Parfumer le design, designer le parfum

À l’occasion de la Paris Design Week, DSM-Firmenich présente Anankè dans le jardin de la Maison Victor Hugo. Une nouvelle occasion de célébrer le dialogue entre parfum, art et design.

Illustrer une œuvre d’art par une odeur ou faire du parfum une matière de l’œuvre à part entière ? Depuis plusieurs années, DSM-Firmenich explore ce territoire de rencontre en invitant parfumeurs, designers et artistes à confronter leurs langages. Les uns travaillent l’invisible, les autres la forme, la matière, l’espace ou la lumière. De ce dialogue naissent des créations qui ne cherchent pas simplement à traduire une image en odeur, mais à construire ensemble une expérience et à porter un message.

Dans le jardin caché de la Maison Victor Hugo, place des Vosges, à l’abri des regards et au bord du café Papapa, surnom affectueux donné au poète par ses petits-enfants, un menhir fragmenté laisse échapper une fumée odorante. Encens pyrogéné, cade, piment : la pierre semble expirer. Baptisée Anankè, l’installation conçue dans le cadre de la Paris Design Week réunit pour la troisième fois DSM-Firmenich, et pour cette édition la maître parfumeur Nathalie Lorson, le designer Lucas Huillet et l’historien du parfum Alexandre Helwani. Trois regards et trois disciplines qui, édition après édition, se répondent autour de grandes questions contemporaines. La première collaboration, Eau Fraîche, installée aux Archives Nationales, interrogeait les conséquences du changement climatique à travers l’une de nos ressources les plus précieuses : l’eau. Des fontaines parfumées en faisaient à la fois une matière, un médium et le point de départ d’une expérience plurisensorielle de la fraîcheur. Avec Folie, à l’Hôtel de Sully, le trio abordait un autre sujet d’actualité, celui de la santé mentale. Un divan confident géant invitait les visiteurs à s’allonger et à ralentir, tandis qu’au-dessus d’eux dansaient des voiles parfumés. Pour ce troisième opus, le dialogue remonte aux origines. Anankè, mot grec signifiant la fatalité, la destinée, ce qui doit nécessairement advenir, ouvre la préface de Notre-Dame de Paris. Victor Hugo raconte avoir découvert le mot gravé dans un recoin obscur d’une des tours de la cathédrale. Ce terme devint, dès lors, le point de départ d’une réflexion sur l’architecture, l’écriture et la transmission.

« L’installation met en scène un menhir, figure emblématique de l’architecture primitive », explique Lucas Huillet. « Planter une pierre, c’est déjà inscrire un signe dans le paysage, raconter une histoire. Avec la révolution de l’imprimerie, l’écrit s’est détaché de la pierre ; aujourd’hui, l’image et la vidéo ont franchi une nouvelle étape et largement dématérialisé nos récits Â». Face à cette disparition progressive de la matière, le menhir d’Ananké retrouve une présence presque archaïque.

À cette réflexion sur les premières formes d’architecture répond celle des premières formes du parfum : la fumée, le bois brûlé, l’encens. Le menhir devient ainsi un encensoir monumental. C’est ici que le dialogue avec Nathalie Lorson prend tout son sens. La maitre parfumeur a construit la note autour d’une spécialité DSM-Firmenich, l’encens pyrogéné, à la tonalité intensément fumée, qu’elle prolonge d’effets de cade. Une essence de piment apporte une vibration ascendante, métallique, presque incisive. Le parfum ne vient pas illustrer la pierre : pour une fois, il devient visible, s’échappant du menhir en volutes de fumée, matière mouvante et insaisissable.

Face au menhir, trois sphères fragmentées déplacent le regard vers un futur possible. Chacune abrite un parfum et une vision. Éternelle Écume fait surgir la nostalgie d’un jardin de grand-mère gorgé d’eau, alors que « cette ressource pourrait devenir toujours plus rare Â» déplore Nathalie Lorson. « Dans un monde très urbanisé, les notes vertes de feuille de tomate, de concombre et d’algue expriment le besoin de renouer avec une nature rassurante et familière Â».

Idéale Ivresse imagine au contraire une joie instantanée : une note pétillante construite autour du yuzu et du Pamplewood, molécule oscillant entre le pamplemousse rose et une facette boisée, comme une pastille vitaminée destinée à provoquer un shot de bonheur. Enfin, avec Miette Infinie, la gourmandise change de registre. Le parfum explore une saveur umami avec un accord salé-sucré de sirop d’érable et de sauce soja, deux matières façonnées par l’homme mais issues de la nature. Les quatre créations poursuivent même leur chemin jusque dans le café Papapa, où elles sont réinterprétées sous forme de boissons et de pâtisseries personnalisées.

Lorsque le parfum fusionne avec le design

Cette manière de travailler dépasse l’idée d’une simple illustration olfactive. Chez DSM-Firmenich, le parfum peut devenir l’un des matériaux mêmes de l’œuvre, au même titre que le papier, la pierre ou la lumière. En juillet 2026, l’expérience immersive Flowers Are Watching Us orchestrée par la maison de composition, en proposait une autre expression. L’événement réunissait des parfumeurs de la maison venus du monde entier et un collectif d’artistes contemporains comme Sophie Zenon et Anaïs Tondeur, autour d’une question : et si l’on cessait de regarder les fleurs comme de simples objets de beauté ou des symboles culturels pour les considérer comme des sujets, des êtres vivants capables de s’adapter et de réagir à leur environnement ? Le sculpteur visuel et designer français Junior Fritz Jacquet a alors imaginé pour l’occasion une installation in situ dans laquelle le papier se transforme en fleurs imaginaires, traversées par la lumière, les textures et le mouvement. À son Å“uvre intitulée Acropause, répond celui des parfumeurs Amandine Clerc-Marie, parfumeur en chef, et Coralie Spicher. Ensemble, artiste et parfumeurs ne cherchent pas à reproduire une fleur existante, mais à en inventer une nouvelle. Fleur de Papier naît de cette rencontre. Lumineuse, aérienne et multiple, cette fleur imaginaire se construit autour d’Heliobliss®, nouvelle molécule exclusive de DSM-Firmenich aux notes poudrées. En son cÅ“ur, un bouquet floral solaire associe la fleur d’ylang-ylang, le jasmin et l’Osmanthus Firgood. Puis la matière olfactive gagne en texture et poudres : vulcanolide et muscenone prolongent le sillage de muscs délicats. Là encore, le parfum n’est pas posé sur l’œuvre après sa création. Il s’élabore avec elle, dans l’échange entre le papier humide que l’on plie et la formule que l’on compose, une matière visible et une matière que l’on ne peut saisir qu’en la respirant.

Ces collaborations racontent ainsi une autre façon d’envisager la création. Le parfumeur n’est plus seulement celui qui traduit une intention en odeur, pas plus que l’artiste ou le designer ne se contente d’offrir une forme au parfum. Chacun apporte son vocabulaire, ses matières, ses contraintes et son intuition. C’est précisément dans ce dialogue que l’olfaction acquiert un nouveau statut : celui d’œuvre multidimensionnelle capable, elle aussi, d’interroger notre époque.

Anankè, jardin de la Maison Victor Hugo, dans le cadre de la Paris Design Week
6 place des Vosges, 75004 Paris
Du 10 au 20 septembre 2026

Visuels : DSM-Firmenich

Auteur/autrice

  • Aurélie Dematons

    Fondatrice de l'agence Le Musc & la Plume, spécialisée en création de parfums et identités olfactives, elle accompagne les marques du concept au développement. Après avoir débuté chez Coty, puis Cinquième sens, Aurélie explore les territoires d'innovation : diffusion du parfum dans l'air ou création pour d'autres secteurs (hôtellerie, automobile, train). En 2017, elle part faire le tour du monde des plantes à parfums. Elle contribue régulièrement à Nez et à Expression cosmétique.

Commentaires

Laisser un commentaire

Avec le soutien de nos grands partenaires