Franck et Hugo (parfumerie Oriza L. Legrand Parfums, à Paris) : « Notre magasin est une machine sensorielle à remonter le temps ! »

Notre série estivale d’entretiens avec les parfumeries de niche dépositaires de Nez se poursuit avec cette fois la marque Oriza L. Legrand. Franck et Hugo ont bien voulu répondre à nos quelques questions… tout en facétie !

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

Franck : J’étais passionné par les créateurs de parfum et les petites maisons confidentielles. Mes recherches historiques à l’aide des archives de la Maison Oriza L. Legrand m’ont permis de mieux appréhender l’univers de la parfumerie. J’espérais qu’un jour ma passion puisse se muer en une participation active…

Hugo : Formé voilà 20 ans (!) à «  L’école » de l’Artisan parfumeur pendant mes études commerciales en alternance, mon intérêt pour le parfum, « le beau » en général et l’Histoire en particulier, s’est aiguisé au fil de mes expériences professionnelles dans de grandes et petites structures. Après toutes ses années d’apprentissage, la Maison Oriza L. Legrand réunit tous mes centres d’intérêt : le parfum, l’art et l’histoire.

Oriza L. Legrand

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Un bond en arrière de 100 ans, visuellement et olfactivement, avec cette caractéristique que nos parfums anciens sont d’une modernité incroyable. Les clients sont à l’unanimité transportés à La Belle Epoque ou dans les Années Folles dès qu’ils franchissent le pas de la porte. Notre magasin est une machine sensorielle à remonter le temps! Le calme y règne au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la capitale. Ici point de luxe tapageur et de lignes épurées… Nous avons pris le parti de l’échoppe accessible et du mobilier chaleureux, en associant l’ Art-déco à l’ Art-Nouveau avec cette touche rococo typiquement Belle Epoque.

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

Seule notre Maison de Parfums est représentée dans notre magasin mis à part quelques accessoires complémentaires au parfum et qui se parfument : écharpes tricotées-main dans les Cévennes, faux-cols, manchettes, nœuds papillon parisiens et mouchoirs lyonnais… Tous les accessoires sélectionnés ou conçus pour nous sont fabriqués artisanalement en France avec cette éthique qui caractérise la Maison Oriza L. Legrand. Les artisans, les matières, la qualité et l’intemporalité les caractérisent. [N.D.L.R. : Eh bien sûr, Nez est également dans la boutique !]

Un ou des coups de coeur cette année ?

 Doux Songe de Gueldy… Ah ? Non nous ne sommes pas en 1911 ??? … Alors un  Oriza L. Legrand  quelle que soit la création!

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? 

FranckVilla Lympia, qui évoque le sable chaud et les embruns… Idéal pour seul vêtement en cette période.

Hugo : Cuir de L’Aigle Russe qui est mien parce que si éloigné de tous les Cuirs de la parfumerie: aromatique, fleuri et si évocateur de la Russie des Tzars!

Propos recueillis par mail le 27 juillet 2016

Vous pouvez également relire les entretiens Auparfum parus pendant l’été 2015 avec Jovoy, Sens Unique, LiquidesHaramens et Marie-Antoinette

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Quelles sont les raisons qui peuvent pousser une société de composition à développer un nouvel ingrédient naturel ? 

La première, commune à toutes les sociétés, est liée à un enjeu créatif. Chaque fois que l’on introduit une nouvelle odeur, cela déclenche chez les parfumeurs une réflexion extraordinaire : on se dit qu’on pourrait l’employer dans tel projet, l’associer à tel autre pour créer un accord inédit… Tout nouvel ingrédient invite à imaginer quelque chose de différent. D’autres raisons répondent à des inclinations du marché : parfois, on développe un ingrédient qui ne constitue pas une innovation olfactive majeure mais qui s’accompagne par son origine d’une histoire intéressante, ou qui résulte d’une méthode d’extraction  plus « verte ». D’autres fois encore, un nouveau produit nous permet d’en remplacer un autre que la législation nous interdit d’utiliser. Enfin, les tendances sont importantes : la vague « gourmande » nous a notamment incités à faire entrer dans la palette des notes de fruits et de fruits secs pour pouvoir y répondre avec des produits naturels.

Y a-t-il aussi des raisons liées à l’approvisionnement ? 

Bien sûr. À une époque, les sociétés de composition ont d’ailleurs délaissé le développement de naturels, parce que ces ingrédients sont sujets à des variations olfactives d’une année sur l’autre et qu’ils sont soumis à des aléas climatiques, politiques, etc. Mais, de nos jours, l’engouement pour les naturels renaît car ce sont des produits très facettés, donc uniques. D’autre part, les marques aiment revendiquer leur utilisation. Alors on y revient et, pour sécuriser l’approvisionnement, on cherche à avoir dans notre palette plusieurs produits de qualité botanique identique mais de provenances géographiques différentes, afin de ne pas être pris au dépourvu en cas de problème. 

Quelles sont les différentes étapes du processus, entre la découverte d’un nouvel ingrédient et son entrée officielle dans la palette maison ?

Une fois qu’on a identifié la matière première qui nous intéresse, on teste en laboratoire différentes méthodes d’extraction. On cherche celle qui lui réussit le mieux, puis on présente le résultat aux parfumeurs pour valider  – ou non – son intérêt olfactif. En parallèle, le produit subit des analyses pour déterminer s’il contient des molécules allergènes, cancérigènes, etc. De son côté, le département achats étudie les questions liées à la pérennité de l’approvisionnement en matière première : pourra-t-on en acheter une quantité suffisante ? Quelle logistique prévoir pour son acheminement, ou pour le transfert sur place de la technologie d’extraction ? Puis il évalue un prix de revient. Si toutes ces étapes sont passées avec succès, la transposition à l’échelle industrielle peut commencer. En général, tout cela prend environ trois ans et le cycle est semé d’imprévus : environ un tiers des développements sont abandonnés en cours de route. 

Combien de nouveaux ingrédients développez-vous chaque année ?

Deux ou trois, dans les bonnes années. Mais une matière première qui apporte une tonalité inédite, si on en a une tous les trois ou quatre ans, c’est bien ! Et une nouvelle méthode d’extraction, c’est tous les dix ans. 

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En quoi consistent les programmes d’intelligence artificielle appliqués aux parfums ?

Il s’agit de super-algorithmes créés par nos ingénieurs, capables de calculs complexes à partir de bases de données : matières premières, formules, informations chiffrées provenant des consommateurs… Ces outils peuvent être intéressants car ils dépassent les aptitudes du cerveau humain, à la fois en matière de quantité de données traitées et de complexité d’analyse. 

Que peuvent-ils apporter au travail des parfumeurs ?

Chez IFF, nous utilisons l’intelligence artificielle depuis 2006, et je dois dire que cela peut donner des résultats stupéfiants. J’ai par exemple soumis à notre programme une création qui avait été testée auprès de consommateurs. L’idée était d’améliorer ses performances auprès du panel sur certains attributs. J’ai suivi à la lettre les indications du programme, et la version retouchée a effectivement obtenu de meilleurs résultats que la version originale dans la perception des attributs visés. Le plus étonnant, c’est que les recommandations étaient très différentes de ce que j’aurais décidé moi-même, a priori. L’intérêt de l’intelligence artificielle, c’est notamment de proposer un autre point de vue et d’engendrer l’utilisation d’ingrédients nouveaux.  

Avec le développement de ces programmes, aura-t-on encore besoin de parfumeurs ? 

En tant que parfumeur, je suis bien sûr juge et partie, mais il me semble que oui. Ce nom est trompeur : il n’y a pas d’« intelligence » artificielle au sens propre du terme. Ce qui existe, pour le moment, c’est l’illusion d’une intelligence. Il s’agit de gestion des données injectées dans l’algorithme – issues de créations pensées par l’homme. La machine n’intervient pas dans la création pure : nous avons donc affaire à de la formulation augmentée plutôt qu’à de la création augmentée. Pour le parfumeur, c’est un guide, une aide, qui complète ses connaissances et son savoir-faire, mais qui ne les remplace pas. Par ailleurs, chez IFF, le programme d’intelligence artificielle est accompagné par des experts internes qui travaillent avec les parfumeurs. 

Comment cela se traduit-il ? 

Pour créer une bonne formule, il faut à la fois une grande connaissance de l’histoire de la parfumerie, une sensibilité, une vision, de la conviction, mais aussi parfois l’intervention de l’inconscient et du hasard – tout ce que l’intelligence artificielle ne propose pas aujourd’hui. Pierre Bourdon, qui m’a formé, m’a confié qu’afin d’imaginer Cool Water pour Davidoff en 1988, il avait décidé de revisiter le genre de la fougère en omettant intentionnellement la coumarine, qui en est un poncif. Il a déséquilibré sa structure vers davantage de fraîcheur. Il y avait là une véritable intention créative, mais aussi un zeste d’intuition : il m’a raconté avoir utilisé un ingrédient – que je ne citerai pas ici pour ne pas trahir de secret – sans avoir conscience du fait que celui-ci permettait de renforcer le caractère vert du parfum. Ce n’est que des années plus tard qu’il s’est rendu compte de son apport particulier. Pour donner naissance à ce parfum, il a aussi fallu à Pierre beaucoup de conviction, car il a soumis cette formule pour plusieurs projets. La proposition est allée plusieurs fois jusqu’en finale, mais elle perdait toujours, car c’était un parfum qui se démarquait trop des autres. Pourtant, Pierre croyait à sa formule, et finalement Cool Water a eu le succès que l’on sait. C’est pourquoi la création nécessite toujours le cerveau humain. Mais l’intelligence artificielle offre de nouvelles possibilités, résumées par l’expression « formulation augmentée ». 

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