revue-de-presse-#17

Nez, la revue… de presse – #17 – Où l’on apprend que Nantes sent entre autres le magnolia, que les déodorants ne nous aident pas forcément en société et que l’odeur d’une cage de hamster peut être réconfortante

Au menu de cette revue de presse, des villes en quête de parfum, des odeurs corporelles révélatrices et un nuage de notes poudrées.

Si l’été sent les embruns, la crème solaire et le barbecue, vous êtes-vous déjà demandé quelle était l’odeur de Marseille ou de Nantes ? Les deux villes ont décidé de créer des parfums à leur image. L’office du tourisme de la cité phocéenne a fait appel à une entreprise canadienne pour mettre le Vieux Port et les calanques en flacon. « Comme un air de Marseille », qui comporte notamment des notes marines et anisées, a été pensé pour « sortir des sensations stéréotypées et capturer l’essence même de l’énergie qui se dégage » de la ville. Il pourrait être diffusé prochainement dans l’aéroport et au Mucem. 

A Nantes, ce sont les habitants qui votent jusqu’au 12 septembre pour choisir le parfum le plus évocateur de leur ville parmi les trois compositions imaginées par des parfumeurs. Bertrand Duchaufour a travaillé autour du magnolia, du rhum et des bois exotiques, rappelant le passé portuaire de Nantes, Marc-Antoine Corticchiato a choisi des notes d’algue et de sève de roseau pour figurer « le mélange de flux et de tensions » qu’il y a ressenti, et Mélanie Leroux a opté pour des facettes végétales et boisées inspirées par le jardin botanique. Le parfum élu sera ensuite commercialisé.

Dans le nord de l’Allemagne, Brême sent plutôt le café, la bière et le garage. L’hebdomadaire culturel d’Arte Twist y fait escale à l’occasion du projet « Smell it! », qui met à l’honneur l’art olfactif à travers dix expositions. L’émission s’interroge sur le défi sensoriel propre aux arts convoquant l’odorat, propose de ressentir l’odeur de l’esclavage avec l’artiste belge Peter de Cupere ou de découvrir à quel point la senteur des “colis de l’Ouest”, remplis de produits introuvables en RDA, fait figure de madeleine de Proust pour les Allemands qui y ont grandi. 

SI les villes se penchent de plus en plus sur leur signature olfactive, les marques sont elles aussi nombreuses à vouloir créer la leur, note The Conversation. Réputé laisser des souvenirs plus forts et plus durables aux consommateurs, le marketing olfactif n’est pas nouveau, mais pourrait encore monter en puissance après l’épidémie de Covid. Reconnaîtrons-nous bientôt les marques à leur logo olfactif ? 

Chacun de nous possède également son empreinte olfactive, constituée d’odeurs corporelles qui nous sont propres, rappelle Time. Et ces relents en disent long sur nous à nos interlocuteurs, même si nous n’en avons pas conscience – tout comme eux d’ailleurs. Notre transpiration fournit ainsi des informations sur notre état de santé, notre niveau d’anxiété, notre capacité à devenir un bon ami ou un partenaire… Et si l’usage des déodorants et antitranspirants menaçait la communication olfactive humaine ?

Pour ceux qui portent le même parfum depuis des années, ce dernier fait partie à part entière de leur signature olfactive. Mais si les autres les identifient à cette fragrance, il est fréquent qu’eux-mêmes ne la sentent plus, souligne Le Figaro. En cause ? Un phénomène d’habituation. « Nous avons une muqueuse olfactive tamisée de récepteurs. Lorsqu’une molécule odorante les atteint, l’information est transmise au cerveau via le bulbe olfactif. Or après un certain temps, l’odeur fait partie intégrante de notre quotidien, de notre environnement et le cerveau décide donc de ne plus y prêter attention », explique Isabelle Ferrand, fondatrice de Cinquième Sens. La meilleure parade est alors d’alterner plusieurs parfums.

Les podcasts continuent de mettre à l’honneur les parfumeurs. Dans Le Gratin, Pauline Laigneau interroge ainsi Jean-Claude Ellena sur sa carrière et sur la notion de créativité : Naît-on créatif ? Comment parvenir à se renouveler ? Peut-on faire en sorte qu’une création dure dans le temps ? Le créateur raconte comment Terre d’Hermès n’est pas né de sa lecture des Métamorphoses d’Ovide, et insiste sur la notion de générosité et sur l’importance de « sortir des cases » pour espérer créer un succès : « Il faut que ce soit généreux, car celui qui va le porter doit sentir qu’il s’est passé quelque chose (…). Si c’est trop enfermé dans le marché, dans ce qui plaît, c’est “Ouais c’est agréable” mais l’agréable n’est pas suffisant », estime le parfumeur. 

On retrouve Jean-Claude Ellena pour un échange avec sa consœur Julie Massé autour des notes poudrées, thème de la Journée du Parfum organisée en mai dernier à Grasse, en lien avec l’exposition « La Poudre de beauté et ses écrins » présentée au  musée international de la Parfumerie jusqu’au 27 septembre . Iris, violette, coumarine, héliotropine, vanilline, mimosa, muscs nitrés… Les deux créateurs dressent l’inventaire de ces matières « rassurantes, cotonneuses, voluptueuses », comparent leur manière de les travailler, et s’interrogent sur leur modernité. 

Dans le podcast Into the Job, c’est Daniela Andrier qui répond aux questions de Laura Pironnet. L’auteur d’Infusion d’iris de Prada et de la Fleur d’oranger de Fragonard raconte sa journée type, relève les qualités nécessaires pour devenir parfumeur, entre émotion et impératifs commerciaux, et insiste sur la « joie enfantine » qu’elle continue d’éprouver à exercer son métier. 

Et on termine cette revue de presse avec le parfum de l’enfance justement, sujet du dernier numéro de l’émission Barbatruc sur France Inter, qui réunissait Camille Goutal et Colas Gutman, auteur jeunesse et créateur du personnage Chien pourri. L’occasion de rappeler que les odeurs, bonnes ou mauvaises, ont le pouvoir presque magique de nous plonger dans les recoins cachés de notre mémoire. Et de découvrir que les enfants interrogés citent parmi les odeurs qu’ils jugent réconfortantes le chocolat, les roses et… la cage de leur hamster. 

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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L’anosmie en particulier a fait l’objet de nombreux articles, les troubles de l’odorat figurant parmi les symptômes les plus spécifiques du nouveau coronavirus. Plusieurs études ont estimé qu’ils concernent 46 % à 86 % des patients atteints de Covid-19, selon Libération. Le quotidien souligne que cette anosmie, qui dure le plus souvent quelques jours, mais peut se prolonger plusieurs mois, voire se révéler permanente, et qui est souvent accompagnée de perte du goût, a un impact très important sur la qualité de vie de ceux qui en souffrent. 

Avec près d’un an de recul sur la maladie désormais, on s’aperçoit que certains malades développent aussi des parosmies, qui leur font percevoir les odeurs de manière déformée, plusieurs mois après avoir été contaminés. Sky news rapporte le cas de patients anglais détectant sans raison des effluves de poisson, de soufre ou de pain grillé, notamment parmi les jeunes et les travailleurs de santé. 

Les mécanismes en jeu sont encore discutés, nous dit Le Figaro : les chercheurs ont notamment mis en évidence un gonflement de la muqueuse nasale qui bloque la transmission des odeurs au cerveau, comme lorsqu’on est enrhumé, mais aussi la capacité du virus à envahir le système nerveux central et le bulbe olfactif. Selon plusieurs équipes, le virus n’infecterait pas directement les neurones olfactifs, mais ce qu’on appelle des cellules de soutien, qui structurent la muqueuse olfactive et entretiennent les neurones.

Ces troubles de l’odorat peuvent s’avérer particulièrement problématiques pour certains dont les narines sont l’outil de travail. On pense bien sûr aux parfumeurs : Le Monde évoque l’expérience d’Ilias Ermenidis, travaillant chez Firmenich, qui s’est réveillé un matin de septembre en ne sentant plus rien. L’anosmie est devenue la hantise des apprentis œnologues et parfumeurs, d’autant que les méthodes d’apprentissage spécifiques à ces filières sont parfois difficilement adaptables à l’épidémie. France Culture a pour sa part interrogé Jocelyn, chef sommelier dans un grand hôtel en Suisse, qui a perdu le goût et l’odorat au printemps. Il le découvre lorsqu'il cuisine pour ses amis un repas qu’il trouve fade…alors qu’il est immangeable pour ces derniers car trop salé. « En termes professionnels, tout s’effondre autour de moi », explique Jocelyn. À force d’entraînement pendant plusieurs semaines, le jeune homme parvient heureusement à percevoir l’odeur d’un pied de basilic, qui lui procure une « joie extraordinaire ».

Mais la perte d’odorat, si invalidante, pourrait aussi devenir un outil permettant de prévoir les pics d’hospitalisations, selon une étude parue dans Nature Communications et citée par 20 Minutes. Le Centre de recherche en neurosciences de Lyon a en effet montré des « liens spatio-temporels forts » entre l’anosmie et la surcharge hospitalière. Dans les régions les plus fortement touchées par la première vague de l’épidémie, le pic d’hospitalisations est ainsi apparu une dizaine de jours après le pic d’anosmie, identifié grâce à la popularité des requêtes Google sur la perte du goût et de l’odorat. Un indicateur à utiliser à l’avenir ?

Par ailleurs, mis à mal par le Covid, l’odorat pourrait permettre d’améliorer nos capacités de dépistage du virus, précise France Inter. Des équipes de l’hôpital Foch et de l’hôpital de Garches ont analysé à l’aide d’un spectromètre de masse l’air expiré par 40 malades placés en réanimation, mettant en évidence une signature olfactive du Covid. Les recherches vont se poursuivre avec des patients peu symptomatiques et pourraient faciliter les tests de dépistage à l’avenir : « On pourrait employer des nez électroniques à grande échelle, en utilisant cette approche d’analyse de l’air expiré, qui est plus simple et plus rapide que les technologies qui sont à disposition actuellement », affirme un des auteurs de l’étude. 

Comment l’épidémie impactera-t-elle l’industrie du parfum?, s’interroge Le Monde, toujours dans le même article. D’abord en matière de préférences olfactives : engouement pour l’eau de Cologne aux vertus prophylactiques ? Raz de marée de notes propres comme lors de l’explosion du sida dans les années 1990 ? Repli des consommateurs vers les classiques, valeurs sûres rassurantes ? La manière de vendre et de tester le parfum a en tout cas déjà évolué, consignes sanitaires obligent : les ventes en ligne se développent et le conseiller de vente revient en grâce.

Alors que de nombreux pays sont confinés et que les voyages internationaux restent très limités, les odeurs nous permettent plus que jamais de nous évader. Sur la Lune par exemple, grâce au travail de Michel Moissef, qui a imaginé pour la Cité de l’espace de Toulouse les effluves de l’astre. S’inspirant de témoignages d’astronautes, notamment de Neil Armstrong qui a décrit l’odeur de « poudre noire brûlée des vieux fusils six coups » de son scaphandre, il a associé des notes brûlées, soufrées et métalliques. 

Voyage dans le temps également, grâce au projet Odeuropa, qui réunit une quarantaine d’historiens, chimistes, parfumeurs et experts en intelligence artificielle et va permettre de constituer une encyclopédie des odeurs que l’on rencontrait en Europe du XVIe au XXe siècle. Que sentaient la bataille de Waterloo ou une usine pendant la Révolution industrielle ? Comment la perception de la senteur du tabac a-t-elle évolué à travers les siècles ? Des milliers de textes historiques et d’images vont être disséqués afin d’en composer des recréations olfactives qui feront l’objet de plusieurs expositions à travers l’Europe. Une preuve réjouissante que le domaine de la recherche sur les odeurs, longtemps délaissé, est de plus en plus reconnu au niveau international. (Lire aussi notre article sur Odeuropa)

Si les odeurs entrent désormais au musée, il reste difficile d’en proposer l’expérience à un spectateur de cinéma ou de télévision, souligne la BBC. De nombreuses tentatives proposant de sentir les relents âcres de poudre d’une fusillade ou le sillage capiteux de la femme fatale qui causera la perte du héros se sont soldées par des échecs. D’abord parce que les technologies n’étaient pas forcément au point, qu’il s’agisse de cartes à gratter ou de cartouches à brancher sur port USB. Mais aussi et surtout parce que l'odeur est souvent reléguée au second plan dans le processus de création, ce qui la rend gadget. Pour qu’elle devienne une composante du divertissement à part entière, il faudrait qu’elle soit partie prenante dès l’écriture du scénario et le tournage, avance la cinéaste Grace Boyle. 

Raconter une histoire en créant un parfum, c’est ce que revendique Jean-Claude Ellena, invité sur France Inter à l’occasion de la parution de son « Atlas de botanique parfumée ». Bonnes et mauvaises odeurs, parfums qui plaisent à tout le monde et donc à personne, héritage d’Edmond Roudnistka : le parfumeur répond aux questions d’Augustin Trapenard avant d’imaginer un parfum qui répondrait à notre besoin actuel d’évasion, qu’il appellerait Sous le vent. Et pour en savoir plus sur les matières premières qui entreraient dans sa composition, l’interview est à réécouter ici

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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