Le siècle des poudriers : poudre de riz, violette et houppettes

Alors que l’exposition « Le siècle des poudriers (1880-1980) : La poudre de beauté et ses écrins », réalisée en collaboration avec le Musée international de la parfumerie de Grasse, est visible à la bibliothèque Forney à Paris jusqu’au 29 janvier 2022, nous vous proposons un tour d’horizons de cosmétiques et parfums poudrés.

Désignant la réduction d’une matière solide ou liquide en particules imperceptibles, le mot « pulvériser » évoque à la fois la fabrication de la poudre et la vaporisation de parfum, nous rappelant ainsi que se parfumer implique souvent de créer un nuage impalpable et odoriférant. Avant que, dans les années 1940, l’industrie de la parfumerie ne sépare les cosmétiques de la parfumerie fine, se parfumer et se maquiller n’étaient pas des gestes aussi distincts qu’ils le sont devenus aujourd’hui. Ils entretenaient un dialogue qui se situe au cœur de l’exposition Le siècle des poudriers (1880-1980)

    Réalisée dans le cadre d’une collaboration entre le Musée international de la parfumerie (Grasse), où elle a été présentée cet été, et la Bibliothèque Forney où on peut la voir actuellement, cette exposition est riche en documents tels que des affiches publicitaires ou des traités techniques qu’elle met en perspective avec de très nombreux objets, boîtes à poudre, poudriers de sacs, houppettes, etc. provenant de la magnifique collection d’Anne de Thoisy-Dallem, ancienne conservatrice du patrimoine. Organisée par décennie, la scénographie met en évidence la façon dont ces objets s’inscrivent dans le style de leur temps, notamment Art nouveau et Art déco, par leur forme, leur ornementation et leurs matériaux (carton, aluminium, bakélite, etc.). Ainsi, de petites period rooms permettent de situer les poudriers parmi le mobilier, la mode vestimentaire, les arts graphiques, mais aussi les parfums de leur époque. 

Iris-Flor, A. Bourgeois & Cie, Affiche, ca 1890, Bibliothèques historiques de la ville de Paris.

Placés dans des vitrines, ces objets n’en convoquent pas moins la mémoire olfactive et les sensations tactiles, tout un imaginaire sensoriel partagé par plusieurs générations. Une note olfactive poudrée, légèrement diffusée, accueille ainsi les visiteurs dès l’entrée : composé autour de l’iris, de la rose, de la violette, de l’héliotrope et de notes musquées, ce parfum a été créé spécialement pour l’exposition par Patricia de Nicolaï, qui a puisé pour l’occasion dans sa connaissance des vastes collections de l’Osmothèque, dont elle a été directrice pendant plus de 12 ans. La note poudrée, désignée par la texture des produits qu’elle parfumait, est dotée aujourd’hui de connotations vintage. Elle se présente indubitablement comme une émanation de houppette. 

Poudres parfumées à la violette, Collection d’Anne de Thoisy-Dallem.

Pendant la période dont rend compte l’exposition, l’histoire de la poudre de beauté est intriquée à celle de la parfumerie. Initialement mêlée à la poudre de riz pour la parfumer, la poudre d’iris est d’emblée associée à la poudre pour le visage. Mais le traitement laborieux et délicat que nécessitent les rhizomes d’iris (voir L’Iris en parfumerie, dans la collection Nez+LMR Cahiers des naturels) a motivé l’usage, moins coûteux, de composés de synthèse comme l’ionone, au parfum de violette ou de l’héliotropine, à l’odeur d’amande amère. Longtemps présentée comme un moyen de se parfumer, la poudre pour le visage a ainsi rejoint durablement, aux côtés des savons, la plupart des gammes dans lesquelles se déclinent les parfums d’autrefois : Vera Violetta de Roger & Gallet, Pompeia de L.T. Piver , Narcisse bleu de Mury (Fig. 5), Arpège de Lanvin (Fig. 6), Femme de Rochas (Fig. 7),… 

Pompeia de L.T. Piver, vers 1907, Collection d’Anne de Thoisy-Dallem.

Commun aux femmes et aux hommes, comme le rappellent plusieurs objets et documents exposés dont une poudre de riz après-rasage, l’usage de poudres matifiantes est contemporain de l’éclairage électrique qui s’est révélé d’emblée moins flatteur que la lumière chaude des bougies. Il témoigne de la transition vers le public de la pratique du maquillage auparavant réservée au théâtre. Ainsi, la marque Bourjois tout d’abord spécialisée dans la fabrication de produits de maquillage pour les acteurs et actrices semble évoquer ses propres origines en situant les publicités de Soir de Paris dans les loges et le foyer de l’opéra.

Affiche publicitaire, Soir de Paris de Bourjois, 1952, Collection d’Anne de Thoisy-Dallem.

L’exposition qui se tient actuellement à la Bibliothèque Forney nous plonge donc non seulement dans l’intimité des textures et des atmosphères des cabinets de toilette d’antan, mais elle évoque aussi le paysage olfactif des lieux publics à l’époque où la poudre était un médium privilégié pour se parfumer.

Bibliothèque Forney 
1, rue du Figuier 
75004 Paris

Jusqu’au samedi 29 janvier 2022 

Entrée gratuite, sans réservation 

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