Julie Masse

Julie Massé : « La vanille est incomparable pour apporter un sillage, une signature, du volume »

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Parfumeur chez Mane depuis 2010, Julie Massé a notamment signé Le Temps des rêves avec Mathieu Nardin pour Goutal, avec Christine Nagel pour Giorgio Armani, Thé Yulong et Pivoine Suzhou avec Cécile Matton pour Armani Privé, ou encore Eternity for Men Cologne avec Véronique Nyberg et Ralf Schwieger pour Calvin Klein.


Entretien tiré du chapitre consacré à la vanille, dans l’ouvrage De la plante à l’essence – Un tour du monde des matières à parfums (voir ci-dessous)

Que vous inspire la vanille ?
Il existe un paradoxe, car c’est une matière première dont tout le monde pense connaître l’odeur, mais beaucoup confondent celle-ci avec celle de la vanilline, douce et poudrée, qui n’en est qu’un composant. À tel point que, si vous faites sentir de l’absolue à quelqu’un, il ne l’identifiera probablement pas. La vanille réserve même des surprises aux parfumeurs. On dit que les gousses vertes ne sentent rien, mais, lorsque je suis entrée dans un hangar où elles attendaient d’être traitées, à Madagascar, j’ai été saisie par une odeur de fleurs blanches extraordinaire, aux accents solaires et épicés.

Quelles nuances olfactives observe-t-on entre les différentes qualités de vanille ?
Obtenue par extraction au solvant volatil des gousses, l’absolue est la plus riche et complexe, à la fois boisée, légèrement cuirée, tabacée, avec des facettes épicées de type eugénol. Le Jungle Essence, résultat d’une extraction au fluide supercritique, est quant à lui plus proche de la gousse, plus doux. Il nous permet également d’obtenir un coproduit : l’huile de vanille Pure Jungle Essence, beaucoup plus animale, avec des facettes de crésol. Enfin, l’infusion, produite par macération de la gousse dans un mélange d’eau et d’alcool, très subtile, est aussi plus abordable, ce qui présente l’avantage de pouvoir l’utiliser en plus grande quantité.

Qu’apporte la vanille dans une composition ?
Avec sa générosité et sa sensualité, elle procure de la rondeur, du confort, et peut ainsi adoucir les notes un peu dures. Je la trouve particulièrement magique dans des accords boisés, cuirés, épicés ou minéraux. C’est une matière première luxueuse, mais, même employée en simple touche, elle est incomparable pour apporter un sillage, une signature, du volume. Dans de Giorgio Armani, la vanille Jungle Essence donne du caractère et du relief au parfum.

Cet entretien est tiré du livre :
De la plante à l’essence – Un tour du monde des matières à parfums
From Plant to Essence – A World Tour of Fragrant Raw Material

(Français-English), Nez éditions, Collectif, 2021, 30€

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De quelle façon une reformulation intervient-elle ?

Elle survient généralement à cause d’un durcissement de la réglementation concernant l’emploi d’une matière première. La société de composition, qui possède les formules, répertorie les parfums contenant l’ingrédient concerné et alerte les marques qui les commercialisent de la nécessité de les reformuler. Le prix auquel la marque achète le concentré doit rester le même,  il faut donc que le changement de formule n’ait pas d’incidence sur le coût, ce qui n’est pas simple. Si l’on prend l’exemple du Lilial [la molécule à odeur de muguet la plus vendue au monde, frappée par une recommandation de limitation de l’IFRA depuis 2015], ses substituts peuvent coûter deux fois plus cher. 

Qui est chargé de retravailler la formule ? 

Si possible, l’auteur du parfum s’en charge : c’est la règle dans l’industrie, par souci de confidentialité et parce que personne ne connaît mieux la formule que lui. Dans les plus grosses structures, une équipe en est spécifiquement chargée. Elle comprend souvent des parfumeurs juniors, car reformuler permet d’apprendre. Et il peut être intéressant de travailler en équipe. Pour ma part, l’exercice me plaît, je le considère comme un jeu, un puzzle. 

Comment vous y prenez-vous ?

On repart de la dernière version commercialisée, car sa formule est plus à jour et contient moins d’ingrédients à changer – mais en prenant le risque de s’éloigner de plus en plus de la version d’origine. On peut d’abord essayer de remplacer l’ingrédient problématique par un autre. Si l’on reprend le cas du Lilial, on peut tenter de lui substituer du Florosa ou du Bourgeonal, au produit olfactif proche. Sauf que chaque matière première se caractérise par un temps d’évaporation bien particulier, donc il est impossible de trouver un ingrédient 100 % équivalent. La difficulté dépend aussi de la famille olfactive du parfum. S’il est majoritairement composé de notes florales, par exemple, on peut davantage doser celles-ci dans la formule afin de remplacer le Lilial. Mais si ce dernier contraste avec des notes boisées, on va percevoir de façon beaucoup plus évidente qu’il est absent. Il faut alors généralement reprendre entièrement la formule pour retrouver un équilibre. Dans le cas où l’on doit supprimer un ingrédient naturel, on peut lister les molécules qui le composent pour reconstituer son odeur, en excluant celles qui posent problème. Tout ce travail d’ajustement peut durer d’un mois à deux ans.

Pourquoi les reformulations restent-elles un sujet tabou pour les marques ? 

Dans les années 1980, la disparition des notes animales, notamment, a conduit à des reformulations lourdes qui modifiaient vraiment le rendu olfactif des parfums. Les marques n’en parlaient pas, mais les consommateurs se sont aperçus des changements et ont perdu confiance. Il est toujours délicat aujourd’hui de communiquer sur le sujet. Mais les reformulations sont désormais bien plus fidèles. Les parfumeurs disposent d’une palette de plus en plus large, et les approvisionnements sont davantage sécurisés. Par exemple, lorsqu’une récolte de patchouli brûlait, et qu’il fallait s’en passer pendant un an, forcément, cela se ressentait. Désormais, cela arrive moins fréquemment.

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Quel rôle jouez-vous dans l’évolution de la palette d’ingrédients avec laquelle vous travaillez ?

Chez Mane, j’ai un rôle un peu particulier, qui est lié à mon parcours : j’ai été docteur en chimie avant de devenir parfumeur. Outre mon travail de composition, je siège au comité scientifique de la société. Celui-ci réunit tous les deux ou trois mois les dirigeants de la société, les chercheurs de notre département recherche et développement (R&D), les services liés à la réglementation ainsi qu’aux analyses, et moi-même, qui représente les parfumeurs. L’enjeu est de définir la stratégie du groupe en matière d’innovation sur les ingrédients naturels et synthétiques, pour apporter de nouvelles tonalités à la palette des parfumeurs et aromaticiens. En tant que porte-parole des parfumeurs, je fais remonter les besoins d’ingrédients, qu’ils émanent des exigences d’un client pour un projet particulier, d’une tendance émergente ou de nos envies. Ce sont ces retours qui guident le travail de notre R&D et l’orientent vers le développement à façon de tel ou tel ingrédient. Lorsqu’une demande de projet est acceptée par le comité scientifique, je valide olfactivement chacune des étapes du développement, tout en assurant le lien entre la R&D et l’équipe des parfumeurs.

Entre parfumeurs, comment s’organise ce travail autour des ingrédients de la palette ?

Avec les parfumeurs, nous nous réunissons à peu près une fois par semaine pour sentir des matières premières en cours de développement, naturelles ou synthétiques. Nous les évaluons pour juger de leur intérêt olfactif et partager nos impressions sur leur mise en pratique dans des formules. À terme, il faut un consensus pour que l’une d’elles rejoigne notre palette. Lorsque l’ingrédient n’emporte pas une adhésion collective, je me demande toujours s’il est bien raisonnable de poursuivre. Ce consensus des parfumeurs est très important pour que ceux-ci puissent ensuite s'approprier le nouvel ingrédient dans leurs créations. Nous déterminons aussi ensemble quels produits pourraient sortir de la palette du créateur lorsqu’un nouveau y entre. 

Pensez-vous que la palette propre à une société conditionne le style des parfumeurs qui y travaillent ? 

Je suis passée d’une société de composition à une autre au cours de ma carrière, mais je ne suis pas sûre que cela ait eu un impact sur mon style. Certes, j’ai dû renoncer aux captifs [ingrédients exclusifs, non commercialisés] de la première, mais j’en ai retrouvé d’autres qui m’ont ouvert d’autres perspectives, tout aussi inspirantes. J’aime toujours les grandes fleurs blanches et les notes boisées, comme le fait que les matières s’entrechoquent au sein de mes formules. Pour moi, le style réside plutôt dans la façon particulière qu’a un parfumeur de construire ses créations, comme un joaillier qui réalise la structure d’un bijou. Les ingrédients, ce sont les pierres qu’on va mettre sur cette architecture : elles sont importantes, mais ne déterminent pas un style à elles seules. 

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