Les bases de Laire : le réveil des belles endormies

Cette publication est également disponible en : English

L’histoire des Fabriques de Laire incarne comme nulle autre la parfumerie moderne, notamment à travers leurs célèbres bases qui ont vu le jour grâce à l’intuition, la vision et l’inventivité de leurs fondateurs et collaborateurs successifs, et qui ont fait leur renommée. Pour faire vivre et renouveler un patrimoine olfactif de plus d’un siècle, Symrise, qui en est aujourd’hui propriétaire, a depuis quelques années constitué une collection de douze nouvelles bases. Ces créations, nées sous l’impulsion de parfumeurs maison, s’inscrivent dans l’héritage de Laire tout en continuant à inventer la parfumerie de demain.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les parfumeurs voient arriver dans leur palette les molécules odorantes de synthèse. C’est une révolution pour l’industrie et le début de l’ère de la parfumerie moderne. Dès 1876, Les Fabriques de Laire, aujourd’hui la propriété de la maison Symrise, mènent des recherches sur ces composés, les produisent et les commercialisent. L’histoire commence lors de l’identification, puis de la synthèse, par Georges de Laire et les chimistes Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, d’une molécule devenue depuis incontournable en parfumerie : la vanilline.

Mais c’est à Marie-Thérèse, la femme d’Edgar de Laire, neveu du fondateur de la maison, que l’on doit l’idée géniale d’assembler ces molécules de synthèse avec des matières premières naturelles pour en faire des pré-parfums dès 1891 : les bases de Laire étaient nées. Ainsi habillées, les composés synthétiques deviennent plus faciles à utiliser par les parfumeurs qui perçoivent mieux tout leur potentiel. Pascal Sillon, parfumeur chez Symrise et grand instigateur du réveil de ces belles endormies, l’affirme : « c’est grâce à l’Ambre 83 que de Laire a pu vendre sa vanilline à une époque où les parfumeurs utilisaient 100% de matières naturelles et surtout des huiles essentielles ». 

Ère de la parfumerie moderne

À l’image de l’Ambre 83, créé dans les années 1900, et encore vendu à une poignée de clients aujourd’hui, les quelques bases de Laire toujours commercialisées en ce début de millénaire ont traversé plus d’un siècle de parfumerie moderne, marquant profondément l’inconscient collectif.  C’est en 2010, dans le cadre de son MBA spécialisé « Luxury Brand Marketing and International Management », que le parfumeur Pascal  Sillon commence à travailler autour des bases de Laire chez Symrise, à travers son mémoire intitulé « De Laire – 1876 – Renaissance d’un  diamant olfactif ». Le réveil de ces belles endormies, c’est à lui qu’on le doit.  Il est persuadé qu’une « société faite de fusions et acquisitions ne peut pas pour autant  tourner le dos à son patrimoine historique et olfactif, [car] ce sont ces facettes de son histoire qui la composent », et elle doit en être fière.  Mais il lui faudra pas moins de six années de dur labeur pour convaincre les équipes en interne de l’intérêt de valoriser cet héritage. Nombre de parfumeurs le jugeaient « muséal » et ne percevaient pas nécessairement le bénéfice commercial d’une telle opération.

Peu à peu, Pascal Sillon parvient à constituer  un « cercle des bases disparues », s’interrogeant avec d’autres parfumeurs de la maison  sur la meilleure manière de remettre ces trésors dans la lumière.  C’est alors qu’ils décident d’élaborer collectivement de nouveaux pré-parfums,  non pas pour le marché, mais pour eux- mêmes, parfumeurs chez Symrise : « pour  nous faire plaisir et raconter de belles histoires », précise Pascal Sillon. Mais aussi  « pour garantir des créations exclusives et incopiables par la concurrence », insiste Émilie Coppermann, parfumeur senior. 

Un travail collégial 

Les parfumeurs s’associent progressivement à cette démarche sans pour autant savoir où elle va les mener, jusqu’à ce qu’en 2015 Symrise leur laisse « carte blanche » durant toute une année, leur offrant le luxe de travailler sur cinq nouvelles bases qui intégreront leur palette au WPC (World Perfumery Congress) de Miami en 2016. Sans contraintes, c’est alors aux parfumeurs de jouer ! Parmi eux : David Apel, Nathalie Benareau, Evelyne Boulanger, Alexandra Carlin, Émilie Coppermann, Aliénor Massenet, Maurice Roucel et, bien sûr, Pascal Sillon. Au rythme d’une réunion par semaine, ils se retrouvent pour créer sans aucune limitation de coût et évaluer leurs essais entre eux. « C’était un vrai échange », raconte Pascal Sillon. Ce travail collégial enthousiasme aussi considérablement les équipes. « C’était magique de redécouvrir les vieux noms, les vieilles formules du début du siècle, c’était comme mettre des enfants dans un magasin de jouets, on était comme des gamins qui lisaient des formules ! » s’amuse Émilie Coppermann. 

L’objectif est de continuer à valoriser la beauté de l’alliance entre naturels et synthétiques,  d’encourager une utilisation différente des dernières molécules découvertes par la société et de jouer la carte de l’exclusivité. Pascal Sillon sollicite ainsi Maurice Roucel en vue d’offrir une nouvelle jeunesse à l’Ambre 83. « Nous avons commencé par nous interroger sur ce qu’était la vanilline du XXe  siècle », raconte Pascal Sillon, qui se rappelle la réponse sans équivoque du maître parfumeur : l’éthyl maltol, une molécule aux intonations gourmandes de praline. Cette matière sera donc le point de départ de ce qui va devenir l’Ambre 84, signant la modernité de ce pré-parfum tout  en l’inscrivant dans la lignée de son prédécesseur.  

Les parfumeurs Émilie Coppermann et David Apel

Un nouveau champ d’expérimentation 

Aliénor Massenet, parfumeur senior, explique  s’être emparée avec enthousiasme de certaines de ces nouvelles bases. Inconditionnelle de l’Ambre 84, elle est allée jusqu’à le  doser à 10 % dans l’une de ses créations, I Am Not a Flower de Floraïku (2018). Avec Miel Essentiel, ce sont les nuances d’aldéhydes anisés et le côté noix de coco crémeux addictif de la Tonkalactone qui sont mis en lumière, et c’est cette nouvelle base qui inspire à Aliénor l’interprétation d’un mimosa. Le Spicatanate, qui évoque l’ail lorsqu’il est senti seul, prend  quant à lui son envol dans la base Rouge Groseille, agissant comme un exhausteur d’odeurs  et soulignant le côté fruité des baies rouges et la facette acidulée de la rhubarbe, notamment à l’œuvre dans So Repetto (2020). Désormais au nombre de douze, ces nouvelles  bases, à l’instar de toutes les matières premières qui intègrent leur palette, ouvrent un  champ d’expérimentation aussi inédit qu’exclusif aux parfumeurs maison. Ces derniers  sont néanmoins convaincus qu’il n’existe pas de recette miracle dans leur assemblage, et que le succès de leurs créations réside avant  tout dans leur aptitude à les doser avec précision et à les associer de manière originale.

Photos : © Symrise

array(2) {
  ["cat"]=>
  string(6) "Parfum"
  ["posts"]=>
  array(2) {
    [0]=>
    object(WP_Post)#43634 (24) {
      ["ID"]=>
      int(6912)
      ["post_author"]=>
      string(1) "3"
      ["post_date"]=>
      string(19) "2019-10-15 10:00:02"
      ["post_date_gmt"]=>
      string(19) "2019-10-15 08:00:02"
      ["post_content"]=>
      string(16460) "


Celui qui se définit plus comme un « tisseur de mots » que comme un écrivain - car la plupart des textes sont constitués des mots des créateurs -, a poursuivi ses recherches et ses enquêtes à travers les archives des maisons de parfums et près de 200 entretiens, afin de retranscrire une histoire de la parfumerie au plus proche de la réalité, débarrassée de ses mythes et légendes, des discours formatés, déformés ou sublimés par certains journalistes, biographes ou attachés de presse peu scrupuleux. En résulte un témoignage vivant sur l’histoire de la parfumerie, puisque comme le précise l’auteur « dans un monde où les parfums sont modifiés, parfois supprimés, il n’existe pas de musées qui nous permette d’examiner ce qui s’est réellement passé ». C’est pourquoi il s’attache à reconstituer ce passé au plus près grâce au mots des créateurs eux-mêmes, en les écoutant et en « tissant » leurs propos.

Nous l’avons rencontré en juin dans son appartement parisien, dans le quartier Saint-Michel, où il nous a donné un aperçu de son nouvel ouvrage à travers deux créations emblématiques de la maison Chanel : le célébrissime N°5, depuis toujours enrobé de légendes parfois improbables, et Coco Mademoiselle, le parfum féminin le plus vendu au monde qui ne devait au départ être qu’un petit flanker… Entretien.

Comment est venue à Coco Chanel l’idée de créer un parfum ? Vous dites dans votre livre que deux versions coexistent : elle aurait été influencée par son amie Misia Sert, ou par son compagnon le grand-duc prince Dimitri Pavlovitch ?

Misia a en effet dit qu’elle avait donné l’idée d’un parfum à Coco Chanel en lui lisant un fait divers dans le journal en 1920. Mais je ne pense pas que ce soit vrai, car Coco avait déjà déposé le nom « Eau de Chanel » en 1919. Il y avait donc déjà les prémices d’une création de parfum. Sans doute car Poiret et Coty prenaient de l’importance ?

Cependant, l’idée est devenue réalité quand, durant l’été 1920, elle croise une vieille connaissance, Jean-Paul Pléneau, ancien explorateur devenu directeur des Parfums Rallet, et qui l’invite à visiter son usine à Cannes, où elle est présentée au parfumeur Ernest Beaux.

Vous écrivez qu’au départ, elle semblait hostile à l’idée d’un parfum, comme en témoigne cette citation « Je suis un couturier, et je désapprouve tout ce que font les parfumeurs ! » Comment s’est passée sa rencontre avec Ernest Beaux ?

Ernest Beaux parlait très peu publiquement de sa relation avec Coco Chanel. Dans un de ses rares discours, il a expliqué comment elle avait choisi ses premiers parfums parmi une sélection qu'il avait créée entre 1919 et 1920. Il lui a présenté dix parfums, en deux séries, 1 à 5 et 20 à 24, et elle en choisit quatre : 5, 20, 21 et 22.

Laboratoire de la Parfumerie Rallet
Laboratoire de la Parfumerie Rallet

À cette époque, c’est donc ainsi que cela se passait, il n’y avait pas d’échanges entre le parfumeur et son client, pas de retravaux ? Juste une sélection ?

C’est une évidence qu’Ernest Beaux avait déjà créé la collection par lui-même, ses lettres montrent qu’il avait travaillé sur le N°5 pendant au moins cinq ans, et l’avait terminé en 1920 avant sa rencontre avec Coco Chanel. Il n'y a aucune preuve qu’elle lui ait dit de retravailler plus puissant ou plus cher. Au contraire, Beaux n'aurait permis à personne de lui dire quoi faire !

Finalement, un parfumeur travaillait comme un couturier ? « Vous l’aimez, vous l’achetez ! »

Exactement, mais évidemment, plus les parfumeurs travaillent avec les clients et développent une relation de confiance avec eux, plus les clients demandent de modifications.

Quand ce type de demande est-il apparu ?

Jean Patou a par exemple commencé à retravailler Joy (1930) avec Henri Alméras, lui demandant « faites-le plus fort, plus fort, plus fort ! » mais ils n’allaient pas dans des détails techniques comme « faites-le plus aldéhydé » etc.

À propos du N°5, l’auteur Ludovic Bron a dit : « Dans le domaine de la parfumerie, c'était une sorte de Révolution française ». Que voulait-il dire ?

Ce n’était pas un floral habituel, mais une fleur abstraite, imaginaire, à une époque où les parfums copiaient la nature. Il est devenu célèbre pour son utilisation innovante des aldéhydes mais Jacques Polge m’a dit un jour que si vous retirez les aldéhydes du N°5, il restera toujours le N°5, et il a raison.

Ernest Beaux explique qu’il les a utilisés pour faire exploser la richesse des fleurs (rose de mai, jasmin…). Même si les aldéhydes étaient déjà utilisés à l’époque, lui les a poussés à un dosage dix fois supérieur à l’usage courant. Et puis il y a cette vieille histoire selon laquelle il aurait fait ça parce que son assistante aurait commis une erreur, et oublié de diluer les aldéhydes à 10 %. C'est une belle histoire mais ça ne tient pas debout parce que c'était un cocktail de trois aldéhydes (C-10, C-11 et C-12 laurique), donc elle a peut-être fait une erreur sur un aldéhyde, mais pas sur trois !

Cela fait partie de la légende, du mythe du N°5 ! D’où vient cette histoire ?

Cela provient d’une biographie publiée peu de temps après sa mort, [NDLR : Les Années Chanel, Mercure de France, 1972]. Le livre, truffé d’erreurs factuelles, était écrit par le secrétaire général de Paris Match, Pierre Galante, qui n'a jamais interviewé Chanel sur l'histoire de sa vie, mais a prétendu avoir amassé des « centaines de témoignages oculaires » durant les quelques mois qu’il lui a fallu pour écrire le manuscrit.

Coffret Chanel 5 - Chanel 22

Ernest Beaux évoque dans ses lettres son service militaire près du cercle arctique. Comment cette expérience a-t-elle influencé la création du N°5 ?

Beaux a écrit qu'il avait été envoyé pour passer une partie de la campagne de Russie des Alliés au-dessus du cercle polaire arctique « au moment du soleil de minuit quand les lacs et les rivières libèrent un parfum d'une fraîcheur extrême. J'ai retenu cette note et je l'ai reproduite.» L’odeur de ces plantes aquatiques était fraîche, métallique et aldéhydée, comme de la coriandre.

On a toujours dit qu’il avait été lancé en 1921, mais il se pourrait bien que ce soit 1922 finalement ?

Intéressant n’est-ce pas ? La date de lancement a longtemps été enregistrée comme 1921, mais il n’y a pas de preuves attestant cette date. Selon Yves Roubert [NDLR : fils du parfumeur Vincent Roubert], la formule originale était terminée en mars 1922. Constantin Weriguine, l’assistant d’Ernest Beaux, a également écrit que les formules étaient finies à cette date.

Il est possible donc que le N°5 ait été lancé en 1922 aux côtés des six autres parfums que Coco Chanel avait choisis.

Venons-en à Coco Mademoiselle, comment est-il né?

Coco, le premier grand parfum féminin lancé, en 1984, après la mort de la créatrice, était menacé de disparaître progressivement des grands magasins aux Etats-Unis (imaginez l’humiliation !), ce qui nécessitait de revitaliser le nom. Allure avait été lancé en 1996 et c’était un succès, mais ce n'était pas « Coco », le nom signature, qu'il fallait à tout prix sauver.

Publicité Coco Mademoiselle - Kate Moss
Publicité Coco Mademoiselle - Kate Moss

Les flankers existaient déjà mais n'étaient pas bien perçus, assimilés au marché de masse ?

Exactement, comme en témoigne le succès de Drakkar noir, en 1982, qui était le flanker du moins connu Drakkar lancé en 1972, par exemple.

À cette époque, ils préparaient le lancement de Chance, qui devait être le nouveau grand féminin international ?

Oui, et Coco Mademoiselle l’a supplanté !

Comment l'idée d’un chypre a-t-elle germé ?

Jacques Polge, alors parfumeur de Chanel, a toujours admiré Aromatics Elixir de Clinique, un chef d’œuvre chypré. Mais les parfums changent, et le patchouli a peu a peu remplacé la mousse de chêne comme note de fond principale dans les chypres.
Coco Mademoiselle a été conçu comme le parfum que Coco Chanel elle-même aurait porté si elle avait eu vingt et un ans au XXIe siècle. Pouvez-vous imaginer Coco Chanel en femme "florale-fruitée" ? Non, bien sûr que non !

Quand on regarde en arrière, qu'est-ce qu'un chypre ? Quand est-ce que les chypres sortent ? Historiquement, ils ont tendance à prendre de l'importance lorsque les femmes s'affirment.
Première Guerre mondiale : les hommes meurent, les femmes prennent leur rôle à la maison, est-ce qu'après la guerre elles ont repris leur place comme avant ? Non ! On a vu ainsi apparaître Chypre de Coty, Mitsouko de Guerlain... Après la Seconde Guerre, une renaissance du chypre : Bandit, Miss Dior, Femme....
Dans les années 1980, quand les femmes brisent le plafond de verre, apparaissent Ysatis, Passion...

Jacques Polge

En même temps, les orientaux boisés deviennent de plus en plus présents, comme Samsara en 1989, mais l'explosion a eu lieu avec Angel en 1992. Quand Polge créait Coco Mademoiselle, il était conscient de cette influence.

Ils ont ainsi créé la nouvelle tendance du "néo-chypre", aussi parce que l’essence de patchouli commençait à être refractionnée à l'époque ?

Oui, ils avaient déjà travaillé sur des fractionnements d'essence de patchouli pour Chance, pour rendre son odeur plus propre, moins moisie, mais cette essence fractionnée a été utilisée pour la première fois dans Coco Mademoiselle.
Et parce que c'était un flanker, à bien des égards, c'était un peu une récréation pour les parfumeurs. Toute l'attention était portée sur Chance, alors Polge n'a probablement pas eu à se soucier trop de ce que les gens du marketing français pensaient...

Dans Chance, on dirait que ce patchouli s'utilise de façon plus légère, il est plus facetté ? Alors que dans Coco Mademoiselle, c'est plus direct ?

Oui, Chance est plus ludique, Coco Mademoiselle est plus déterminé, et les notes de tête sont aussi très importantes, elles donnent de la fraîcheur et du lift, ce qui est essentiel pour le marché américain.

Et finalement Coco Mademoiselle a connu un succès immédiat ?

Oui, aux États-Unis d'abord, et c'est ce qui a fait le succès dans le monde entier. Aujourd'hui encore, c'est le parfum le plus vendu au monde, dépassant le N°5.

Propos recueillis le 24 juin 2019

" ["post_title"]=> string(92) "Perfume Legends II. French Feminine Fragrances : Michael Edwards, le musée vivant du parfum" ["post_excerpt"]=> string(78) "Rencontre avec l'un des meilleurs connaisseurs de l'histoire de la parfumerie." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(87) "perfume-legends-ii-french-feminine-fragrances-michael-edwards-le-musee-vivant-du-parfum" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2021-03-30 10:43:06" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2021-03-30 08:43:06" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(29) "https://mag.bynez.com/?p=6912" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } [1]=> object(WP_Post)#43215 (24) { ["ID"]=> int(21488) ["post_author"]=> string(2) "39" ["post_date"]=> string(19) "2020-12-02 12:47:06" ["post_date_gmt"]=> string(19) "2020-12-02 11:47:06" ["post_content"]=> string(11401) "

Firmenich a 125 ans cette année, comment allez-vous célébrer cet anniversaire ?

La pandémie actuelle nous empêche malheureusement de réunir nos collaborateurs pour fêter ce moment important de l’histoire de notre entreprise. Afin de célébrer cette date unique, nous allons organiser une convention virtuelle avec nos équipes du monde entier.

Comment l’histoire de l’entreprise a-t-elle commencé ?

Firmenich
Patrick Firmenich,
Président du conseil d’administration

Firmenich a démarré comme une start-up, avec l’association de Philippe Chuit, scientifique brillant, et de Martin Naef, homme d’affaires talentueux. L’histoire commence en 1895 à Genève, dans le quartier de la Servette, lorsque les deux hommes décident de louer le garage d’un certain Charles Firmenich afin d’y développer des molécules révolutionnaires qui séduiront ensuite leur premier client, le parfumeur François Coty. Charles Firmenich avait une fille nommée Thérèse. Elle a remarqué un des beaux jeunes hommes, Philippe Chuit, qui entrait et sortait du garage, et une idylle est née... Elle a ensuite poussé ses frères Fred et Hugo à rejoindre l’entreprise ; ils en ont plus tard pris le contrôle [et en 1934 Chuit, Naef & Co. est devenue Firmenich & Cie.].

Avez-vous toujours souhaité travailler pour cette société ?

Non, au début je ne désirais pas rejoindre le groupe familial... Mais après que j’ai travaillé deux ans pour Credit Suisse First Boston à New York et obtenu un MBA à l’Insead, mon père m’a proposé d’y passer des entretiens. J’ai été séduit par la culture de l’entreprise, ainsi que par les hommes et les femmes qui la composaient. J’ai donc rejoint Firmenich Paris comme vendeur, sous la tutelle de Michel Missoffe. Firmenich est l’héritage de notre famille, et je suis extrêmement fier d’en faire partie depuis 1990.

1895 - Founding fathers : Martin Naef, Philippe Chuit, Fred Firmenich
1895 - Founding fathers : Martin Naef, Philippe Chuit, Fred Firmenich

Généalogie de la famille Firmenich 

1e génération :
1900 : Fred Firmenich rejoint la société créée par Chuit et Naef en 1895 comme vendeur.
1916 : son frère Hugo le rejoint en tant que responsable des ventes.
2e génération :
1931 : Roger et André, fils de Fred Firmenich rejoignent la société.
1939 : Georges rejoint Firmenich.
1944 : tous les membres de la deuxième génération (Roger, André, Georges, Robert, Albert) travaillent dans l’entreprise.
3e génération :
1969 : Fred-Henri rejoint Firmenich et devient le CEO en 1973, jusqu’en 1989. 
1989 : Pierre-Yves, son frère, lui succède en tant que CEO jusqu'en 2002.
Fred-Henri, Pierre-Yves, Charles, Michel, Bernard, Philip sont ainsi actifs chez Firmenich.
4e génération :
André, Yasmine, Julien, Antoine, Johan et Guillaume, ainsi que Patrick rejoignent l’entreprise. 
2002 à 2014 : Patrick prend la Direction Générale, il devient Vice-Président du conseil d'administration en 2014, puis Président en 2016. 
2014 : Gilbert Ghostine entre en fonction en tant que premier CEO non-membre de la famille.

Quel est votre plus beau souvenir ?

Il y en a tellement, après trente années passées dans l’entreprise ! Ma première grande victoire, le parfum CK One, occupe une place particulière dans mon cœur. Lancée en 1994, au départ exclusivement aux États-Unis, cette création unisexe s’est vendue à 15 millions de flacons dans le monde entier pour la seule année 1996. Notre production n’a pas pu suivre la demande, nous vendions l’équivalent de plusieurs piscines olympiques de CK One chaque semaine ! Il est amusant de penser qu’aujourd’hui, un quart de siècle plus tard, c’est toujours un best-seller. Cela témoigne vraiment de la créativité intemporelle de nos deux maîtres parfumeurs, Alberto Morillas et Harry Fremont.

Comment avez-vous vu changer l’entreprise ?

D’une époque à l’autre, au cours de ces cent vingt-cinq années, Firmenich s’est réinventée. La société est restée fidèle à son esprit entrepreneurial et à son héritage d’entreprise responsable en accomplissant de réelles avancées en matière d’innovation et de recherche.
Pour vous donner un exemple, lorsque j’étais directeur général, entre 2002 et 2014, nous avons bâti une stratégie de développement durable ambitieuse afin de placer l’entreprise à la pointe sur les sujets de santé, de sécurité et d’environnement. L’une de mes premières décisions fut de créer une division Conformité pour superviser les efforts visant à rendre Firmenich plus sûre, plus verte, plus transparente et plus responsable envers nos parties prenantes. J’ai nommé un responsable du développement durable comme architecte de la stratégie de l’entre- prise sur ce sujet, et il a produit notre premier rapport sur ce thème en 2006, bien avant de nombreuses entreprises cotées. Puis nous avons lancé le procédé Green Gate en 2010, pour que toutes nos nouvelles molécules de parfum soient biodégradables.

Un musée Firmenich existe à Genève depuis cinq ans. Que présente-t-il ?

Nous l’avons inauguré en novembre 2015 à l’occasion de notre 120e anniversaire. Le musée rend hommage à notre héritage d’excellence en matière de science et d’innovation, qui est le moteur de notre croissance. Depuis le prix Nobel [de chimie décerné à Leopold Ruzicka en] 1939 jusqu’à notre équipement de distillation d’origine en cuivre, en passant par une collection unique de flacons de parfum anciens – qui comprend un collier de perles où chaque perle contenait un parfum –, tout est exposé dans des armoires et des bureaux appartenant à ma famille.

Quel serait votre rêve le plus cher pour les 150 ans de Firmenich, dans vingt-cinq ans ?

Pour les vingt-cinq prochaines années, notre ambition est d’être la référence incontestable en matière de responsabilité sociale et environnementale, en répondant à l’urgence climatique et de rester l’entreprise la plus créative de notre industrie. Nous pensons pouvoir concilier ces objectifs, tout en continuant à répondre aux attentes des consommateurs avec des produits éthiques et traçables. Être créateurs d’émotions positives en respectant la société et la planète s’inscrit dans la genèse même de notre entreprise. Ce sont nos valeurs qui nous permettent d’exister, cent vingt-cinq ans plus tard.

Firmenich en 5 dates

1939
Leopold Ruzicka, qui a déterminé pour Firmenich la structure de la muscone, reçoit le prix Nobel de chimie pour ses travaux sur les terpènes.
1956
Création d’un système d’intéressement des collaborateurs à la performance de l’entreprise.
1991
Signature de la Charte des entreprises pour le développement durable de la Chambre de commerce internationale, un an avant que le sommet de Rio ne donne à cette notion une place centrale au niveau international.
2014
Nomination du premier directeur général n’appartenant pas à la famille, Gilbert Ghostine.
2020
Firmenich atteint son objectif d’utiliser 100 % d’électricité renouvelable et acquiert la société de produits d’origine végétale DRT.

Prix Nobel de chimie attribué à Leopold Ruzicka
Prix Nobel de chimie attribué à Leopold Ruzicka
" ["post_title"]=> string(42) "Firmenich, 125 ans de parfums en héritage" ["post_excerpt"]=> string(188) "« Pour bien faire il faut faire le bien et pour faire le bien il faut bien faire » : cette devise reflète l’héritage de la société Firmenich qui fête en novembre 2020 ses 125 ans." ["post_status"]=> string(7) "publish" ["comment_status"]=> string(4) "open" ["ping_status"]=> string(4) "open" ["post_password"]=> string(0) "" ["post_name"]=> string(40) "firmenich-125-ans-de-parfums-en-heritage" ["to_ping"]=> string(0) "" ["pinged"]=> string(0) "" ["post_modified"]=> string(19) "2021-03-30 10:58:57" ["post_modified_gmt"]=> string(19) "2021-03-30 08:58:57" ["post_content_filtered"]=> string(0) "" ["post_parent"]=> int(0) ["guid"]=> string(30) "https://mag.bynez.com/?p=21488" ["menu_order"]=> int(0) ["post_type"]=> string(4) "post" ["post_mime_type"]=> string(0) "" ["comment_count"]=> string(1) "0" ["filter"]=> string(3) "raw" } } }

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Bonjour
Y a t il une édition sur les bases de Laire et où peut-on se le procurer ?
En vous en remerciant par avance
Cordialement
A.Ancel

Les bases de Laire : le réveil des belles endormies

Cette publication est également disponible en : English

L’histoire des Fabriques de Laire incarne comme nulle autre la parfumerie moderne, notamment à travers leurs célèbres bases qui ont vu le jour grâce à l’intuition, la vision et l’inventivité de leurs fondateurs et collaborateurs successifs, et qui ont fait leur renommée. Pour faire vivre et renouveler un patrimoine olfactif de plus d’un siècle, Symrise, qui en est aujourd’hui propriétaire, a depuis quelques années constitué une collection de douze nouvelles bases. Ces créations, nées sous l’impulsion de parfumeurs maison, s’inscrivent dans l’héritage de Laire tout en continuant à inventer la parfumerie de demain.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, les parfumeurs voient arriver dans leur palette les molécules odorantes de synthèse. C’est une révolution pour l’industrie et le début de l’ère de la parfumerie moderne. Dès 1876, Les Fabriques de Laire, aujourd’hui la propriété de la maison Symrise, mènent des recherches sur ces composés, les produisent et les commercialisent. L’histoire commence lors de l’identification, puis de la synthèse, par Georges de Laire et les chimistes Ferdinand Tiemann et Wilhelm Haarmann, d’une molécule devenue depuis incontournable en parfumerie : la vanilline.

Mais c’est à Marie-Thérèse, la femme d’Edgar de Laire, neveu du fondateur de la maison, que l’on doit l’idée géniale d’assembler ces molécules de synthèse avec des matières premières naturelles pour en faire des pré-parfums dès 1891 : les bases de Laire étaient nées. Ainsi habillées, les composés synthétiques deviennent plus faciles à utiliser par les parfumeurs qui perçoivent mieux tout leur potentiel. Pascal Sillon, parfumeur chez Symrise et grand instigateur du réveil de ces belles endormies, l’affirme : « c’est grâce à l’Ambre 83 que de Laire a pu vendre sa vanilline à une époque où les parfumeurs utilisaient 100% de matières naturelles et surtout des huiles essentielles ». 

Ère de la parfumerie moderne

À l’image de l’Ambre 83, créé dans les années 1900, et encore vendu à une poignée de clients aujourd’hui, les quelques bases de Laire toujours commercialisées en ce début de millénaire ont traversé plus d’un siècle de parfumerie moderne, marquant profondément l’inconscient collectif.  C’est en 2010, dans le cadre de son MBA spécialisé « Luxury Brand Marketing and International Management », que le parfumeur Pascal  Sillon commence à travailler autour des bases de Laire chez Symrise, à travers son mémoire intitulé « De Laire – 1876 – Renaissance d’un  diamant olfactif ». Le réveil de ces belles endormies, c’est à lui qu’on le doit.  Il est persuadé qu’une « société faite de fusions et acquisitions ne peut pas pour autant  tourner le dos à son patrimoine historique et olfactif, [car] ce sont ces facettes de son histoire qui la composent », et elle doit en être fière.  Mais il lui faudra pas moins de six années de dur labeur pour convaincre les équipes en interne de l’intérêt de valoriser cet héritage. Nombre de parfumeurs le jugeaient « muséal » et ne percevaient pas nécessairement le bénéfice commercial d’une telle opération.

Peu à peu, Pascal Sillon parvient à constituer  un « cercle des bases disparues », s’interrogeant avec d’autres parfumeurs de la maison  sur la meilleure manière de remettre ces trésors dans la lumière.  C’est alors qu’ils décident d’élaborer collectivement de nouveaux pré-parfums,  non pas pour le marché, mais pour eux- mêmes, parfumeurs chez Symrise : « pour  nous faire plaisir et raconter de belles histoires », précise Pascal Sillon. Mais aussi  « pour garantir des créations exclusives et incopiables par la concurrence », insiste Émilie Coppermann, parfumeur senior. 

Un travail collégial 

Les parfumeurs s’associent progressivement à cette démarche sans pour autant savoir où elle va les mener, jusqu’à ce qu’en 2015 Symrise leur laisse « carte blanche » durant toute une année, leur offrant le luxe de travailler sur cinq nouvelles bases qui intégreront leur palette au WPC (World Perfumery Congress) de Miami en 2016. Sans contraintes, c’est alors aux parfumeurs de jouer ! Parmi eux : David Apel, Nathalie Benareau, Evelyne Boulanger, Alexandra Carlin, Émilie Coppermann, Aliénor Massenet, Maurice Roucel et, bien sûr, Pascal Sillon. Au rythme d’une réunion par semaine, ils se retrouvent pour créer sans aucune limitation de coût et évaluer leurs essais entre eux. « C’était un vrai échange », raconte Pascal Sillon. Ce travail collégial enthousiasme aussi considérablement les équipes. « C’était magique de redécouvrir les vieux noms, les vieilles formules du début du siècle, c’était comme mettre des enfants dans un magasin de jouets, on était comme des gamins qui lisaient des formules ! » s’amuse Émilie Coppermann. 

L’objectif est de continuer à valoriser la beauté de l’alliance entre naturels et synthétiques,  d’encourager une utilisation différente des dernières molécules découvertes par la société et de jouer la carte de l’exclusivité. Pascal Sillon sollicite ainsi Maurice Roucel en vue d’offrir une nouvelle jeunesse à l’Ambre 83. « Nous avons commencé par nous interroger sur ce qu’était la vanilline du XXe  siècle », raconte Pascal Sillon, qui se rappelle la réponse sans équivoque du maître parfumeur : l’éthyl maltol, une molécule aux intonations gourmandes de praline. Cette matière sera donc le point de départ de ce qui va devenir l’Ambre 84, signant la modernité de ce pré-parfum tout  en l’inscrivant dans la lignée de son prédécesseur.  

Les parfumeurs Émilie Coppermann et David Apel

Un nouveau champ d’expérimentation 

Aliénor Massenet, parfumeur senior, explique  s’être emparée avec enthousiasme de certaines de ces nouvelles bases. Inconditionnelle de l’Ambre 84, elle est allée jusqu’à le  doser à 10 % dans l’une de ses créations, I Am Not a Flower de Floraïku (2018). Avec Miel Essentiel, ce sont les nuances d’aldéhydes anisés et le côté noix de coco crémeux addictif de la Tonkalactone qui sont mis en lumière, et c’est cette nouvelle base qui inspire à Aliénor l’interprétation d’un mimosa. Le Spicatanate, qui évoque l’ail lorsqu’il est senti seul, prend  quant à lui son envol dans la base Rouge Groseille, agissant comme un exhausteur d’odeurs  et soulignant le côté fruité des baies rouges et la facette acidulée de la rhubarbe, notamment à l’œuvre dans So Repetto (2020). Désormais au nombre de douze, ces nouvelles  bases, à l’instar de toutes les matières premières qui intègrent leur palette, ouvrent un  champ d’expérimentation aussi inédit qu’exclusif aux parfumeurs maison. Ces derniers  sont néanmoins convaincus qu’il n’existe pas de recette miracle dans leur assemblage, et que le succès de leurs créations réside avant  tout dans leur aptitude à les doser avec précision et à les associer de manière originale.

Photos : © Symrise

bool(false)

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Avec le soutien de nos grands partenaires