de recherche et coordination acoustique/musique) afin de mettre au point « une grammaire sonore capable de retranscrire les sensations évoquées par le produit ». « En objectivant la manière de parler du son, on réussit à décoder ce que pourrait transmettre le parfum. Est-ce un son boisé ? Gras ? Chaud ? Va-t-il crescendo ? », énumère la directrice d’IRCAM Amplify. Une expérience étonnante à découvrir au mois de mai. 

Autre manière d’explorer les liens entre l’ouïe et l’odorat, plusieurs podcasts consacrés à l’olfaction ont fait leur apparition. Au menu des Fragrance Podcasts de la Fragrance Foundation France, le 100e anniversaire du N°5 de Chanel, les relations entre art et parfum avec la commissaire d’exposition Sandra Barré ou le parcours de Stéphane Piquart, sourceur d’ingrédients pour la parfumerie. Sophie Irles, fondatrice de l’agence d’ateliers olfactifs Rendez-vous Parfum, propose quant à elle ses Interludes parfumés. Vous y retrouverez notamment Olivier David, enseignant-chercheur en chimie organique et rédacteur pour Auparfum et Nez, pour une histoire de la chimie des parfums, et Julie C.Fortier, une des rares artistes qui intègre une dimension olfactive dans son travail plastique2Le travail de Julie C. Fortier a fait l’objet d’une monographie chez Nez éditions : Voici des feuilles, des fleurs, des fauves et des oiseaux

On termine cette revue de presse avec Mathilde Laurent, parfumeuse maison chez Cartier – marque qui a elle-même lancé son podcast olfactif, Inspire, en fin d’année dernière. Invitée d’Affaires culturelles sur France Culture, elle raconte les « chocs olfactifs » qui ont émaillé son enfance, le parcours qui l’a menée de Guerlain chez Cartier, l’importance de « l’intention » lorsqu’elle crée un parfum et celle de partager la culture olfactive avec le plus grand nombre. Parmi ses recommandations culturelles, nous ne sommes pas peu fiers de découvrir qu’elle cite la revue Nez, dans laquelle elle voit « une ouverture sur le monde olfactif tel que vous pouvez en rêver, qui en explore tous les domaines et d’une richesse folle ».

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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Bonjour merci pour cette revue de presse.
A laquelle j’ajouterais le podcast « La Voix du Parfum » à écouter sur toutes les plateformes et YouTube. « Faire entendre ce qui habituellement se sent », à la rencontre de ceux et celles qui créent des parfums et partagent leur passion. Mais pas seulement …
https://www.dunmotalautre.com/voix-du-parfum/

Merci !

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