Icônes : DKNY Be Delicious, par Maurice Roucel

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Dans le premier épisode de cette série, il revenait sur le succès de Musc Ravageur pour les Éditions de parfums Frédéric Malle. Aujourd’hui, Maurice Roucel évoque DKNY Be Delicious, une fragrance composée pendant ses douze années passées à New York, dans laquelle il a voulu saisir la fraîcheur et la vitalité de la « Big Apple ».

Un podcast by Nez, en partenariat avec Symrise.

Photo : DR.

Soline Godet : « Le Congrès Olfaction & Perspectives s’inscrit pleinement dans la mission de la Cosmetic Valley : fédérer, structurer et faire rayonner l’excellence à la française »

La Cosmetic Valley, dont l’épicentre se situe à Chartres, en Eure-et-Loir, est le pôle de compétitivité de la filière parfumerie-cosmétique. Elle fédère à la fois des acteurs industriels et académiques, universités comme centres de recherche. Afin de favoriser les échanges au sein de cet écosystème, elle organise tout au long de l’année plusieurs salons et congrès, dont Olfaction & Perspectives, qui se tiendra le 19 mars prochain à Bois-Colombes. Soline Godet, directrice générale adjointe Entreprises et Territoires du pôle, a répondu à nos questions.

En quelques mots, quel est pour vous l’objectif de la 7e édition du Congrès Olfaction & Perspectives, dont vous proposez une 7e édition le 19 mars prochain ? 
Le Congrès Olfaction & Perspectives est un lieu de convergence. Nous y réunissons chercheurs, industriels, créateurs et thérapeutes autour d’un même sujet : comprendre l’odorat pour mieux l’utiliser. L’objectif est double : faire avancer la connaissance scientifique et transformer cette connaissance en innovation concrète pour les secteurs du parfum, de la cosmétique et de la santé. C’est aussi un espace de dialogue. L’olfaction reste un sens sous-estimé et nous voulons lui redonner sa juste place.

Quelles sont pour vous les grandes tendances actuelles de la recherche sur l’olfaction et celles des années à venir ? 
La première tendance est neuroscientifique. On explore de plus en plus finement le lien entre odeur, mémoire, émotion et comportement. La deuxième est technologique. L’intelligence artificielle accélère la formulation, la prédiction sensorielle et la compréhension des récepteurs olfactifs. Troisième axe majeur : la santé. L’olfaction n’est plus seulement un sujet sensoriel. La perte d’odorat peut constituer un signal précoce de pathologies comme Alzheimer ou Parkinson. Les odeurs sont étudiées pour leur impact sur le stress et la régulation émotionnelle tandis que de nouveaux protocoles de rééducation olfactive se développent.

Comment le Congrès s’inscrit-il dans le rôle et les missions de la Cosmetic Valley ?
Le Congrès s’inscrit pleinement dans la mission de Cosmetic Valley : fédérer, structurer et faire rayonner l’excellence à la française. Notre rôle est de créer des passerelles entre la recherche académique et l’industrie, de stimuler l’innovation et d’anticiper les mutations scientifiques. C’est une démarche cohérente avec l’écosystème que nous animons au quotidien.

Crédit photo : Heading 360

Smell Talks : Durabilité et naturalité

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Comment la parfumerie peut-elle se réinventer à travers des innovations durables face aux enjeux climatiques et aux attentes croissantes des consommateurs ? Le point avec Flora Renda, Sustainable Sourcing Manager, Élodie Durbec, parfumeur ingrédients naturels, toutes deux chez Robertet et Hedi Derouiche, directeur technique et co-fondateur de la société Actifs Précieux.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Sarah Bouasse.

Photo : Clément Savel.

Smell Talks : Les fruits en parfumerie

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Comment les notes fruitées sont-elles apparues en parfumerie ? Depuis l’apparition des premières molécules de synthèse jusqu’aux derniers progrès dans l’extraction d’ingrédients naturels, Eléa Noyant, Naturals Marketing Manager chez Givaudan et Victor Viard, Naturals Product and Process Development Specialist chez Givaudan, retracent leur évolution.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Sarah Bouasse.

Photo : Clément Savel.

Smell Talks : Le parfum d’un film

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Marc Daniel Heimgartner, parfumeur principal, Sidonie Grandperret, parfumeuse créative senior, tous deux chez Luzi et Thierry Hatier, directeur de la programmation des Rencontres 7e art de Lausanne racontent comment ils ont ajouté une dimension sensorielle inédite au film Les Parapluies de Cherbourg, en imaginant huit fragrances illustrant des moments-clés de l’œuvre de Jacques Demy.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Guillaume Tesson.

Photo : Clément Savel.

1+1 : Symbiosa – Charlotte Gautier Van Tour & Julie Massé

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

La plasticienne Charlotte Gautier Van Tour tisse un univers peuplé de créations évolutives formées de matières organiques vivantes, comme les algues et le monde bactérien. Pour offrir une dimension olfactive à l’installation qu’elle a conçue pour l’exposition « Voir la mer », au MAIF Social Club (Paris), elle a rencontré Julie Massé, parfumeuse chez Mane depuis 2010, qui a signé des parfums comme , pour Giorgio Armani, Vanille Riviera pour Maison Rebatchi ou encore Leaf pour Jil Sander. Entre juin et septembre 2025, elles ont composé ensemble deux fragrances : celle destinée à l’installation parisienne et Symbiosa, le parfum qui s’en inspire, proposant un pont entre notre ancestralité océanique et nos premiers pas sur la terre ferme. Cet épisode nous plonge dans les coulisses de cette création.

Un podcast réalisé par Guillaume Tesson.

1+1 : une expérience de création

Nez propose une série de rencontres entre des parfumeurs et des personnalités d’autres univers. Chacune donne naissance à une création olfactive disponible en édition limitée avec chaque nouveau numéro de la revue.

Ces créations sont disponibles sur le Shop by Nez.

Photo : Arthur Mercier.

Smell Talks : Chine, les nouveaux visages de la parfumerie fine

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Portée par une jeunesse urbaine en quête d’exclusivité, de raffinement et d’expression personnelle, la parfumerie fine connaît un véritable essor en Chine. État des lieux avec Fabien Giausseran, directeur régional adjoint de l’Asie du Nord chez Robertet, Meng Gu, parfumeuse Fine Fragrance chez Robertet et Lan Xiao, parfumeuse et fondatrice de la marque Tombstone.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Guillaume Tesson.

En partenariat avec Robertet.

Ce podcast est disponible en anglais uniquement.

Photo : Clément Savel.

Icônes : Elisabethan Rose, par Aliénor Massenet

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Elle est entrée chez Symrise en 2016. Aliénor Massenet a notamment composé Only the Brave pour Diesel, Jazz Club pour Maison Martin Margiela, Irish Leather pour Memo… Ou encore Elisabethan Rose pour Penhaligon’s, dont elle explique la genèse dans ce quatrième épisode d’Icônes. 

Un podcast by Nez, en partenariat avec Symrise.

Photo : DR.

Maurice Roucel et Francis Kurkdjian réunis autour de la collection Héritage(s)

À l’occasion de la sortie d’un témoignage de Maurice Roucel dans la collection Héritage(s), Symrise et le fonds de dotation Per Fumum organisaient une rencontre exceptionnelle entre le parfumeur, le réalisateur David Richard et Francis Kurkdjian, fondateur de Per Fumum et à l’initiative de ce projet de série d’entretiens audiovisuels consacrée à des figures de la parfumerie.

Article rédigé en partenariat avec Symrise

Paris, un soir de décembre. À un jet de pierre de l’arc de Triomphe, l’appartement Étoile de Symrise accueille une vingtaine de journalistes. L’occasion n’est pas un lancement de parfum, mais la projection en avant-première de quelques extraits d’un entretien filmé de Maurice Roucel. Le parfumeur, qui fêtait en 2025 un demi-siècle de carrière, s’est livré à la caméra d’Héritage(s), une collection de témoignages filmés consacrée à des figures de la parfumerie. Il est là ce soir, en chair et en os, aux côtés du tandem à l’origine de ce corpus documentaire unique en son genre : David Richard, auteur et réalisateur, et Francis Kurkdjian, parfumeur et créateur du Fonds de dotation Per Fumum, qui alimente et finance le projet depuis son démarrage en 2016. Guidée par la volonté de « constituer une mémoire immatérielle, humaine et vivante de ceux qui ont créé les parfums ou qui ont concouru à leur existence, voire à leur évolution », la collection Héritage(s) réunit aujourd’hui les témoignages filmés de 45 personnalités dont plus d’une vingtaine sont déjà disponibles en ligne.
En accès libre et gratuit sur le site du Fonds Per Fumum, sous-titrées en anglais, ces vidéos donnent à voir et entendre des parfumeurs comme Michel Roudnitska, Dominique Ropion ou Max Gavarry, mais aussi des représentants d’autres professions de l’industrie : citons notamment Pierre Dinand, légendaire designer de flacons, Jean Amic, qui a dirigé la création chez Givaudan-Roure et contribué à de nombreux parfums iconiques du XXe siècle, ou encore Olivier Maure, gérant du studio de création grassois Art & Parfum.
Ensemble, ces portraits audiovisuels constituent une somme de connaissances sans équivalent dans l’univers du parfum. Une « capsule temporelle destinée aux générations futures », selon les mots de David Richard, qui donne le coup d’envoi de la soirée en retraçant la genèse de ce projet aussi ambitieux que nécessaire. « Tout est parti d’un constat amer : après le décès des personnalités majeures comme Joséphine Catapano [parfumeuse disparue en 2012, créatrice notamment de Fidji de Guy Laroche], il ne restait souvent d’elles aucun témoignage. Il y avait une forme d’urgence à recueillir la parole de ceux qui étaient là pour parler, afin de pouvoir les transmettre aux étudiants, chercheurs, historiens, professionnels ou simples amoureux du parfum ». Une rencontre avec Francis Kurkdjian a abouti à la naissance de cette idée de captation de la mémoire vivante et peu de temps après, le projet voyait le jour. David Richard, déjà alors réalisateur et auteur du film La Formidable Histoire de l’eau de Cologne s’impose naturellement dans ce rôle pour Héritage(s).

Humour et franc-parler

C’est au domicile de Maurice Roucel que David Richard s’est rendu pour mener l’entretien qui lui est consacré, à découvrir en ligne depuis quelques semaines1Pour accéder à l’interview complète : https://www.fondsperfumum.org/maurice-roucel. Dans cette vidéo de plus d’une heure, découpée en plusieurs chapitres thématiques, le parfumeur se livre face caméra avec tout le franc-parler, la générosité et la malice qui le caractérise. Il évoque son parcours scientifique, sa rencontre avec le parfum et ses années passées chez Chanel – où il a été recruté à l’âge de 23 ans par le parfumeur maison de l’époque, Henri Robert, pour monter un laboratoire de chromatographie. Il raconte ses débuts de créateur, dans un univers encore très grassois – ce que lui, originaire de Cherbourg, n’était pas. Il revient sur la création de plusieurs parfums qu’il a signés, chez IFF puis Quest (aujourd’hui Givaudan) et enfin Symrise, où il travaille depuis 1996.
L’entretien lui permet aussi d’aborder des rencontres ou épisodes marquants de sa carrière, comme son engagement au sein du mythique « groupe du Colisée », un groupe de réflexion sur l’avenir de la profession réunissant quelques personnalités majeures de l’industrie de l’époque – dont Alberto Morillas et Pierre Bourdon – et qui a mené à la publication du livre Questions de parfumerie (Corpman, 1988).
Ou encore son amitié avec Monique Rémy, légendaire fondatrice des Laboratoires qui portent son nom (LMR Naturals, aujourd’hui propriété de IFF), qu’il a notamment aidée à développer une filière de magnolia en Chine, dans les années 1990. Comment ? En utilisant cet ingrédient dans ses parfums, tout simplement. Une toute petite quantité dans Tocade de Rochas, « pour soutenir le démarrage », puis une quantité plus importante dans 24, Faubourg d’Hermès, puis encore un peu plus dans Envy de Gucci. Une anecdote après l’autre, se dessine un témoignage non seulement instructif mais aussi très savoureux, qui réjouira les fans de « Momo » – que nous sommes – autant que les curieux du monde de la parfumerie en général. 

Anciens collègues

Au cœur de la soirée, trois extraits de ce témoignage sont projetés sur un écran, donnant lieu à quelques échanges spontanés entre Maurice Roucel et Francis Kurkdjian. Ce dernier est là en tant que créateur du fonds Per Fumum et soutien historique de la collection Héritage(s), bien sûr, mais aussi en tant qu’ancien collègue de Maurice : les deux hommes se sont côtoyés chez Quest au début des années 1990. À cette époque, Maurice composait Tocade de Rochas tandis que, quelques bureaux plus loin, Francis travaillait sur Le Male de Jean Paul Gaultier… Ils partagent par ailleurs une certaine franchise et une bonne dose d’humour, ce qui ne gâche rien à la discussion qui se noue – et parfois, fuse – entre eux. L’auditoire est suspendu à leurs lèvres lorsque Maurice évoque Musc ravageur, le plus célèbre de ses parfums pour Frédéric Malle, qu’il explique avoir composé, à l’origine, pour répondre au brief du parfum Fragile de Jean Paul Gaultier. Brief qui a finalement été gagné… par Francis Kurkdjian, lui révèle ce dernier !
Des parallèles entre les démarches des deux parfumeurs émergent aussi quand Maurice Roucel raconte l’histoire et les motivations du groupe du Colisée. En effet, cet engagement n’est pas sans rappeler celui de Francis Kurkdjian qui, en tant que président de l’International Society of Perfumers-Creators (SIPC) entre 2020 et 2024, a œuvré pour fédérer la profession autour de valeurs communes et pour donner l’impulsion de réflexions autour du métier et de l’industrie – devenues très rares aujourd’hui.
En guise de conclusion à cette discussion, on demande à Francis ce qui pour lui définit Maurice, et vice-versa. Francis évoque, sans cacher son admiration, la concision légendaire des formules de Maurice. Maurice parle de l’audace de Francis, citant notamment la proportion de mousse et d’ethyl-maltol qui fait la signature de Baccarat rouge 540 : « il fallait oser », reconnaît-il. Lorsque la soirée s’achève, on repense à ces mots prononcés par Maurice Roucel : « Être parfumeur, c’est avoir une idée et la mettre en œuvre avec ton expérience et ton alphabet ». Francis Kurkdjian acquiesce : « c’est de toi que j’ai hérité cette importance première de l’idée ». Preuve, s’il en fallait, que la vision des parfumeurs aguerris nourrit celle des plus jeunes, et que transmettre leur parole est, à ce titre, une mission d’intérêt public.

Visuel principal, de gauche à droite : Stéphanie Morou (Per Fumum), Lucile Duhoux (Symrise), Francis Kurkdjian, Maurise Roucel et David Richard.

Crédits photos : © Alek Katan

Smell Talks : Parfum et neurosciences, la face cachée de l’émotion

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Que se passe-t-il dans notre cerveau quand un parfum nous émeut ? Grâce à la technologie Wavemotion, la maison de composition Parfex explore les réactions inconscientes déclenchées par les odeurs. Jean-François Thizon, maître parfumeur chez Parfex et Vasco Fontes, Neuroscience Manager chez Iberchem mêlent instinct créatif et lecture scientifique pour révéler comment les fragrances activent nos émotions profondes. 

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Sarah Bouasse.

En partenariat avec Robertet.

Photo : Clément Savel.

L’héliotropine : une molécule qui met le feu aux poudres

En 2024, le Comité d’évaluation des risques (CER) de l’Agence européenne des produits chimiques de l’Union Européenne (ECHA) a demandé le classement de l’héliotropine comme substance reprotoxique. Une demande de dérogation a été déposée auprès de la Commission européenne pour que son utilisation reste possible en parfumerie : l’industrie du parfum et de la cosmétique retiennent leur souffle dans l’attente d’une réponse. Retour sur l’historique du dossier et ses enjeux en compagnie d’Aurélie Perrichet de l’IFRA, du parfumeur Thierry Wasser et d’Anne Marie Api et Danielle Botelho du Research Institute for Fragrance Materials (RIFM).

Karl Reimer et Wilhelm Haarmann (à droite) dans leur laboratoire, autour de 1878. (Source : Archive Symrise, Wikimedia Commons)
Karl Reimer et Wilhelm Haarmann (à droite) dans leur laboratoire, autour de 1878. (Source : Archive Symrise, Wikimedia Commons)

D’abord préparée en laboratoire en 1869 par les chimistes Wilhelm Rudolph Fittig et W. H. Mielck avant d’être identifiée dans l’héliotrope en 1876 par Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, l’héliotropine, pipéronal ou 1,3-benzodioxole-5-carbaldéhyde pour les intimes, est synthétisée à grande échelle et commercialisée par Schimmel & Co dès 18791Le Grand Livre du parfum, chap 3. Son odeur amandée, florale et poudrée en fait l’un des piliers de la parfumerie moderne. Mais son usage n’est pas réservé à nos flacons : il s’agit aussi d’un additif aromatique utilisé dans l’alimentation, composant de produits ménagers, ingrédient cosmétique et précurseur de molécules pharmaceutiques comme de psychotropes. Cette polyvalence n’est d’ailleurs sans doute pas étrangère à sa classification, comme l’envisage Aurélie Perrichet, directrice régionale Europe de l’IFRA :« Dans la législation de l’Union européenne, lorsqu’une molécule est jugée problématique (c’est-à-dire classée au regard de certains dangers), elle est automatiquement interdite dans les cosmétiques, quelle que soit son utilisation ou son niveau d’exposition – à moins qu’une dérogation ne soit demandée et accordée. Cette approche fondée sur les dangers est très spécifique à la réglementation européenne sur les cosmétiques, contrairement au cadre applicable aux denrées alimentaires, qui prend en compte, outre les dangers intrinsèques, le risque réel et la dose d’exposition. » Mais comment expliquer qu’elle soit aujourd’hui en danger de disparition ?

Pot d’héliotropine de la société Meyers Brothers Drug Co.,
1910-1940. (Source : Missouri Historical Society, Wikimedia Commons)

Une problématique méthodologique et politique

Le CER de l’ECHA a considéré que cette molécule devait être classée comme « substance reprotoxique », ou CMR 1B (cancérigène, mutagène, reprotoxique), en se fondant sur une étude toxicologique ayant exposé des animaux à des doses élevées de pipéronal par gavage oral 2https://echa.europa.eu/documents/10162/e639e31b-bdc2-3837-6edd-a74b751a64ea.  Dans tous les cas, la question de la dose est essentielle : on sait que de petites quantités peuvent produire des effets différents de ceux observés à des doses plus élevées voire pas d’effet du tout. Il faut donc absolument prendre en compte les niveaux d’exposition réels. C’est ce qui fonde la distinction entre danger et risque, explique Anne-Marie Api, présidente du RIFM, l’institution scientifique indépendante qui collabore avec l’IFRA : « La conclusion du CER de l’ECHA, basée sur des protocoles d’essai standards, ne tient pas compte des conditions d’utilisation réelles. En effet, la présence d’un danger dépend de la quantité utilisée et ne se traduit pas automatiquement par un risque pour la santé. Tout ce que nous expérimentons peut avoir des propriétés dangereuses, mais si l’exposition est extrêmement faible, comme c’est le cas habituellement avec les parfums, le risque réel de préjudice est le plus souvent négligeable. » Toutefois, et dès lors que l’avis du CER relatif à la classification est publié, l’industrie n’a que six mois pour déposer un dossier de dérogation, chose faite par un consortium de sociétés de cosmétique et parfumerie, en juin 2025.

Un processus administratif complexe

L’élément le plus important de ce dossier est l’évaluation de sécurité de la molécule. Danielle Botelho, chercheuse et membre du RIFM, revient sur la méthodologie mise en place par cet institut de recherche indépendant: « Le RIFM et Creme Global [une société d’analyse de données spécialiste des substances de la cosmétique et l’alimentation] ont développé un outil de modélisation permettant de calculer les quantités des ingrédients parfumés auxquels sont réellement exposés les consommateurs, qui prend en compte les différents usages. Pour cela, de nombreuses études et données scientifiques provenant d’une grande variété de sources sont mises en parallèle. Si un risque pour le consommateur est constaté, une concentration maximale acceptable est déterminée et publiée par le RIFM dans une revue scientifique évaluée par des pairs, puis communiquée à l’IFRA. Cette méthodologie garantit que les évaluations de sécurité reflètent l’exposition réelle des consommateurs. » Et les résultats sont, pour les chercheurs du RIFM, sans appel : « L’héliotropine ne pose pas de risque au regard de son utilisation réelle en parfumerie. ». Pour Aurélie Perrichet, le problème est donc structurel : « L’évaluation de la sécurité des ingrédients utilisés dans les cosmétiques et les parfums est extrêmement prudente. Elle intègre notamment des facteurs de sécurité qui, pour la plupart des ingrédients parfumants, dépassent 10 000, traduisant une très large marge entre l’exposition réelle des consommateurs et les niveaux auxquels des effets ont été observés. Pour l’héliotropine en particulier, compte tenu de la très faible exposition des consommateurs via les parfums, toutes catégories de produits confondues (cosmétiques, soins personnels, produits d’entretien), le facteur de sécurité dérivé de l’étude de toxicité reproductive est supérieur à 33 000. Cette évaluation met en évidence une marge de sécurité extrêmement élevée, qui  devrait primer pour juger de l’autorisation ou non d’un ingrédient, ce qui n’est pourtant pas pleinement le cas. »

En effet, pour qu’une dérogation soit accordée, l’évaluation de sécurité n’est pas suffisante : d’autres éléments sont requis, et c’est ce qui explique que les dossiers de dérogation déposées par l’industrie restent jusqu’à ce jour sans suite : « Les difficultés que nous rencontrons sont en fait surtout liées à l’obligation de prouver d’autres points, comme notamment l’absence d’alternatives appropriées dans la palette des parfumeurs – ou encore le respect des exigences en matière de sécurité alimentaire, même en l’absence d’utilisation alimentaire. Il s’agit de mécanismes institutionnels qui causent un effet domino sur l’industrie, comme l’IFRA l’a démontré auprès des États membres dans l’espoir d’éviter, à l’avenir, des décisions fondées essentiellement sur le danger et adoptées sur la base de conditions d’usage irréalistes », explique-t-elle. « Et nous espérons que cela changera. Un texte est actuellement à l’étude au niveau européen afin d’introduire des ajustements afin que la procédure de dérogation puisse réellement fonctionner et permettre l’utilisation continue, en cosmétique,  des ingrédients démontrés sûrs pour le consommateur. Un tel changement est essentiel pour préserver le patrimoine culturel de la parfumerie et orienter l’innovation vers des avantages réels pour les consommateurs, plutôt que vers des reformulations coûteuses et sans valeur ajoutée. »

Molécule d'héliotropine
Molécule d’héliotropine

Des conséquences économiques et patrimoniales importantes

Si la dérogation n’était pas acceptée cette fois encore, l’ingrédient serait définitivement interdit en 2027. Les conséquences pour l’industrie seraient considérables, car de nombreux produits contiennent de l’héliotropine. Une autre problématique tient aux délais laissés par l’Union européenne pour l’interdiction de ces produits : si l’on veut anticiper une interdiction en 2027, il faut prendre des mesures immédiates. Thierry Wasser, parfumeur de la maison Guerlain depuis 2008, le sait bien : « C’est une industrie dont le fonctionnement s’étale sur des années : la création des cartons et emballages, les achats d’ingrédients… C’est la raison pour laquelle les marques réagissent souvent au moment même de l’alerte, avant de savoir si le dossier de dérogation sera accepté ou non. » 

Pour le parfumeur, l’enjeu dépasse largement la dimension financière. C’est le patrimoine olfactif qui est menacé. Les précédentes restrictions, comme celles sur les furocoumarines, composés organiques parmi lesquels on compte notamment le bergaptène présent dans les zestes d’agrumes, ont déjà transformé la palette des parfumeurs. « On a modifié des essences pour les rendre non photosensibilisantes. Cela a sauvé certaines matières premières, et les cultivateurs qui en dépendent : on doit se réjouir d’avoir trouvé cette solution. Mais l’impact olfactif existe. La parfumerie n’en ressort pas indemne. »L’absence de véritable substitut à l’héliotropine complexifie encore la situation. « Lorsqu’on souhaite reformuler, il faut prendre en compte à la fois l’aspect hédonique, lié à la perception esthétique, mais aussi les problématiques de diffusion et de tenue. Deux ingrédients olfactivement proches à un moment T0 ne le seront pas forcément à un moment T+1. Et un changement que l’on juge acceptable au regard de ce qu’il est possible de faire, en tant que parfumeur, ne le sera pas nécessairement par un consommateur : quelqu’un qui porte L’Heure bleue depuis 20 ans remarque tout de suite la différence. » Mais cette question reste peu prise en compte par les décideurs, peu sensibles à la notion de patrimoine olfactif. Et ces mesures liées à un fonctionnement peu pertinent de la réglementation européenne, en plus de créer le trouble entre risque avéré et danger dans des conditions irréalistes, contribue à affaiblir la notion de création olfactive. « Les marques n’ont souvent d’autre choix que d’anticiper, afin de ne pas se retrouver prises de court par un calendrier réglementaire très contraint. Or, reformuler un parfum n’est pas un simple exercice de substitution : c’est un acte à la fois créatif et technique, qui demande du temps. Lorsqu’un ingrédient manque, le risque est de laisser croire que l’odeur peut être modifiée sans conséquence, alors que le consommateur, lui, perçoit immédiatement la moindre variation. »

Or, pour Thierry Wasser, par ailleurs président de la Société Internationale des Parfumeurs Créateurs (SIPC), ce sujet est pourtant essentiel : depuis la fondation de la société en 2011, ses membres ont à coeur de faire reconnaître le parfum comme œuvre de l’esprit, de défendre un patrimoine : « Chaque matière a sa place dans la palette ; le parfumeur écrit des récits avec ses ingrédients, qui constituent un langage qu’il a appris. Lorsqu’on nous retire des éléments, c’est toute l’histoire de ce langage qui est estropiée. Par rapport à un fait avéré de santé publique, je l’entends tout à fait. Mais lorsqu’il s’agit comme ici d’un problème réglementaire et politique, c’est incompréhensible. »Le Scientific Committee on Consumer Safety, un des comités scientifiques indépendants gérés par la Direction générale de la santé et de la protection des consommateurs de la Commission européenne, qui produit des avis scientifiques sur les sujets liés aux risques des produits non alimentaires, donnera son verdict sur la question après étude du dossier courant 2026. L’industrie est confiante quant à cette évaluation de sécurité, mais le principal problème réside donc finalement dans l’obligation de démontrer l’absence d’alternatives appropriées à l’héliotropine. Si la Commission et les États membres estiment que cette condition n’est pas remplie, la dérogation ne pourra être accordée.


Glossaire

CER : Le comité d’évaluation des risques prépare les avis de l’ECHA sur les risques des substances pour la santé humaine et l’environnement dans le cadre des procédures REACH et CLP.

CMR : Substance classifiée comme cancérogène, mutagène ou toxique pour la reproduction, suivant la régulation de l’Union Européenne.

ECHA (European Chemicals Agency) : L’Agence européenne des produits chimiques de l’Union Européenne est l’autorité réglementaire de l’UE chargée de la mise en œuvre de la législation européenne sur les produits chimiques, notamment REACH (enregistrement, évaluation, autorisation et restriction des substances chimiques), ainsi que CLP (classification, étiquetage et emballage des substances et des mélanges), les biocides et d’autres réglementations.

IFRA (International Fragrance Association) : Organisme représentatif mondial de l’industrie du parfum. Son objectif est de représenter les intérêts collectifs de l’industrie et de promouvoir l’utilisation sûre des parfums par le biais de l’auto-réglementation (Standards de l’IFRA).

RIFM (Research Institute for Fragrance Materials) : Institut de recherche scientifique indépendant, international et à but non lucratif fondé en 1966, le RIFM évalue les ingrédients utilisés dans la fabrication des parfums grâce à ses programmes de recherche et d’évaluation de la sécurité reconnus à l’échelle internationale.

SIPC : La Société internationale des parfumeurs créateurs a pour objectif de défendre le métier de parfumeur-créateur, de lui donner un statut et de sauvegarder un savoir-faire, l’art de la composition.


Visuel principal : Louis Pasteur dans son laboratoire à l’École normale supérieure – Gravure de Meyer 1884. (Source : meisterdrucke.fr)

Au Wadi Dawkah, le Grasse du sultanat

Dans cette Arabie heureuse où Sinbad le marin fit sans doute escale se trouve le berceau de l’encens : le Wadi Dawkah, 1 400 hectares au cœur de la région du Dhofar, une terre rocailleuse dans le sud du sultanat d’Oman, où poussent des milliers d’arbres à encens. 

© Amouage

Au loin se découpent les montagnes bleues du Dhofar. Le sol est aride, nu, et le lieu isolé, à quarante-cinq de minutes de Salalah par la route. Nous voici dans le Wadi Dawkah, un après-midi d’octobre. Il souffle un vent frais qui fait cliqueter comme une petite musique l’écorce brune des arbres à encens pelant comme du papier bible. Il se murmure que c’est ici que se récolte le hojari, grade le plus haut parmi les variétés d’oliban. 

Ce territoire, inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO avec trois autres sites clés de l’encens, présente un climat idéal pour Boswellia sacra, nom botanique de l’arbre à encens du sud de la péninsule arabique : un résineux à feuilles caduques et aux branches noueuses, dont la résine odorante s’est longtemps échangée au même prix que l’or. Entre juin et septembre, grâce à sa situation à l’écart de la chaleur du désert du Quart Vide et loin de l’humidité de la mer d’Arabie, le Wadi Dawkah est épargné par les pluies de la mousson lors de la saison du khareef.

À l’entrée du site, une pépinière a été créée, où poussent actuellement 5 000 plants. Ailleurs dans le Wadi Dawkah, d’autres arbres se sont développés naturellement, et la récolte des larmes d’encens s’est déroulée ici de manière sauvage pendant plusieurs générations – certains spécimens semblent avoir plus de cent ans. Des groupes de bergers qui font paître des chèvres et des moutons exploitaient historiquement les arbres du Dhofar pour extraire la résine qu’ils échangeaient ensuite sur les marchés contre du riz et des dattes. Le système de récolte, quoique très peu organisé, est toutefois bien codifié car il n’a pas varié depuis près de trois mille ans. 

© Amouage

Le Wadi Dawkah a beau avoir été distingué par l’UNESCO en 2000 pour ses arbres témoignant d’une culture historique de l’encens dans la région, la zone est restée pendant plus de vingt ans avant tout symbolique. L’exploitation de l’encens pour la parfumerie n’y existait pas jusqu’à ce que le ministère de l’Héritage et du Tourisme d’Oman décide, en collaboration avec Amouage, la maison de haute parfumerie omanaise, d’en relancer la filière dans le sultanat, en 2022. À la suite de cet accord, la majorité de la résine récoltée a commencé à être transformée en huile essentielle, faisant de l’encens un précieux ingrédient pour la parfumerie.

Aujourd’hui, l’objectif au Wadi Dawkah est de produire une huile essentielle d’encens dont on puisse tracer l’authenticité, de l’arbre jusqu’à la larme, puis de la résine à l’essence. Soit le développement d’un véritable encens d’Oman susceptible de bénéficier d’une appellation d’origine contrôlée. Huit de points d’étape ont été dégagés pour la mise en œuvre de ce projet ambitieux.

Clôturer le site

Il a d’abord fallu protéger les 1 400 hectares du Wadi Dawkah. Poser des clôtures autour du site pour protéger les plants de l’appétit des dromadaires. Ces animaux peuvent survivre longtemps dans les zones arides en mangeant les feuilles des arbres à encens. Or leur reproduction s’opère justement dans leur feuillage. Sans feuilles, pas de fleurs ni de graines, ce qui menace à terme la survie de l’espèce.

Former l’équipe 

Pour une nouvelle gestion du site, il a fallu recruter une équipe locale afin de prendre soin de l’environnement et de la biodiversité du Wadi Dawkah. Huit personnes ont été embauchées, avant d’être formées aux pratiques de développement durable, de façon à assurer la traçabilité de l’encens, condition préalable de la filière. Le projet vise à élaborer les meilleures conditions de travail pour les employés du site, à fournir les bons outils aux ouvriers. Dans les années 1960-1970, la découverte de ressources pétrolières a constitué une source d’emploi plus prometteuse que l’extraction de l’encens. Aujourd’hui au contraire, à l’heure où le sultanat cherche à diversifier ses activités économiques pour sortir du tout-pétrole, l’encens pourrait ouvrir des perspectives intéressantes en matière d’emploi.

Définir ensemble un standard de qualité 

© Mulook Albalushi

Pour poser les fondements d’une filière vertueuse, un standard de l’encens a été défini non seulement selon les références académiques, mais aussi sur la base du savoir vernaculaire des Bédouins les plus âgés et de la volonté des plus jeunes de travailler cette ressource. Spécialistes du ministère, chercheurs à l’université, professionnels de l’industrie du parfum, populations locales, l’ensemble des acteurs ont été mis à contribution afin de mobiliser une intelligence collective capable de tirer parti du site de manière respectueuse et durable. Le tout sous la houlette du consultant et expert en ingrédients naturels Dominique Roques, ancien sourceur pour la maison de composition DSM-Firmenich.

Surveiller les arbres grâce aux QR codes

L’ambition conjointe d’Amouage et du ministère du Tourisme et de l’Héritage est d’exploiter à Oman la première forêt intelligente du golfe Persique. Un QR code sera attribué à tous les arbres afin de permettre leur identification et leur traçabilité. Près de 5 000 arbres ont ainsi été géolocalisés. Cela signifie que chaque arbre sera suivi et traité individuellement. Les données collectées incluent : taille de l’arbre, fréquence d’arrosage, position exacte dans le wadi, rendement, calendrier de récolte, etc. Grâce à ce QR code, les informations techniques concernant la production contribuent à élaborer une méthode agricole performante et reproductible, tandis que d’autres données mises en ligne sur Internet permettront aux touristes d’appréhender la biodiversité du lieu.

Arroser mieux 

Il s’agit également d’établir précisément les besoins en eau de l’arbre à encens. Avant 2000, les arbres, sauvages, se régulaient tout seuls, bénéficiant de conditions climatiques exceptionnelles assurant une résine de qualité. Depuis le classement du Wadi Dawkah au patrimoine de l’UNESCO, les quelque 5 000 arbres plantés ont été parfois tellement arrosés que les racines de certains d’entre eux ont pourri. Lorsque Amouage a repris le site, en septembre 2022, les conditions d’irrigation ont été redéfinies et depuis avril 2023 les arbres à encens sont bien moins arrosés, les experts pariant sur le fait qu’ils peuvent sans doute se réguler naturellement. Ce changement de mode d’arrosage a permis d’obtenir des volumes de résine plus importants en mars 2024, au plus haut point de récolte. Il a également fallu rénover l’infrastructure de l’arrosage en raison de fuites, et changer tous les tuyaux sur des kilomètres. Pour assurer les besoins hydriques des arbres, l’eau a été pompée sur le site jusqu’à 85 mètres de profondeur.

Moderniser la logistique 

L’un des enjeux consiste à construire des infrastructures touristiques ainsi qu’une unité d’extraction sur place, permettant aux visiteurs d’observer la distillation de l’huile essentielle. Avec ce projet, l’exploitation de l’encens revient au centre de l’industrie omanaise, conjuguée au développement du tourisme et à la réintégration de la population locale dans la création de valeur.

Chercher pour s’améliorer 

© Mulook Albalushi

Bien que tout soit fait pour minimiser les erreurs, rien n’indique qu’aucune ne sera commise sur le site. « Nous apprenons et nous améliorons à mesure que nous gagnerons en expérience », explique Matthew Wright, le directeur du projet chez Amouage. La première récolte d’encens pour la parfumerie a eu lieu en septembre 2023. Trois employés à temps plein ont été embauchés pour l’occasion. Son but ? Caractériser le profil olfactif de l’encens obtenu sur le Wadi Dawkah et déterminer s’il existe des qualités différentes de résine sur le site. « Nous savons que l’encens omanais a tendance à posséder un taux d’alpha-pinène supérieur à 70 %. Ce taux élevé n’est pas en soi un gage de qualité, mais il distingue l’encens omanais des autres origines. Cet encens-là est différent, et c’est cela qui intéresse les parfumeurs. » L’objectif de la production d’encens dans le Wadi Dawkah n’est pas la quantité, mais la durabilité. À travers ce projet, le sultanat souhaite qu’Oman devienne un modèle d’excellence de l’encens, et le wadi un modèle qui puisse être reproductible sur l’ensemble du territoire. L’initiative s’inscrit dans le cadre plus large du programme Oman 2040 qui prévoit une libéralisation des ressources du sultanat.

Obtenir la certification FairWild 

L’une des premières initiatives mises en œuvre et soutenues par le Conseil consultatif scientifique de wadi Dawkah a été d’obtenir une certification de durabilité pour le site. Cet effort a mené à une étape décisive en 2025 à travers l’accréditation FairWild, une certification reconnue internationalement et délivrée par un organisme tiers pour l’approvisionnement en ingrédients naturels. Pour l’obtenir, « il y a eu une phase d’études approfondies », se souvient Matthew Wright, directeur de Wadi Dawkah pour Amouage. « Nous avons examiné ce que nous avions accompli, ce que nous aspirions à réaliser, l’intégrité de nos pratiques, notre capacité à respecter nos engagements, et enfin, le site a fait l’objet d’une inspection par un organisme tiers. » Pour Matthew Wright, cette réussite va bien au-delà du certificat lui-même. « Le Wadi Dawkah est le premier site de la péninsule arabique à avoir obtenu le statut FairWild, ce dont nous sommes très fiers. Cela montre que les normes internationales en matière d’approvisionnement en ingrédients peuvent être respectées, et le sont, dans le sultanat d’Oman. »

Visuel principal © Amouage

Smell Talks : Cocktails et parfums

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Emanuele Balestra, maître mixologue et Olivier Maubert, directeur de la division Health & Beauty et Innovation chez Robertet nous invitent à découvrir comment l’art de la parfumerie peut sublimer la création de cocktails. Avec des fragrances qui se dégustent autant qu’elles se respirent.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Guillaume Tesson.

En partenariat avec Robertet.

Photo : Clément Savel.

La grande montée de lait en parfumerie

Tantôt nostalgiques, gustatives, animales ou cosmétiques, les notes lactées semblent depuis quelque temps faire fureur dans les flacons, déclenchant passions et ruptures de stock… Nous vous proposons un tour d’horizon historique et culturel du lait et de ses interprétations olfactives.

Ce contenu est accessible aux Membres

Déjà membre ? Connectez-vous ici

Smell Talks : Une création toujours plus naturelle

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Dans un contexte où la traçabilité représente un enjeu majeur, Marc Janottin, directeur de la création des matières premières chez Robertet et Antoine Destoumieux, directeur opérationnel chez Astier Demarest nous invitent à comprendre comment le changement climatique et les tensions géopolitiques influencent l’avenir des ingrédients naturels.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Sarah Bouasse.

En partenariat avec Robertet.

Photo : Clément Savel.

Icônes : Black XS For Her, par Émilie Coppermann

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Elle a fait ses débuts en 1993 en tant que jeune créatrice de parfums aux côtés de Jean-Louis Sieuzac et Dominique Ropion, chez Florasynth, qui deviendra Symrise. Emilie Coppermann a notamment composé Light Blue For Her – Capri in Love pour Dolce&Gabbana,  C.H. Men pour Carolina Herrera, Ikonik pour Karl Lagerfeld… Ou encore Black XS For Her pour Rabanne, qu’elle évoque dans ce troisième épisode.

Un podcast by Nez, en partenariat avec Symrise.

Photo : DR.

Smell Talks : Se former à Grasse

Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

Quels cursus de formation propose la capitale mondiale du parfum ? Quels sont les défis de l’enseignement et les compétences recherchées ? Le point avec Alain Ferro, directeur du Grasse Institute of Perfumery ; Odile Theil, Campus Manager à l’École supérieure du parfum et de la cosmétique et Xavier Fernandez, vice-président Innovation et Valorisation de la Recherche à l’Université Côte d’Azur.

Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Guillaume Tesson.

En partenariat avec Robertet.

Photo : Clément Savel.

Lectures bien senties pour petits et grands !

Parce qu’avoir du nez, ça s’apprend tôt, nous vous proposons une sélection non exhaustive de livres olfactifs à mettre sous le sapin des jeunes de votre entourage. À lire et à sentir, sans modération !

Ce n’est pas à vous, lecteur de Nez, que nous allons l’apprendre : l’odorat est un sens essentiel, tout au long de la vie, pour un tas de bonnes raisons. Encore trop peu d’entre nous en ont conscience, mais exercer son nez stimule la mémoire et les capacités cognitives, améliore la concentration et l’attention, favorise la socialisation, permet une meilleure connaissance de soi, à travers ses émotions et ses sensations, et enrichit sa relation au monde et au vivant. C’est pourquoi inciter les plus jeunes à s’éveiller aux odeurs est indispensable, non seulement pour former de futurs adultes sensibles et connectés à eux-mêmes, mais aussi attentifs aux autres et à leur environnement.

Vous n’avez évidemment pas pu louper la parution de notre Manuel d’éveil olfactif pour petits et grands conçu avec l’association Nez en herbe, paru aux éditions Nez le 30 octobre dernier et qui rencontre déjà un franc succès et une belle visibilité dans la presse. Nous ne pouvons donc que vous recommander d’acheter et d’offrir les yeux fermés cet ouvrage pionnier, unique en son genre, qui vous permettra par la même occasion de muscler votre propre nez pendant ces ateliers collectifs ! Des témoignages de scientifiques, médecins, parfumeurs, artistes ou encore professionnels de l’éducation complètent les fiches d’activités pratiques à faire en classe ou en famille.
Éd. Nez, 24 €
L’acheter sur Shop by Nez

Mais bien d’autres ouvrages destinés aux plus jeunes permettent de développer leur culture olfactive, tout en stimulant leur pratique de la lecture. Nous vous proposons ici une sélection non exhaustive de lectures bien senties, ainsi qu’un jeu, à mettre sous le sapin, les yeux, les oreilles et le nez des petits… et même des grands !

Vous avez déjà dû forcément croiser la collection des « Livres des odeurs » des éditions Auzou, qui s’est fait le spécialiste de ces petits ouvrages à sentir, sous forme d’odeurs encapsulées dans des « scratch & sniff » : celles de la ferme, du marché, des fruits ou des saisons, une vingtaine de titres s’adressent aux enfants de 2 à 5 ans. Le rendu des odeurs est assez inégal, mais c’est amusant et accessible.
Éd. Auzou, de 11 à 15 €

Comme vous l’aurez peut-être remarqué, dans les livres pour enfants, les odeurs sont souvent… des puanteurs !
De Mon chien qui pue (Christine Roussey, 2015, La Martinière) à C’est quoi cette odeur ? (Ingrid Chabbert, Marjorie Béal, 2014, Frimousse) en passant par Un putois épatant (Adrien Poissier, 2020, L’École des loisirs) ou encore la série de La Princesse qui pue qui pète (Marie Tibi, Thierry Manès, 2021-2025, Casterman), les personnages puants sensibilisent à l’hygiène ou à la différence, tout en nous faisant bien rigoler.

Dans La Grande Fabrique de tout ce qui pue, par Nadja Belhadj et Philippe de Kemmeter, c’est un pingouin qui sert de guide dans un univers de sueur, de vomi, de cadavres et d’excréments. Drôle et didactique. 
Éd. Saltimbanque, 2022, 13,90 €

Dans la même veine, Ça pue ! de Clive Gifford et Pete Gamlen, invite le lecteur curieux à disséquer toutes les odeurs corporelles, ou animales, de l’Antiquité à nos jours.
Éd. La Martinière jeunesse, 2020, 14,90 €
L’acheter sur Shop by Nez


Paru l’an dernier, La Petite Boutique des odeurs, par Delphine Fiore et Lucas Giossi, nous raconte l’histoire de Nora et son frère Louis qui vivent dans une ville où l’air ne sent rien. Les odeurs s’achètent dans une petite boutique, renfermées au creux de fioles. Mais elles peuvent aussi être chassées. C’est ce que fait Louis : pain sorti du four, neige de décembre, sable de l’océan se côtoient dans sa collection mystérieuse. Bientôt, il initiera Nora. Cet album jeunesse poétique propose aux jeunes – et aux moins jeunes – d’imaginer les parfums qui ont pu traverser le temps, jusqu’au souffle des dinosaures. Les illustrations et la convocation d’autres sens donnent vie aux senteurs, les auteurs ayant eu le bon goût de s’émerveiller de tout (bouse de vache incluse !). Une invitation à la rêverie et à la curiosité olfactives, mais aussi une ôde aux émotions qui naissent lorsqu’on respire. 
Éd. Quanto jeunesse, 2024, 14,50 €

    Les animaux sont une source inépuisable d’histoires olfactives, comme en témoigne Animodorat, d’Emmanuelle Figueras et Claire de Gastold, un livre animé qui aborde les différentes fonctions de l’olfaction chez nos amies les bêtes (se nourrir, s’orienter, se reconnaître entre elles, séduire…) à travers des petits volets à soulever qui révèlent des explications rigoureuses, toujours très clairement énoncées. Les petits curieux, mais aussi les plus grands, apprendront ainsi que l’opossum se laisse tomber raide sur le flanc en produisant une fausse odeur de cadavre pour tromper ses prédateurs ; que les abeilles gardiennes, en implacables « physios » à l’entrée des ruches, reniflent chaque arrivant et ne laissent entrer que ceux qui portent l’odeur de la colonie ; ou encore que, durant la saison des amours, le maki catta (petit primate de Madagascar) mâle enduit sa longue queue rayée d’une sécrétion à l’odeur écœurante pour affronter ses rivaux : celui qui pue le plus gagne ! 
    Éd. Saltimbanque, 2019, 19 €
    L’acheter sur Shop by Nez

    De son projet de fin d’études en illustration à l’école de Condé, Yukiko Noritake a tiré une publication : Voyage au pays des odeurs. L’ouvrage imaginé par cette jeune artiste japonaise, en collaboration avec deux autrices étudiantes en lettres, Anaïs Martinez et Oriane Daveau, propose une plongée dans l’univers des odeurs, à mi-chemin entre roman graphique initiatique et petite encyclopédie illustrée. Il met en scène trois protagonistes qui, au fil de leurs rencontres et discussions avec différents personnages très incarnés, vont découvrir les mécanismes de l’odorat, les techniques d’extraction des matières premières, le processus de création d’un parfum ou encore le mariage des saveurs. Alternant les pages un peu techniques, aux dessins très pédagogiques, et les planches plus poétiques, comme la transposition des familles olfactives en motifs multicolores, ce livre sensible et délicat constitue une entrée en matière attrayante pour un public jeune, ou du moins novice.
    Éd. Actes Sud jeunesse, 2019, 19,50 €
    L’acheter sur Shop by Nez

    Paru en 2025 aux éditions Encres de Siagne, situées près de Grasse, Gaston le petit parfumeur raconte l’histoire d’un garçon parti en quête d’une note de cœur pour composer un parfum qu’il souhaite offrir à sa mère, qui est elle-même parfumeuse… En compagnie de son chat Cacahuète, il parcourt des bois magiques à la recherche de l’ingrédient manquant. L’autrice et illustratrice Ludivine Javelaud propose un conte malicieux et poétique à découvrir à partir de 3 ans.
    Éd. Encres de Siagne, 13 euros

    Pour les jeunes lecteurs bilingues ou anglophones, nous pouvons également mentionner Stinky and Bigs – The Smelly Adventures, signé Nancy Cavallaro, qui est directrice de l’évaluation aux États-Unis chez Cosmo International Fragrances, et dont une interview figure dans le Manuel d’éveil olfactif (disponible aussi ici en ligne). Selon les mots de l’autrice, le livre « raconte l’histoire d’un chat noir et blanc que l’on prend pour une mouffette, et de son minuscule ami, une mouche appelée Bigs, qui cherche à aider Stinky à sentir bon et à se sentir bien. Bigs parcourt donc le monde pour récolter diverses matières premières et créer une « potion » extraordinaire pour Stinky. Le livre explique, en des termes simples, le métier de parfumeur, mais il parle aussi d’amitié, d’estime de soi et d’acceptation. Un parfum ne vous transforme pas en quelqu’un d’autre, il révèle ce que vous êtes déjà. »
    20 € sur tasteandsmell.org

    Quant à The Perfume of Roses, il relate la rencontre entre deux fillettes, dont une mal-voyante, qui explorent le pouvoir de leur odorat dans les champs de roses au Maroc. L’autrice et photographe Christa Moreau y partage sa conviction que les parfums nous incitent à nous rapprocher des autres et de la nature. 
    Illustré par Sally Walker. Éd. The Dreamwork Collection, 2025, 16,99 €

    Pour terminer, un investissement certes plus important, mais qui en vaut la chandelle : le jeu olfactif Kisenkoi, conçu par la parfumeuse et olfactothérapeuthe Félicie Codron (qui a aussi contribué au Manuel d’éveil olfactif, la boucle est bouclée !) pour éduquer, rééduquer son nez et stimuler le cognitif. Vraiment bien pensé et réalisé, il permet de s‘entraîner en s’amusant à tout âge, à l’aide de 20 stimuli odorants et des cartes indices.
    Kisenkoi, 70 €
    L’acheter sur Shop by Nez

    Bonne lecture !

    Visuel principal par Adèle Chévara pour le Manuel d’éveil olfactif, © Nez
    Le texte de La Petite Boutique des odeurs est repris de la revue Nez #19, et rédigé par Jessica Mignot.

    Smell Talks : Structurer une filière d’excellence

    Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

    Armelle Janody, présidente de Fleurs d’exception du Pays de Grasse et Carole Biancalana, vice-présidente, expliquent comment leur association, reconnue « mesure de sauvegarde » par l’UNESCO, s’est structurée à partir d’un ancrage local pour garantir une filière d’excellence autour des plantes à parfum.

    Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Guillaume Tesson.

    En partenariat avec Robertet.

    Photo : Clément Savel.

    Smell Talks : Grasse, le berceau de la parfumerie

    Également disponible sur : SpotifyDeezerApple PodcastsAmazon Music

    Aujourd’hui, Gabriel Benalloul, spécialiste de l’histoire de la parfumerie grassoise ; Diane Saurat-Rognoni, guide conférencière, fondatrice d’Ad Vitâme ; Jérôme Bruhat, directeur général de Robertet et Élisabeth de Feydeau, docteure en histoire et experte en parfum, retracent l’essor historique de la parfumerie à Grasse, et mettent en lumière les dynamiques territoriales qui ont fait de « la ville des fleurs » la capitale du parfum.

    Une table ronde enregistrée lors de la Grasse Perfume Week 2025 et animée par Sarah Bouasse.

    En partenariat avec Robertet.

    Photo : Clément Savel.

    Avec le soutien de nos grands partenaires