Les bases de Laire : le réveil des belles endormies

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L’histoire des Fabriques de Laire incarne comme nulle autre la parfumerie moderne, notamment à travers leurs célèbres bases qui ont vu le jour grâce à l’intuition, la vision et l’inventivité de leurs fondateurs et collaborateurs successifs, et qui ont fait leur renommée. Pour faire vivre et renouveler un patrimoine olfactif de plus d’un siècle, Symrise, qui en est aujourd’hui propriétaire, a depuis quelques années constitué une collection de douze nouvelles bases. Ces créations, nées sous l’impulsion de parfumeurs maison, s’inscrivent dans l’héritage de Laire tout en continuant à inventer la parfumerie de demain.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les parfumeurs voient arriver dans leur palette les molécules odorantes de synthèse. C’est une révolution pour l’industrie et le début de l’ère de la parfumerie moderne. Dès 1876, Les Fabriques de Laire, aujourd’hui la propriété de la maison Symrise, mènent des recherches sur ces composés, les produisent et les commercialisent. L’histoire commence lors de l’identification, puis de la synthèse, par Georges de Laire et les chimistes Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, d’une molécule devenue depuis incontournable en parfumerie : la vanilline.

Mais c’est à Marie-Thérèse, la femme d’Edgar de Laire, neveu du fondateur de la maison, que l’on doit l’idée géniale d’assembler ces molécules de synthèse avec des matières premières naturelles pour en faire des pré-parfums dès 1891 : les bases de Laire étaient nées. Ainsi habillées, les composés synthétiques deviennent plus faciles à utiliser par les parfumeurs qui perçoivent mieux tout leur potentiel. Pascal Sillon, parfumeur chez Symrise et grand instigateur du réveil de ces belles endormies, l’affirme : « c’est grâce à l’Ambre 83 que de Laire a pu vendre sa vanilline à une époque où les parfumeurs utilisaient 100% de matières naturelles et surtout des huiles essentielles ». 

Ère de la parfumerie moderne

À l’image de l’Ambre 83, créé dans les années 1900, et encore vendu à une poignée de clients aujourd’hui, les quelques bases de Laire toujours commercialisées en ce début de millénaire ont traversé plus d’un siècle de parfumerie moderne, marquant profondément l’inconscient collectif.  C’est en 2010, dans le cadre de son MBA spécialisé « Luxury Brand Marketing and International Management », que le parfumeur Pascal  Sillon commence à travailler autour des bases de Laire chez Symrise, à travers son mémoire intitulé « De Laire – 1876 – Renaissance d’un  diamant olfactif ». Le réveil de ces belles endormies, c’est à lui qu’on le doit.  Il est persuadé qu’une « société faite de fusions et acquisitions ne peut pas pour autant  tourner le dos à son patrimoine historique et olfactif, [car] ce sont ces facettes de son histoire qui la composent », et elle doit en être fière.  Mais il lui faudra pas moins de six années de dur labeur pour convaincre les équipes en interne de l’intérêt de valoriser cet héritage. Nombre de parfumeurs le jugeaient « muséal » et ne percevaient pas nécessairement le bénéfice commercial d’une telle opération.

Peu à peu, Pascal Sillon parvient à constituer  un « cercle des bases disparues », s’interrogeant avec d’autres parfumeurs de la maison  sur la meilleure manière de remettre ces trésors dans la lumière.  C’est alors qu’ils décident d’élaborer collectivement de nouveaux pré-parfums,  non pas pour le marché, mais pour eux- mêmes, parfumeurs chez Symrise : « pour  nous faire plaisir et raconter de belles histoires », précise Pascal Sillon. Mais aussi  « pour garantir des créations exclusives et incopiables par la concurrence », insiste Émilie Coppermann, parfumeur senior. 

Un travail collégial 

Les parfumeurs s’associent progressivement à cette démarche sans pour autant savoir où elle va les mener, jusqu’à ce qu’en 2015 Symrise leur laisse « carte blanche » durant toute une année, leur offrant le luxe de travailler sur cinq nouvelles bases qui intégreront leur palette au WPC (World Perfumery Congress) de Miami en 2016. Sans contraintes, c’est alors aux parfumeurs de jouer ! Parmi eux : David Apel, Nathalie Benareau, Evelyne Boulanger, Alexandra Carlin, Émilie Coppermann, Aliénor Massenet, Maurice Roucel et, bien sûr, Pascal Sillon. Au rythme d’une réunion par semaine, ils se retrouvent pour créer sans aucune limitation de coût et évaluer leurs essais entre eux. « C’était un vrai échange », raconte Pascal Sillon. Ce travail collégial enthousiasme aussi considérablement les équipes. « C’était magique de redécouvrir les vieux noms, les vieilles formules du début du siècle, c’était comme mettre des enfants dans un magasin de jouets, on était comme des gamins qui lisaient des formules ! » s’amuse Émilie Coppermann. 

L’objectif est de continuer à valoriser la beauté de l’alliance entre naturels et synthétiques,  d’encourager une utilisation différente des dernières molécules découvertes par la société et de jouer la carte de l’exclusivité. Pascal Sillon sollicite ainsi Maurice Roucel en vue d’offrir une nouvelle jeunesse à l’Ambre 83. « Nous avons commencé par nous interroger sur ce qu’était la vanilline du XXe  siècle », raconte Pascal Sillon, qui se rappelle la réponse sans équivoque du maître parfumeur : l’éthyl maltol, une molécule aux intonations gourmandes de praline. Cette matière sera donc le point de départ de ce qui va devenir l’Ambre 84, signant la modernité de ce pré-parfum tout  en l’inscrivant dans la lignée de son prédécesseur.  

Les parfumeurs Émilie Coppermann et David Apel

Un nouveau champ d’expérimentation 

Aliénor Massenet, parfumeur senior, explique  s’être emparée avec enthousiasme de certaines de ces nouvelles bases. Inconditionnelle de l’Ambre 84, elle est allée jusqu’à le  doser à 10 % dans l’une de ses créations, I Am Not a Flower de Floraïku (2018). Avec Miel Essentiel, ce sont les nuances d’aldéhydes anisés et le côté noix de coco crémeux addictif de la Tonkalactone qui sont mis en lumière, et c’est cette nouvelle base qui inspire à Aliénor l’interprétation d’un mimosa. Le Spicatanate, qui évoque l’ail lorsqu’il est senti seul, prend  quant à lui son envol dans la base Rouge Groseille, agissant comme un exhausteur d’odeurs  et soulignant le côté fruité des baies rouges et la facette acidulée de la rhubarbe, notamment à l’œuvre dans So Repetto (2020). Désormais au nombre de douze, ces nouvelles  bases, à l’instar de toutes les matières premières qui intègrent leur palette, ouvrent un  champ d’expérimentation aussi inédit qu’exclusif aux parfumeurs maison. Ces derniers  sont néanmoins convaincus qu’il n’existe pas de recette miracle dans leur assemblage, et que le succès de leurs créations réside avant  tout dans leur aptitude à les doser avec précision et à les associer de manière originale.

Photos : © Symrise

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Bonjour
Y a t il une édition sur les bases de Laire et où peut-on se le procurer ?
En vous en remerciant par avance
Cordialement
A.Ancel

Les bases de Laire : le réveil des belles endormies

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L’histoire des Fabriques de Laire incarne comme nulle autre la parfumerie moderne, notamment à travers leurs célèbres bases qui ont vu le jour grâce à l’intuition, la vision et l’inventivité de leurs fondateurs et collaborateurs successifs, et qui ont fait leur renommée. Pour faire vivre et renouveler un patrimoine olfactif de plus d’un siècle, Symrise, qui en est aujourd’hui propriétaire, a depuis quelques années constitué une collection de douze nouvelles bases. Ces créations, nées sous l’impulsion de parfumeurs maison, s’inscrivent dans l’héritage de Laire tout en continuant à inventer la parfumerie de demain.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les parfumeurs voient arriver dans leur palette les molécules odorantes de synthèse. C’est une révolution pour l’industrie et le début de l’ère de la parfumerie moderne. Dès 1876, Les Fabriques de Laire, aujourd’hui la propriété de la maison Symrise, mènent des recherches sur ces composés, les produisent et les commercialisent. L’histoire commence lors de l’identification, puis de la synthèse, par Georges de Laire et les chimistes Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, d’une molécule devenue depuis incontournable en parfumerie : la vanilline.

Mais c’est à Marie-Thérèse, la femme d’Edgar de Laire, neveu du fondateur de la maison, que l’on doit l’idée géniale d’assembler ces molécules de synthèse avec des matières premières naturelles pour en faire des pré-parfums dès 1891 : les bases de Laire étaient nées. Ainsi habillées, les composés synthétiques deviennent plus faciles à utiliser par les parfumeurs qui perçoivent mieux tout leur potentiel. Pascal Sillon, parfumeur chez Symrise et grand instigateur du réveil de ces belles endormies, l’affirme : « c’est grâce à l’Ambre 83 que de Laire a pu vendre sa vanilline à une époque où les parfumeurs utilisaient 100% de matières naturelles et surtout des huiles essentielles ». 

Ère de la parfumerie moderne

À l’image de l’Ambre 83, créé dans les années 1900, et encore vendu à une poignée de clients aujourd’hui, les quelques bases de Laire toujours commercialisées en ce début de millénaire ont traversé plus d’un siècle de parfumerie moderne, marquant profondément l’inconscient collectif.  C’est en 2010, dans le cadre de son MBA spécialisé « Luxury Brand Marketing and International Management », que le parfumeur Pascal  Sillon commence à travailler autour des bases de Laire chez Symrise, à travers son mémoire intitulé « De Laire – 1876 – Renaissance d’un  diamant olfactif ». Le réveil de ces belles endormies, c’est à lui qu’on le doit.  Il est persuadé qu’une « société faite de fusions et acquisitions ne peut pas pour autant  tourner le dos à son patrimoine historique et olfactif, [car] ce sont ces facettes de son histoire qui la composent », et elle doit en être fière.  Mais il lui faudra pas moins de six années de dur labeur pour convaincre les équipes en interne de l’intérêt de valoriser cet héritage. Nombre de parfumeurs le jugeaient « muséal » et ne percevaient pas nécessairement le bénéfice commercial d’une telle opération.

Peu à peu, Pascal Sillon parvient à constituer  un « cercle des bases disparues », s’interrogeant avec d’autres parfumeurs de la maison  sur la meilleure manière de remettre ces trésors dans la lumière.  C’est alors qu’ils décident d’élaborer collectivement de nouveaux pré-parfums,  non pas pour le marché, mais pour eux- mêmes, parfumeurs chez Symrise : « pour  nous faire plaisir et raconter de belles histoires », précise Pascal Sillon. Mais aussi  « pour garantir des créations exclusives et incopiables par la concurrence », insiste Émilie Coppermann, parfumeur senior. 

Un travail collégial 

Les parfumeurs s’associent progressivement à cette démarche sans pour autant savoir où elle va les mener, jusqu’à ce qu’en 2015 Symrise leur laisse « carte blanche » durant toute une année, leur offrant le luxe de travailler sur cinq nouvelles bases qui intégreront leur palette au WPC (World Perfumery Congress) de Miami en 2016. Sans contraintes, c’est alors aux parfumeurs de jouer ! Parmi eux : David Apel, Nathalie Benareau, Evelyne Boulanger, Alexandra Carlin, Émilie Coppermann, Aliénor Massenet, Maurice Roucel et, bien sûr, Pascal Sillon. Au rythme d’une réunion par semaine, ils se retrouvent pour créer sans aucune limitation de coût et évaluer leurs essais entre eux. « C’était un vrai échange », raconte Pascal Sillon. Ce travail collégial enthousiasme aussi considérablement les équipes. « C’était magique de redécouvrir les vieux noms, les vieilles formules du début du siècle, c’était comme mettre des enfants dans un magasin de jouets, on était comme des gamins qui lisaient des formules ! » s’amuse Émilie Coppermann. 

L’objectif est de continuer à valoriser la beauté de l’alliance entre naturels et synthétiques,  d’encourager une utilisation différente des dernières molécules découvertes par la société et de jouer la carte de l’exclusivité. Pascal Sillon sollicite ainsi Maurice Roucel en vue d’offrir une nouvelle jeunesse à l’Ambre 83. « Nous avons commencé par nous interroger sur ce qu’était la vanilline du XXe  siècle », raconte Pascal Sillon, qui se rappelle la réponse sans équivoque du maître parfumeur : l’éthyl maltol, une molécule aux intonations gourmandes de praline. Cette matière sera donc le point de départ de ce qui va devenir l’Ambre 84, signant la modernité de ce pré-parfum tout  en l’inscrivant dans la lignée de son prédécesseur.  

Les parfumeurs Émilie Coppermann et David Apel

Un nouveau champ d’expérimentation 

Aliénor Massenet, parfumeur senior, explique  s’être emparée avec enthousiasme de certaines de ces nouvelles bases. Inconditionnelle de l’Ambre 84, elle est allée jusqu’à le  doser à 10 % dans l’une de ses créations, I Am Not a Flower de Floraïku (2018). Avec Miel Essentiel, ce sont les nuances d’aldéhydes anisés et le côté noix de coco crémeux addictif de la Tonkalactone qui sont mis en lumière, et c’est cette nouvelle base qui inspire à Aliénor l’interprétation d’un mimosa. Le Spicatanate, qui évoque l’ail lorsqu’il est senti seul, prend  quant à lui son envol dans la base Rouge Groseille, agissant comme un exhausteur d’odeurs  et soulignant le côté fruité des baies rouges et la facette acidulée de la rhubarbe, notamment à l’œuvre dans So Repetto (2020). Désormais au nombre de douze, ces nouvelles  bases, à l’instar de toutes les matières premières qui intègrent leur palette, ouvrent un  champ d’expérimentation aussi inédit qu’exclusif aux parfumeurs maison. Ces derniers  sont néanmoins convaincus qu’il n’existe pas de recette miracle dans leur assemblage, et que le succès de leurs créations réside avant  tout dans leur aptitude à les doser avec précision et à les associer de manière originale.

Photos : © Symrise

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