Fondation Givaudan : un engagement sur-mesure pour les communautés et la nature

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Jamais la question de la préservation des ressources et de l’avenir des communautés n’avait parue aussi aiguë et urgente qu’à l’heure actuelle, avec le changement climatique. Pour autant, certains acteurs n’ont pas attendu pour s’emparer de ce sujet crucial. Le groupe Givaudan, engagé dans une démarche de certification BCorp et de réduction de son empreinte environnementale et qui a développé une plateforme Naturality, pour intégrer des ingrédients toujours plus responsables, fait à ce titre figure de pionnier. En 2013, il a créé une fondation d’entreprise, dont la première mission a été de faire vivre ses engagements auprès des communautés dans lesquelles il s’approvisionne, en résonance avec sa toute nouvelle identité de marque, « Human by Nature ». « La Fondation est née de la volonté de l’entreprise Givaudan de renforcer ses actions sociales et environnementales auprès des producteurs d’ingrédients naturels spécifiques à l’industrie de la parfumerie (la vanille, le patchouli, la fève tonka…) et plus largement des communautés environnantes. Mais également, d’offrir un espace et des moyens aux collaborateurs de Givaudan désireux de porter des projets de volontariat à travers le monde. Et enfin, d’impliquer certains clients en les invitant à contribuer à des initiatives locales- un levier clé pour créer des ponts entre le produit fini et sa provenance et donner du sens à tout le processus de production », expose Laetitia Vuillemenot, directrice de la Fondation. Plusieurs d’entre eux participent à des programmes communautaires spécifiques comme au sein des filières de la vanille à Madagascar, de l’ylang-ylang aux Comores, et du vétiver en Haïti. 

Faire rimer qualité, durabilité, solidarité

Dotée d’une organisation indépendante et dédiée, la Fondation s’attache à concentrer ses soutiens dans les domaines cœur de métier de l’entreprise Givaudan, où elle est à même d’apporter aux bénéficiaires une plus-value en matière de savoir-faire et d’expérience, notamment par du mécénat de compétences. Se plaçant au-delà de la philanthropie, ses équipes ne se limitent pas à financer les projets, mais s’emploient à les monter et à les superviser, en s’appuyant sur l’expertise de partenaires locaux qualifiés (ONG, organismes de recherche, associations, universités…). « Notre philosophie est d’être à l’écoute des communautés. Nous sommes attentifs à déployer des projets efficaces et en adéquation avec les besoins locaux, ce qui exige de faire du sur-mesure », poursuit Laetitia Vuillemenot. Les choix de projets, arrêtés par le comité de sélection, tiennent compte de deux grands principes : la possibilité d’un engagement de long terme pour laisser le temps aux partenariats de porter leurs fruits et une certaine adaptabilité aux contextes locaux et aux propositions des bénévoles. 
Conséquence : les projets soutenus sont très variés, à l’image de la diversité des pays et de la créativité des collaborateurs de Givaudan. 

Parmi les plus emblématiques, on peut citer le programme de protection de l’ylang-ylang sur l’île Mohéli aux Comores, qui vise à apporter une aide environnementale et économique : protection des ressources naturelles en collaboration avec le Parc National (la zone vient d’être reconnue réserve de biosphère par l’Unesco) et, en parallèle, programme d’alphabétisation à l’attention des femmes, avec le soutien au développement de projets d’entrepreneuriat pour renforcer leur autonomie. On peut aussi mentionner le cas de l’Inde, où la Fondation finance des projets d’accès à l’eau, pour une minorité ethnique qui exploite la gomme de boswelliaLe genre Boswellia regroupe une vingtaine d’espèces d’arbres produisant une résine aromatique, exploitée sous le nom d’encens ou oliban., un ingrédient phare de l’industrie cosmétique. La Fondation Givaudan soutient aussi des programmes de formation et de recherche, dédiés à l’amélioration de la qualité et la durabilité des filières. En Égypte, elle accompagne les cultivateurs de la précieuse fleur de jasmin dans l’adoption de pratiques agricoles respectueuses de la biodiversité. La lavande et le lavandin, autres piliers de la parfumerie, font de leur côté l’objet de programmes de recherche ambitieux, destinés à les rendre plus résistants, hier face aux maladies, demain face au réchauffement climatique. « La Fondation Givaudan joue aussi et de plus en plus un rôle d’incubateur, en aidant à concrétiser les idées des collaborateurs», souligne Laetitia Vuillemenot. Le projet « Ma Madeleine », développé face à l’anosmie avec l’École de Parfumerie de Givaudan en collaboration avec des chercheurs, qui consiste en un kit olfactif adossé à une application web, en offre une belle illustration. 

Aujourd’hui, après huit ans d’existence, avec une centaine de projets entrepris dans 30 pays et un budget quadruplé, la Fondation s’engage toujours plus auprès des communautés et de l’environnement. 

https://www.givaudan-foundation.org/

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Imaginons un parfum en cours de développement, dont la formule comprend environ 50 ingrédients, il faudra pour le peser pratiquement autant de pipettes en plastique pour chaque essai. Chacun sera échantillonné dans un flacon de 15 ml, dupliqué en six à huit exemplaires (voire plus) pour toute l’équipe de création en interne et pour le client. Les flacons à destination de ce dernier seront calés dans un sachet en plastique, transportés dans un sac cartonné par coursier (bien souvent en urgence). Si le nombre d'essais (généralement autour de quelques centaines) est poussé jusqu'à 5 000 (comme c'est le cas pour certains grands lancements), ceux-ci généreront plus de trois tonnes de déchets. L’équivalent d’un hippopotame ! On comprend que les grands groupes de parfum préfèrent aujourd’hui communiquer sur le sourcing durable de leurs ingrédients plutôt que d’insister sur le nombre de modifications réalisées (et la quantité de déchets qu'elles produisent). Les temps ont changé…

Multiplication des essais

Le contrôle qualité, des normes de sécurité, les gestes sanitaires, et bien sûr l’accélération du rythme de pesée ont fait augmenter la quantité de produits jetables utilisés. « Une assistante peut peser entre 800 et 1 000 ingrédients par jour ! » rappelle Gwladys Jubi, responsable laboratoire création Fine Fragrance chez Mane. Le système de compétition entre les maisons de composition pousse celles-ci à multiplier les essais, et donc les déchets. Cette tendance a malheureusement été accélérée par la pandémie : les échantillons, ne pouvant plus être partagés au sein d’une équipe, ont dû être dispatchés sur les différents lieux de télétravail. Un mouvement contraire à tous les efforts réalisés au niveau stratégique pour intégrer la durabilité dans les laboratoires. « Jean Mane, notre président, est personnellement impliqué lors des CSE (comité social et économique) : les idées sont discutées afin d’améliorer notre impact environnemental mais aussi les conditions de travail des collaborateurs ». Une philosophie concrétisée par l’indice Green Motion qui « fête ses 11 ans et illustre parfaitement le rôle pris par Mane dans le développement durable » complète Loic Bleuez, directeur de l’innovation et du développement chez Mane. Chez IFF, « cela fait partie de la culture d’entreprise, dont la devise est : “We apply science and creativity for a better world”, il faut donc être cohérent sur toute la ligne » rappelle Emilie Baude, Technical Operations Director. Ainsi, une « Green Team » composée de volontaires s’est formée pour réfléchir et mettre en place les bonnes idées de chacun. Et ces idées, qui apparaissent désormais comme urgentes, doivent arriver vite !  « Durant les cinquante dernières années, la profession a travaillé de la même manière, utilisant un certain nombre de produits à usage unique : des pipettes et surtout des pompes, grands pollueurs, il faut maintenant que la transformation s’accélère. C’est dans cette optique que notre programme de développement durable "Pathways to Positive" a pour ambition de créer de la valeur partagée pour l’ensemble de nos parties prenantes, » constate Odile Drag-Pelissier, Senior VP Creation & Development chez Firmenich. La société s’est également organisée pour mettre en place une nouvelle stratégie globale appelée Lab 4.0, orchestrée par Sylvie Breton, VP Global Perfumery Laboratory Services. L’objectif : donner aux 35 laboratoires et onze centres de création du monde entier une nouvelle dimension grâce aux technologies modernes : robotisation, digitalisation et intelligence artificielle, approche Lean [fn]Méthode de management qui optimise les processus sur le long terme par l’autonomie, la responsabilisation, la fluidité, l’élimination des gaspillages, de la surproduction, et du temps perdu[/fn], et bien sûr aujourd’hui y intégrer le développement durable. 

Un laboratoire parisien génère entre une et deux tonnes de déchets par mois (l’équivalent de trois à six chevaux…). Le traitement des poubelles est donc un véritable sujet logistique et écologique. « Nous avons un système de tri très strict selon le type de matériaux : verre, aluminium, plastique et en fonction du degré de saleté : verre vide, verre souillé, verre plein... S’ils contiennent des CMR [fn]composés cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques[/fn], les produits sont également mis de côté » explique Gwladys Jubi. La verrerie est fondue, tandis que les déchets sont généralement brûlés pour créer de l’énergie par leur combustion, un service proposé par Suez ou Triadis, sociétés spécialisées dans le retraitement des déchets.

Prenons nos gants et voyons donc ce qui compose ces poubelles…

Du plastique, pas si fantastique

Chaque ingrédient pesé manuellement nécessite une pipette en plastique utilisée en usage unique. Celle-ci « permet de peser avec une grande précision : 0,04 g ou 0,02 g. Il n’est hélas pas possible de la conserver car l’ingrédient résiduel pourrait s’oxyder très rapidement et perdre ses qualités olfactives » rappelle Gwladys Jubi. « Il y a un an, la pandémie a provoqué une pénurie de plastique, nous avons eu du mal à nous approvisionner, ce qui nous a conduit à réfléchir à une manière de rationner les usages : peser à la touche lorsque que c’est possible [fn]Une technique qui consiste à faire couler lentement l’ingrédient sur une touche, goutte à goutte[/fn]. » Mais depuis quand ces pipettes ont-elles envahi les labos ? « Leur usage s’est amplifié dans les laboratoires et les sites de production en même temps que nos sociétés se faisaient certifier selon les normes ISO 14001 [fn]cette norme définit une série d'exigences que doit satisfaire le système de management environnemental d'une organisation pour que celle-ci puisse être certifiée[/fn], ironiquement censées protéger l’environnement » explique Alain Joncheray, directeur technique chez Azur Fragrances. « Les utiliser, c’est la facilité. Autrefois, on pesait à la goutte, avec une spatule par exemple, cela nécessite un certain savoir-faire, et les opérateurs avaient une meilleure connaissance de leur produit et de leur viscosité. » 

« 100% de plastique totalement recyclable ou réutilisable d’ici à 2025 » c’est l’objectif que s’est fixé Firmenich. Pour l’atteindre, la société, sous l’impulsion de Sylvie Breton, a mis en place une stratégie globale pour l’ensemble des laboratoires de la parfumerie… « Sur 2021, la première année, en supprimant les spatules, coupelles et les gobelets à usage unique en plastique vierge, nous avons réduit de 9 tonnes nos déchets plastique vierge sur les 38 tonnes par an générées dans la totalité des laboratoires de parfumerie au niveau mondial. Sur la base d’une idée ayant émergé en Amérique Latine, nous travaillons à présent à réduire l’utilisation de pipettes en plastique jetable dans les laboratoires de création en conditionnant les matières premières de parfumerie dans des flacons compte-goutte ». Si les flacons avec compte-goutte en verre intégré semblent souvent adoptés par les petits labos indépendants, ils paraissent étonnement assez absents, voire méconnus, des grandes sociétés. « Un autre volet de notre stratégie concerne les packagings, nous déployons globalement un programme visant à réduire nos consommations en introduisant des processus de réutilisation et en remplaçant les références en plastique vierge par des solutions durables telles que des flacons en matériau PCR [fn]Post consumer recycled : provenant de sources de déchets de consommation ayant été mis au rebut[/fn] au profil neutre olfactivement. Ces nouvelles références doivent au préalable être validées par des tests de compatibilité et d'étanchéité poussés, suivant des protocoles bien définis. » précise Sylvie Breton. IFF a choisi de s’attaquer aux sachets plastiques qui emballent les échantillons « nous en consommions environ 450 par jour ! » explique Evelyne da Silva, directrice créative parfumerie fine. « Une astuce issue de notre Green Team fut de réaliser des sachets en coton recyclé et de transporter les échantillons dans du carton recyclé. Les coursiers sont également passés à l’électrique ». La société teste également en parallèle les sachets en biomatériaux compostables.

Des échantillons plus légers

S’il est difficile d’en réduire le nombre, il est plus aisé de limiter le volume de chaque échantillon : passer de 15 ml à 5 ml, sans pompe, est une solution proposée par Firmenich et IFF. Une économie de matières premières, d’alcool et de verrerie. « Les clients sont les premiers satisfaits, car ils manquent eux aussi de place et n’ont pas toujours de filières pour recycler les échantillons, ils nous les rendent par l’intermédiaire des commerciaux » confie Evelyne Da Silva. « Des études sont en cours pour utiliser des verres plus légers, privilégier des pompes en métal plutôt qu’en plastique. On recherchait auparavant à améliorer la performance et l’esthétique, aujourd’hui un paramètre s’ajoute : celui de l’environnement. »

L’avènement des robots a permis des économies, aussi bien de verre que de pipettes. Ils pèsent aujourd’hui pratiquement la moitié d’une formule, le reste étant mesuré manuellement. « Nous substituons aujourd’hui sur les robots de pesée les pots en verre par des pots en inox que l’on peut laver et qui garantissent une meilleure neutralité olfactive. » explique Sylvie Breton. Et demain, qui sait, pourra-t-on peut-être installer directement ce robot chez le client avec un ordre de formule piloté par les maisons de compositions. « De quoi éviter les trajets et gagner encore plus de temps. » imagine-t-on chez Firmenich.

Enfin, la capacité de stockage joue un rôle clé dans la chasse au gaspillage : « chaque parfumeur conserve en général un an ses essais et deux ans ses collections de parfums, notes et accords déjà équilibrés, prêts à être utilisés dans de nouveaux projets. Si le laboratoire déménage dans le futur dans de nouveaux locaux, une plus grande capacité de stockage nous permettra de conserver davantage et de faire ainsi des économies de verre et d'ingrédients » explique Gwladys Jubi. 

Une fois que le parfum est pesé, mis en alcool, encore faut-il le sentir ! Un à deux millions de touches sont utilisées par an et par laboratoire. Et il est bien difficile de s’en passer : le papier de cellulose est le premier instrument du parfumeur, sa qualité et sa quantité restent importantes pour garantir un jugement olfactif pertinent. Les solutions « zéro papier » se trouvent davantage dans la digitalisation des documents : « il arrivait que les formules soient imprimées pour pouvoir écrire à la main les quantités d’ingrédients à peser en fonction de la quantité de produit requise » relate Gwladys Jubi. Les logiciels de formulation changent la donne :  « L’assistante dispose de toutes informations sur écran, elle scanne l’ingrédient, utilise une balance connectée, il n’y a que l’étiquette qui est imprimée » note Sylvie Breton.

Logistique et approvisionnement

Les ingrédients utilisés dans les formules sont hélas périssables et le contrôle qualité veille à ce que les DLUO (date limite d’utilisation optimale) soient strictement respectées. Certaines matières ne peuvent se conserver plus de trois mois : les essences d’agrumes, par exemple, s’oxydent rapidement s’ils ne sont pas maintenus au frais. « Il est possible de diluer dans l’alcool certains produits fragiles, comme le Strawberry furanone [fn]Note fruitée gourmande à l’odeur de fraise.[/fn], afin de conserver ses qualités organoleptiques. » confie Gwladys Jubi. Les maisons comptent là encore sur les atouts de la digitalisation pour affiner les paramètres de gestion des stocks et réduire l’impact environnemental. « Les technologies digitales permettent d’analyser les consommations réelles, d’optimiser les stocks de sécurité et les niveaux de commande en évitant de surstocker et de jeter des matières parvenues à expiration » précise Sylvie Breton.

Qui dit stock dit logistique entre le labo et l’usine qui produit et conserve les ingrédients : commander moins, plus régulièrement implique une gestion fine des transports. Chez IFF, on travaille à la création de plateformes communes pour stocker les accessoires et packaging, rationaliser l’approvisionnement par pays, plutôt que de tout faire transiter par l’usine mère.

Autrefois, les matières premières jetées étaient rassemblées dans un contenant et formaient un « mille-fleurs », une composition qui pouvait se vendre sur de lointains marchés comme l’Afrique. « Avec les contraintes de traçabilité, vendre un produit à la composition inconnue n’est plus possible » assure Emilie Baude. Une idée revisitée chez Azur Fragrances : « le concept d’une création aléatoire a beaucoup plu à un artiste en résidence, comme un clin d’œil à l’œuvre de Marcel Duchamp, Belle Haleine. Ça c’est du vrai upcycling ! » s’amuse Alain Joncheray. Le gaspillage ne concerne pas seulement les ingrédients mais aussi les solvants, largement utilisés par les parfumeurs pour diluer leurs formules, afin d’en ajuster le coût à celui exigé par le client : « ils ne savent pas toujours solubiliser dans autre chose que du dipropylène glycol ; or créer un produit moins dilué serait à l’avantage de tous : moins de quantité transportée, moins de gaz à effet de serre, moins d’emballage, moins de coûts… »

Créer moins mais mieux 

Une variation de 0, 01 % d’un ingrédient dans un nouvel essai sera-t-elle perçue par le client ? « La pandémie a montré qu’on pouvait travailler différemment, avec une création plus contrôlée » note Evelyne da Silva : « en télétravail, le temps laissé à la réflexion a optimisé l’action, les parfumeurs avaient également plus de temps pour suivre les notes, proposer la "mod juste" [fn]Modification d’un essai[/fn] ». « Le manque de ressources au laboratoire nous a aussi obligés à nous adapter à un autre rythme. Espérons que ces bonnes pratiques ne se seront pas oubliées à l’avenir. » complète Emilie Baude.

Firmenich mise par ailleurs sur les data pour optimiser le nombre d’essais : « on peut aujourd’hui prédire énormément de choses, la modélisation des formules permet d’anticiper que tel essai sera ou ne sera pas performant, ce qui permet d’éviter une masse importante de déchets et une perte de temps, notamment sur la dernière phase d’optimisation technique » rappelle Odile Drag-Pelissier. Ainsi, c’est « tout un processus de création qu’il faut revoir dans sa globalité » conclut Alain Joncheray. « Avant l’arrivée du numérique, on prenait moins de photos, mais on réfléchissait au cadrage, à la lumière. Photographier en rafales n’a jamais été la garantie d’une bonne image ! ».

Une pollution invisible mais non négligeable peut provenir aussi des marques elles-mêmes, qui parfois « demandent parfois de recevoir les documents techniques de chaque essai, une quantité de travail importante "au cas où” l’essai est retenu » déplore Alain Joncheray. « En attendant, ces documents sont stockés, en autant de fois qu’il y a de personnes dans le service car l’information n’est pas toujours centralisée. Une consommation importante de serveurs ! » Et côté parfumeurs ? « Il est aussi important de nettoyer ses dossiers en supprimant les formules qui ne servent plus, et les essais non retenus car non  performants. Chaque année, nous devons tout mettre aux normes, ce qui prenait auparavant une semaine entre Noël et le jour de l’An ne tient plus sur un délai si court, il y a trop de formules… »

L’écologie est souvent associée à l’économie et les bonnes pratiques émergent autant de la bonne volonté de chacun que de la hiérarchie. « Une civilité à inculquer à ses équipes, se comporter comme si on payait soi-même les frais : éteindre sa plaque chauffante, ses lumières avant de quitter son bureau, il n’y a pas de raison de se comporter autrement que chez soi. » note Gwladys Jubi. De petits gestes qui montrent l’importance du sujet, même s’ils restent symboliques : chez IFF, à chaque projet gagné, un arbre est planté près de Rambouillet. Bonnes volontés, capacité de stockage, robotisation, digitalisation sont tout autant de leviers pour lutter contre le gaspillage. Une goutte d’eau nécessaire pour limiter l’océan de plastique…

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Si les matières premières naturelles, parées de toutes les vertus, ont particulièrement le vent en poupe en parfumerie et sont largement mises en avant, l’histoire du secteur repose essentiellement sur la chimie depuis la fin du XIXe siècle, et la majorité de la palette des parfumeurs continue à être constituée de molécules issues de la synthèse. Mais face aux préoccupations environnementales grandissantes depuis une dizaine d’années, la chimie est devenue indésirable aux yeux des consommateurs – et donc des marques –, accusée d'être polluante, toxique, coûteuse en énergie et grande pourvoyeuse de déchets. En réalité, ce n'est pas toujours le cas : une absolue naturelle, qui demande un espace de culture important, nécessite l’utilisation de solvants pétrochimiques et a un faible rendement, peut être considérée comme moins durable que certains synthétiques qui cumulent bon rendement, peu de déchets et moins d’impact sur l’environnement. Mais afin de diminuer encore l’empreinte de leurs composés sur la planète, les producteurs de synthétiques ont déployé une approche plus « verte » dans leur activité de recherche & développement. 

L’idée de chimie durable est apparue en 1998 sous le nom de Green Chemistry dans un ouvrage des Américains John C. Warner et Paul T. Anastas. Elle repose sur douze principes que l’on peut regrouper en quatre grands piliers : la gestion des ressources, la prévention des déchets, la sécurité et l’innocuité, et l’économie d’énergie. Autant d’axes de progrès qui guident désormais l’industrie du parfum pour développer de nouvelles molécules ou en obtenir certaines déjà existantes de façon plus vertueuse pour l’environnement. 

Première qualité recherchée chez ces ingrédients plus durables : leur biodégradabilité, afin d’assurer une pollution minimale. « C’est un problème que l’on a notamment découvert avec la Galaxolide, un musc bon marché[fn]Découvert en 1962[/fn], résistant, et donc très utilisé, explique Sylvain Antoniotti, directeur de recherche au CNRS et directeur de l’Institut d’innovation et partenariats Arômes Parfums Cosmétiques de l’Université Côte d’Azur. L’ennui, c’est que cette molécule, même si elle n’est pas toxique, s’accumule dans l’environnement, notamment dans les organismes marins. On préfère aujourd’hui développer des ingrédients qui ont une longévité en rapport avec leur durée d’utilisation. » C’est ainsi qu’on a vu apparaître ces dernières années de nouvelles molécules issues de la recherche de l’industrie pour répondre à cette problématique, comme par exemple le Cristalfizz d’IFF, aux notes zestées, ou le Dreamwood de Firmenich, inspiré par le santal de Mysore, qui sont biodégradables.

Le naturel au service de la synthèse

Le Dreamwood présente également la particularité d’être composé à 100% de carbone renouvelable - le nouveau cheval de bataille des maisons de composition en matière de synthèse durable. Traditionnellement, le carbone, principal constituant des composés odorants, est obtenu à partir de matières fossiles qui ont le défaut d’être polluantes et en voie d’extinction, et ne sont donc guère compatibles avec la notion de développement durable. Mais l’industrie travaille de plus en plus à partir de matières premières naturelles, qui peuvent constituer tout ou partie des synthons, c’est-à-dire les « briques » de départ qui permettront de fabriquer l’ingrédient final. « Lorsqu’on arrive à 80% de carbone renouvelable dans une molécule, c’est déjà un bon score », précise Cyril Gallardo, directeur ingrédients chez Mane. 

Si toutes les sociétés ont beaucoup progressé en ce sens ces dernières années, la japonaise Takasago fait figure de pionnière en la matière. Elle s’est fait une spécialité de la chimie de l’essence de pin, qui lui permet de disposer d’un large portefeuille d’ingrédients synthétisés grâce au carbone qu’elle contient, notamment le L-citronellol et L-cis-rose oxyde, des notes rosées très utilisées en parfumerie fine. Dès 2014, elle était la première à afficher le pourcentage de carbone renouvelable dans toutes ses matières premières avec son Biobased index. Depuis 2019, Givaudan a quant à elle mis en place le programme FiveCarbone Path, qui reprend certains principes de la chimie verte appliqués au carbone, et prévoit notamment de privilégier celui qui est biosourcé (c’est-à-dire obtenu à partir de matière organique et renouvelable) pour créer des ingrédients. Afin de réduire encore l’impact sur l’environnement, ce carbone renouvelable peut provenir de déchets ou de sous-produits, selon le principe de l’upcycling : le Lilybelle de Symrise, aux effluves de muguet, est ainsi produit à partir de limonène extrait de déchets de l’industrie du jus de fruit, tandis que l’Akigalawood de Givaudan, aux nuances boisées poivrées, est obtenu grâce à une fraction d’essence de patchouli sans intérêt olfactif, par le biais des biotechnologies. 

Les réactifs chimiques relayés par la fermentation

Ces dernières constituent l’autre grand axe suivi par l’industrie du parfum pour fabriquer des molécules durables. Comme nous l’avions expliqué plus en détail dans un article en partenariat avec l’Université Côte d’Azur, il s’agit de tirer parti des propriétés des micro-organismes (enzymes, bactéries…), parfois génétiquement modifiés, pour transformer une matière première naturelle en un ou plusieurs composés odorants par le biais d’une fermentation qui remplace la totalité des réactifs chimiques (la molécule est alors considérée comme naturelle par l’IFRA) ou une partie. Ce procédé a permis la naissance du Clearwood, développé en 2014 par Firmenich pour remplacer l’essence de patchouli, du Biomuguet de Takasago, ou encore de différentes lactones chez Mane. « Les biotechnologies sont extrêmement compatibles avec la chimie durable, souligne Sylvain Antoniotti. Elles utilisent des matières renouvelables, consomment peu d’énergie, sont très efficaces, produisent peu ou pas de déchets, et sont complètement sûres pour le manipulateur et l’environnement ». 

Une liste de qualités impressionnante donc, mais pour quelle part dans la palette des parfumeurs ? Si on entend beaucoup parler de ces molécules « vertes », certes en plein développement, elles restent encore très minoritaires par rapport à celles issues de la chimie classique. Ainsi, chez Mane, le ratio se situe à quelques dizaines sur 2 000 dans le portefeuille d’ingrédients. « Il y a une réelle volonté chez les industriels de prendre ce virage de la synthèse durable, observe pourtant Xavier Fernandez, professeur à l’Institut de chimie de Nice et directeur du Master de chimie Foqual (formulation, analyse, qualité) à l’université Côte d’Azur. Dans quelques années, leurs produits se verront probablement attribuer une note environnementale, un peu comme le Nutri-Score, et ils savent qu’ils devront être prêts. Au-delà de l’intérêt écologique, cette démarche est rentable en matière d’image et le sera bientôt d’un point de vue financier, si ce n’est pas encore le cas. »

Les muscs et les solvants en ligne de mire

En effet, la synthèse durable produit pour le moment des molécules en moyenne plus coûteuses que leurs équivalents classiques. « C’est très variable en fonction du rendement, du nombre d’étapes de la transformation, de la nécessité ou non d’une purification… », détaille Cyril Gallardo. Dans le cas du Vinyl Guaiacol, aux facettes de whisky et de clou de girofle, la molécule obtenue par biotech est moins chère que celle produite par voie de synthèse conventionnelle : elle la remplace donc désormais dans toutes les formules. Mais certains ingrédients peuvent être jusqu’à dix fois plus cher. « Peu de nos clients sont alors prêts à suivre, à moins de faire de la naturalité une condition sine qua non », affirme le directeur ingrédients. Mais ces différences de prix pourraient bientôt s’amenuiser, voire disparaître. « Le progrès technique et la raréfaction du pétrole vont rendre les procédés durables de plus en plus rentables, et la palette des parfumeurs va “naturellement” tendre vers le 100% biosourcé », pronostique Sylvain Antoniotti. « Aujourd’hui, nous sommes capables d’obtenir toutes les molécules par le biais des biotechnologies ou à partir de carbone renouvelable. Mais parfois la synthèse pétrochimique reste la plus performante : si elle ne comporte qu’une étape, la remplacer par un procédé naturel qui en nécessite des dizaines ne serait pas pertinent pour l’environnement. Ces différentes voies vont donc continuer à coexister », affirme pour sa part Cyril Gallardo. Les recherches des maisons de composition se concentrent actuellement sur les muscs et les solvants 100% renouvelables. Ces derniers, s’ils parviennent à remplacer les solvants classiques – comme par exemple le dipropylène glycol souvent d’origine pétrochimique – utilisés massivement pour diluer les matières premières, et par conséquent, les formules, pourraient contribuer à changer drastiquement l’empreinte environnementale des concentrés parfumés. « Étant donné la place que les solvants occupent dans les formules, celles-ci seront rapidement composées à plus de 50% de molécules durables, quand ils seront mis au point », prévoit notre interlocuteur chez Mane.

Si elle demeure encore minoritaire, cette nouvelle approche de la chimie devrait dans les prochaines années gagner du terrain, effaçant progressivement l’éternelle frontière entre naturel et synthétique.

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