Une parfumerie durable est-elle possible ?

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« Durable, responsable, éco-luxe, éco-conçu, recyclé, recyclable, ressourçable, solidaire, traçable, XX% d’origine naturelle, neutralité carbone, vegan, cruelty-free, clean, bon pour vous, bon pour la planète… » Autant de termes magiques qui fleurissent depuis quelque temps dans les communications des lancements de parfums, qu’ils soient dans le giron des plus grands groupes cosmétiques internationaux ou issus de nouvelles marques indépendantes à la distribution confidentielle. Cette nouvelle parfumerie est-elle vraiment durable ? Nez a enquêté.


Si l’intention est à l’origine louable, la mise en pratique et l’opacité des moyens déployés s’assimilent hélas parfois plus à une forme de greenwashing déculpabilisant, comme on peut souvent l’observer dans le secteur alimentaire.

Signe d’un engouement croissant pour le sujet, il existe depuis 2020 un filtre  « parfum éco-responsable » sur le site de Sephora, (qui semble renvoyer sur à peu près tous les best-sellers du moment ; premier sur la liste : Sauvage de Dior), se rapportant à plusieurs étiquetages : Good for better planet, traduit comme  « bons gestes pour prendre mieux soin de la planète », garantirait « des emballages éco-conçus et/ou un sourcing responsable des ingrédients ». Le filtre « parfum vegan » (Good for vegan, donc) renvoie à une liste de 131 produits ne contenant pas d’ingrédients d’origine animale (oubliant évidemment de préciser que ces derniers ne concernent aujourd’hui que très peu de parfums, et que ceux qui n’ont pas le sticker en question ne sont sans doute pas tous  « cruels envers les animaux » pour autant…) Quant à « parfum naturel », ce filtre est associé à la notion de Good for you, et englobe par exemple toutes les références d’Atelier Cologne, qui affichent  « 91% d’origine naturelle » (sans préciser s’il s’agit de pourcentage sur la formule du parfum ou le produit fini, et sans non plus expliquer pourquoi ce serait meilleur pour vous). 
Cet exemple emblématique d’un mode de communication qui se pratique partout aujourd’hui, que ce soit chez Sephora ou dans la presse, démontre avec une triste évidence le recours à la simplification à l’outrance, l’absence d’une information pédagogique, et l’absurdité même de ce genre d’outil, qui sans prendre le temps d’expliquer et de nuancer, ne fait que semer la confusion, le doute, les croyances, donc la peur, et la course à celui qui aura la meilleure étiquette. Bref, que le meilleur gagne, peu importe la réalité cachée derrière…
Ces mentions, qui ne disent pas grand chose de concret, ne font au contraire que renforcer l’idée que le parfum est suspect, et qu’il faut donc se tourner vers les marques qui se targuent de faire quelque chose. Oui, mais quoi au juste ? Ça, c’est plus compliqué de le savoir. Quelles pratiques se dissimulent derrière tous ces slogans ? Que signifie la notion de durabilité pour la parfumerie, une industrie dont le marché pèse globalement près de 35 milliards de dollars, dont les experts annoncent un doublement dans les années à venir1Source : https://www.fragrancefoundation.fr/2021/03/la-parfumerie-francaise-est-en-pleine-expansion, et qui, après avoir traversé une pandémie sans précédent privant au passage un grand nombre de leur odorat, affiche un insolent 10% de croissance ?

Si la question de la limite des ressources commence à germer vers la fin du XVIIIe siècle lors des prémices de la révolution industrielle, la notion de « développement durable » (traduite de l’anglais sustainable development) n’apparaît pour la première fois qu’en 1980, lorsque l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) publie un rapport intitulé La stratégie mondiale pour la conservation. Le terme sera consacré lors du sommet de Rio de Janeiro en 1992 dans le sens d’un croisement des trois piliers du développement : environnemental, social et économique. 
Aujourd’hui, cette notion est décriée : on lui reproche de laisser entendre qu’on peut développer l’économie tout en protégeant l’environnement et ses ressources. Autrement dit, de faire miroiter le mirage d’une croissance infinie dans un monde fini. 

Alors que le concept d’éco-responsabilité se propage au sein de la parfumerie au même rythme effréné que les nouveaux lancements, ce qu’il implique réellement semble beaucoup moins visible et tangible que ses revendications. Beaucoup de mots, d’affirmations, de déclarations, mais comme d’habitude dans cette industrie qui aime cultiver le secret, aussi beaucoup de simplifications et de slogans, peu de discours étayés et nuancés pour mieux expliquer de quoi il en retourne, et permettre de faire des choix éclairés.
Le fait qu’un ingrédient contenu à moins d’1% dans la formule d’un parfum soit cultivé en agriculture biologique pèse-t-il plus dans la balance écologique que les milliers de flacons produits ayant dû être transportés par camions, emballés dans une quantité incalculable de cellophane ? Ou que les centaines de communiqués de presse envoyés individuellement à chaque journaliste ?
Par ailleurs, l’accent est souvent mis sur l’éco-responsabilité, parfois au détriment de la dimension sociale du développement durable : alors qu’un produit se targue d’être bon pour la planète ou bon pour vous, est-il également bénéfique aux populations qui cultivent les plantes à parfums ou qui les transforment, dans des pays à la situation géopolitique et économique fragile ? 

Poursuivant la volonté d’exploration déjà menée sur la parfumerie naturelle, Nez vous propose d’aller plus loin que les accroches des dossiers de presse, et d’examiner de manière approfondie et transparente les différentes pratiques et démarches possibles pour rendre le parfum, à tous les stades de sa vie, plus compatible avec un futur meilleur. 
Depuis la culture des plantes à parfums, leur transformation, la synthèse de molécules, jusqu’au devenir des flacons invendus, en passant par les quantités de déchets générés et recyclés, les outils à disposition des parfumeurs et les différents éléments du packaging, nous vous proposons une plongée dans tout ce que peut englober le développement durable en parfumerie.

Illustration Marion Duval


Sommaire du dossier

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Imaginons un parfum en cours de développement, dont la formule comprend environ 50 ingrédients, il faudra pour le peser pratiquement autant de pipettes en plastique pour chaque essai. Chacun sera échantillonné dans un flacon de 15 ml, dupliqué en six à huit exemplaires (voire plus) pour toute l’équipe de création en interne et pour le client. Les flacons à destination de ce dernier seront calés dans un sachet en plastique, transportés dans un sac cartonné par coursier (bien souvent en urgence). Si le nombre d'essais (généralement autour de quelques centaines) est poussé jusqu'à 5 000 (comme c'est le cas pour certains grands lancements), ceux-ci généreront plus de trois tonnes de déchets. L’équivalent d’un hippopotame ! On comprend que les grands groupes de parfum préfèrent aujourd’hui communiquer sur le sourcing durable de leurs ingrédients plutôt que d’insister sur le nombre de modifications réalisées (et la quantité de déchets qu'elles produisent). Les temps ont changé…

Multiplication des essais

Le contrôle qualité, des normes de sécurité, les gestes sanitaires, et bien sûr l’accélération du rythme de pesée ont fait augmenter la quantité de produits jetables utilisés. « Une assistante peut peser entre 800 et 1 000 ingrédients par jour ! » rappelle Gwladys Jubi, responsable laboratoire création Fine Fragrance chez Mane. Le système de compétition entre les maisons de composition pousse celles-ci à multiplier les essais, et donc les déchets. Cette tendance a malheureusement été accélérée par la pandémie : les échantillons, ne pouvant plus être partagés au sein d’une équipe, ont dû être dispatchés sur les différents lieux de télétravail. Un mouvement contraire à tous les efforts réalisés au niveau stratégique pour intégrer la durabilité dans les laboratoires. « Jean Mane, notre président, est personnellement impliqué lors des CSE (comité social et économique) : les idées sont discutées afin d’améliorer notre impact environnemental mais aussi les conditions de travail des collaborateurs ». Une philosophie concrétisée par l’indice Green Motion qui « fête ses 11 ans et illustre parfaitement le rôle pris par Mane dans le développement durable » complète Loic Bleuez, directeur de l’innovation et du développement chez Mane. Chez IFF, « cela fait partie de la culture d’entreprise, dont la devise est : “We apply science and creativity for a better world”, il faut donc être cohérent sur toute la ligne » rappelle Emilie Baude, Technical Operations Director. Ainsi, une « Green Team » composée de volontaires s’est formée pour réfléchir et mettre en place les bonnes idées de chacun. Et ces idées, qui apparaissent désormais comme urgentes, doivent arriver vite !  « Durant les cinquante dernières années, la profession a travaillé de la même manière, utilisant un certain nombre de produits à usage unique : des pipettes et surtout des pompes, grands pollueurs, il faut maintenant que la transformation s’accélère. C’est dans cette optique que notre programme de développement durable "Pathways to Positive" a pour ambition de créer de la valeur partagée pour l’ensemble de nos parties prenantes, » constate Odile Drag-Pelissier, Senior VP Creation & Development chez Firmenich. La société s’est également organisée pour mettre en place une nouvelle stratégie globale appelée Lab 4.0, orchestrée par Sylvie Breton, VP Global Perfumery Laboratory Services. L’objectif : donner aux 35 laboratoires et onze centres de création du monde entier une nouvelle dimension grâce aux technologies modernes : robotisation, digitalisation et intelligence artificielle, approche Lean [fn]Méthode de management qui optimise les processus sur le long terme par l’autonomie, la responsabilisation, la fluidité, l’élimination des gaspillages, de la surproduction, et du temps perdu[/fn], et bien sûr aujourd’hui y intégrer le développement durable. 

Un laboratoire parisien génère entre une et deux tonnes de déchets par mois (l’équivalent de trois à six chevaux…). Le traitement des poubelles est donc un véritable sujet logistique et écologique. « Nous avons un système de tri très strict selon le type de matériaux : verre, aluminium, plastique et en fonction du degré de saleté : verre vide, verre souillé, verre plein... S’ils contiennent des CMR [fn]composés cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques[/fn], les produits sont également mis de côté » explique Gwladys Jubi. La verrerie est fondue, tandis que les déchets sont généralement brûlés pour créer de l’énergie par leur combustion, un service proposé par Suez ou Triadis, sociétés spécialisées dans le retraitement des déchets.

Prenons nos gants et voyons donc ce qui compose ces poubelles…

Du plastique, pas si fantastique

Chaque ingrédient pesé manuellement nécessite une pipette en plastique utilisée en usage unique. Celle-ci « permet de peser avec une grande précision : 0,04 g ou 0,02 g. Il n’est hélas pas possible de la conserver car l’ingrédient résiduel pourrait s’oxyder très rapidement et perdre ses qualités olfactives » rappelle Gwladys Jubi. « Il y a un an, la pandémie a provoqué une pénurie de plastique, nous avons eu du mal à nous approvisionner, ce qui nous a conduit à réfléchir à une manière de rationner les usages : peser à la touche lorsque que c’est possible [fn]Une technique qui consiste à faire couler lentement l’ingrédient sur une touche, goutte à goutte[/fn]. » Mais depuis quand ces pipettes ont-elles envahi les labos ? « Leur usage s’est amplifié dans les laboratoires et les sites de production en même temps que nos sociétés se faisaient certifier selon les normes ISO 14001 [fn]cette norme définit une série d'exigences que doit satisfaire le système de management environnemental d'une organisation pour que celle-ci puisse être certifiée[/fn], ironiquement censées protéger l’environnement » explique Alain Joncheray, directeur technique chez Azur Fragrances. « Les utiliser, c’est la facilité. Autrefois, on pesait à la goutte, avec une spatule par exemple, cela nécessite un certain savoir-faire, et les opérateurs avaient une meilleure connaissance de leur produit et de leur viscosité. » 

« 100% de plastique totalement recyclable ou réutilisable d’ici à 2025 » c’est l’objectif que s’est fixé Firmenich. Pour l’atteindre, la société, sous l’impulsion de Sylvie Breton, a mis en place une stratégie globale pour l’ensemble des laboratoires de la parfumerie… « Sur 2021, la première année, en supprimant les spatules, coupelles et les gobelets à usage unique en plastique vierge, nous avons réduit de 9 tonnes nos déchets plastique vierge sur les 38 tonnes par an générées dans la totalité des laboratoires de parfumerie au niveau mondial. Sur la base d’une idée ayant émergé en Amérique Latine, nous travaillons à présent à réduire l’utilisation de pipettes en plastique jetable dans les laboratoires de création en conditionnant les matières premières de parfumerie dans des flacons compte-goutte ». Si les flacons avec compte-goutte en verre intégré semblent souvent adoptés par les petits labos indépendants, ils paraissent étonnement assez absents, voire méconnus, des grandes sociétés. « Un autre volet de notre stratégie concerne les packagings, nous déployons globalement un programme visant à réduire nos consommations en introduisant des processus de réutilisation et en remplaçant les références en plastique vierge par des solutions durables telles que des flacons en matériau PCR [fn]Post consumer recycled : provenant de sources de déchets de consommation ayant été mis au rebut[/fn] au profil neutre olfactivement. Ces nouvelles références doivent au préalable être validées par des tests de compatibilité et d'étanchéité poussés, suivant des protocoles bien définis. » précise Sylvie Breton. IFF a choisi de s’attaquer aux sachets plastiques qui emballent les échantillons « nous en consommions environ 450 par jour ! » explique Evelyne da Silva, directrice créative parfumerie fine. « Une astuce issue de notre Green Team fut de réaliser des sachets en coton recyclé et de transporter les échantillons dans du carton recyclé. Les coursiers sont également passés à l’électrique ». La société teste également en parallèle les sachets en biomatériaux compostables.

Des échantillons plus légers

S’il est difficile d’en réduire le nombre, il est plus aisé de limiter le volume de chaque échantillon : passer de 15 ml à 5 ml, sans pompe, est une solution proposée par Firmenich et IFF. Une économie de matières premières, d’alcool et de verrerie. « Les clients sont les premiers satisfaits, car ils manquent eux aussi de place et n’ont pas toujours de filières pour recycler les échantillons, ils nous les rendent par l’intermédiaire des commerciaux » confie Evelyne Da Silva. « Des études sont en cours pour utiliser des verres plus légers, privilégier des pompes en métal plutôt qu’en plastique. On recherchait auparavant à améliorer la performance et l’esthétique, aujourd’hui un paramètre s’ajoute : celui de l’environnement. »

L’avènement des robots a permis des économies, aussi bien de verre que de pipettes. Ils pèsent aujourd’hui pratiquement la moitié d’une formule, le reste étant mesuré manuellement. « Nous substituons aujourd’hui sur les robots de pesée les pots en verre par des pots en inox que l’on peut laver et qui garantissent une meilleure neutralité olfactive. » explique Sylvie Breton. Et demain, qui sait, pourra-t-on peut-être installer directement ce robot chez le client avec un ordre de formule piloté par les maisons de compositions. « De quoi éviter les trajets et gagner encore plus de temps. » imagine-t-on chez Firmenich.

Enfin, la capacité de stockage joue un rôle clé dans la chasse au gaspillage : « chaque parfumeur conserve en général un an ses essais et deux ans ses collections de parfums, notes et accords déjà équilibrés, prêts à être utilisés dans de nouveaux projets. Si le laboratoire déménage dans le futur dans de nouveaux locaux, une plus grande capacité de stockage nous permettra de conserver davantage et de faire ainsi des économies de verre et d'ingrédients » explique Gwladys Jubi. 

Une fois que le parfum est pesé, mis en alcool, encore faut-il le sentir ! Un à deux millions de touches sont utilisées par an et par laboratoire. Et il est bien difficile de s’en passer : le papier de cellulose est le premier instrument du parfumeur, sa qualité et sa quantité restent importantes pour garantir un jugement olfactif pertinent. Les solutions « zéro papier » se trouvent davantage dans la digitalisation des documents : « il arrivait que les formules soient imprimées pour pouvoir écrire à la main les quantités d’ingrédients à peser en fonction de la quantité de produit requise » relate Gwladys Jubi. Les logiciels de formulation changent la donne :  « L’assistante dispose de toutes informations sur écran, elle scanne l’ingrédient, utilise une balance connectée, il n’y a que l’étiquette qui est imprimée » note Sylvie Breton.

Logistique et approvisionnement

Les ingrédients utilisés dans les formules sont hélas périssables et le contrôle qualité veille à ce que les DLUO (date limite d’utilisation optimale) soient strictement respectées. Certaines matières ne peuvent se conserver plus de trois mois : les essences d’agrumes, par exemple, s’oxydent rapidement s’ils ne sont pas maintenus au frais. « Il est possible de diluer dans l’alcool certains produits fragiles, comme le Strawberry furanone [fn]Note fruitée gourmande à l’odeur de fraise.[/fn], afin de conserver ses qualités organoleptiques. » confie Gwladys Jubi. Les maisons comptent là encore sur les atouts de la digitalisation pour affiner les paramètres de gestion des stocks et réduire l’impact environnemental. « Les technologies digitales permettent d’analyser les consommations réelles, d’optimiser les stocks de sécurité et les niveaux de commande en évitant de surstocker et de jeter des matières parvenues à expiration » précise Sylvie Breton.

Qui dit stock dit logistique entre le labo et l’usine qui produit et conserve les ingrédients : commander moins, plus régulièrement implique une gestion fine des transports. Chez IFF, on travaille à la création de plateformes communes pour stocker les accessoires et packaging, rationaliser l’approvisionnement par pays, plutôt que de tout faire transiter par l’usine mère.

Autrefois, les matières premières jetées étaient rassemblées dans un contenant et formaient un « mille-fleurs », une composition qui pouvait se vendre sur de lointains marchés comme l’Afrique. « Avec les contraintes de traçabilité, vendre un produit à la composition inconnue n’est plus possible » assure Emilie Baude. Une idée revisitée chez Azur Fragrances : « le concept d’une création aléatoire a beaucoup plu à un artiste en résidence, comme un clin d’œil à l’œuvre de Marcel Duchamp, Belle Haleine. Ça c’est du vrai upcycling ! » s’amuse Alain Joncheray. Le gaspillage ne concerne pas seulement les ingrédients mais aussi les solvants, largement utilisés par les parfumeurs pour diluer leurs formules, afin d’en ajuster le coût à celui exigé par le client : « ils ne savent pas toujours solubiliser dans autre chose que du dipropylène glycol ; or créer un produit moins dilué serait à l’avantage de tous : moins de quantité transportée, moins de gaz à effet de serre, moins d’emballage, moins de coûts… »

Créer moins mais mieux 

Une variation de 0, 01 % d’un ingrédient dans un nouvel essai sera-t-elle perçue par le client ? « La pandémie a montré qu’on pouvait travailler différemment, avec une création plus contrôlée » note Evelyne da Silva : « en télétravail, le temps laissé à la réflexion a optimisé l’action, les parfumeurs avaient également plus de temps pour suivre les notes, proposer la "mod juste" [fn]Modification d’un essai[/fn] ». « Le manque de ressources au laboratoire nous a aussi obligés à nous adapter à un autre rythme. Espérons que ces bonnes pratiques ne se seront pas oubliées à l’avenir. » complète Emilie Baude.

Firmenich mise par ailleurs sur les data pour optimiser le nombre d’essais : « on peut aujourd’hui prédire énormément de choses, la modélisation des formules permet d’anticiper que tel essai sera ou ne sera pas performant, ce qui permet d’éviter une masse importante de déchets et une perte de temps, notamment sur la dernière phase d’optimisation technique » rappelle Odile Drag-Pelissier. Ainsi, c’est « tout un processus de création qu’il faut revoir dans sa globalité » conclut Alain Joncheray. « Avant l’arrivée du numérique, on prenait moins de photos, mais on réfléchissait au cadrage, à la lumière. Photographier en rafales n’a jamais été la garantie d’une bonne image ! ».

Une pollution invisible mais non négligeable peut provenir aussi des marques elles-mêmes, qui parfois « demandent parfois de recevoir les documents techniques de chaque essai, une quantité de travail importante "au cas où” l’essai est retenu » déplore Alain Joncheray. « En attendant, ces documents sont stockés, en autant de fois qu’il y a de personnes dans le service car l’information n’est pas toujours centralisée. Une consommation importante de serveurs ! » Et côté parfumeurs ? « Il est aussi important de nettoyer ses dossiers en supprimant les formules qui ne servent plus, et les essais non retenus car non  performants. Chaque année, nous devons tout mettre aux normes, ce qui prenait auparavant une semaine entre Noël et le jour de l’An ne tient plus sur un délai si court, il y a trop de formules… »

L’écologie est souvent associée à l’économie et les bonnes pratiques émergent autant de la bonne volonté de chacun que de la hiérarchie. « Une civilité à inculquer à ses équipes, se comporter comme si on payait soi-même les frais : éteindre sa plaque chauffante, ses lumières avant de quitter son bureau, il n’y a pas de raison de se comporter autrement que chez soi. » note Gwladys Jubi. De petits gestes qui montrent l’importance du sujet, même s’ils restent symboliques : chez IFF, à chaque projet gagné, un arbre est planté près de Rambouillet. Bonnes volontés, capacité de stockage, robotisation, digitalisation sont tout autant de leviers pour lutter contre le gaspillage. Une goutte d’eau nécessaire pour limiter l’océan de plastique…

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Post sponsorisé

Jamais la question de la préservation des ressources et de l’avenir des communautés n’avait parue aussi aiguë et urgente qu’à l’heure actuelle, avec le changement climatique. Pour autant, certains acteurs n’ont pas attendu pour s’emparer de ce sujet crucial. Le groupe Givaudan, engagé dans une démarche de certification BCorp et de réduction de son empreinte environnementale et qui a développé une plateforme Naturality, pour intégrer des ingrédients toujours plus responsables, fait à ce titre figure de pionnier. En 2013, il a créé une fondation d’entreprise, dont la première mission a été de faire vivre ses engagements auprès des communautés dans lesquelles il s’approvisionne, en résonance avec sa toute nouvelle identité de marque, « Human by Nature ». « La Fondation est née de la volonté de l'entreprise Givaudan de renforcer ses actions sociales et environnementales auprès des producteurs d'ingrédients naturels spécifiques à l'industrie de la parfumerie (la vanille, le patchouli, la fève tonka…) et plus largement des communautés environnantes. Mais également, d’offrir un espace et des moyens aux collaborateurs de Givaudan désireux de porter des projets de volontariat à travers le monde. Et enfin, d’impliquer certains clients en les invitant à contribuer à des initiatives locales- un levier clé pour créer des ponts entre le produit fini et sa provenance et donner du sens à tout le processus de production », expose Laetitia Vuillemenot, directrice de la Fondation. Plusieurs d’entre eux participent à des programmes communautaires spécifiques comme au sein des filières de la vanille à Madagascar, de l’ylang-ylang aux Comores, et du vétiver en Haïti. 

Faire rimer qualité, durabilité, solidarité

Dotée d’une organisation indépendante et dédiée, la Fondation s’attache à concentrer ses soutiens dans les domaines cœur de métier de l’entreprise Givaudan, où elle est à même d’apporter aux bénéficiaires une plus-value en matière de savoir-faire et d’expérience, notamment par du mécénat de compétences. Se plaçant au-delà de la philanthropie, ses équipes ne se limitent pas à financer les projets, mais s’emploient à les monter et à les superviser, en s’appuyant sur l’expertise de partenaires locaux qualifiés (ONG, organismes de recherche, associations, universités…). « Notre philosophie est d’être à l’écoute des communautés. Nous sommes attentifs à déployer des projets efficaces et en adéquation avec les besoins locaux, ce qui exige de faire du sur-mesure », poursuit Laetitia Vuillemenot. Les choix de projets, arrêtés par le comité de sélection, tiennent compte de deux grands principes : la possibilité d’un engagement de long terme pour laisser le temps aux partenariats de porter leurs fruits et une certaine adaptabilité aux contextes locaux et aux propositions des bénévoles. 
Conséquence : les projets soutenus sont très variés, à l’image de la diversité des pays et de la créativité des collaborateurs de Givaudan. 

Parmi les plus emblématiques, on peut citer le programme de protection de l’ylang-ylang sur l’île Mohéli aux Comores, qui vise à apporter une aide environnementale et économique : protection des ressources naturelles en collaboration avec le Parc National (la zone vient d’être reconnue réserve de biosphère par l’Unesco) et, en parallèle, programme d’alphabétisation à l’attention des femmes, avec le soutien au développement de projets d’entrepreneuriat pour renforcer leur autonomie. On peut aussi mentionner le cas de l’Inde, où la Fondation finance des projets d’accès à l’eau, pour une minorité ethnique qui exploite la gomme de boswelliaLe genre Boswellia regroupe une vingtaine d'espèces d'arbres produisant une résine aromatique, exploitée sous le nom d'encens ou oliban., un ingrédient phare de l’industrie cosmétique. La Fondation Givaudan soutient aussi des programmes de formation et de recherche, dédiés à l’amélioration de la qualité et la durabilité des filières. En Égypte, elle accompagne les cultivateurs de la précieuse fleur de jasmin dans l’adoption de pratiques agricoles respectueuses de la biodiversité. La lavande et le lavandin, autres piliers de la parfumerie, font de leur côté l’objet de programmes de recherche ambitieux, destinés à les rendre plus résistants, hier face aux maladies, demain face au réchauffement climatique. « La Fondation Givaudan joue aussi et de plus en plus un rôle d’incubateur, en aidant à concrétiser les idées des collaborateurs», souligne Laetitia Vuillemenot. Le projet « Ma Madeleine », développé face à l’anosmie avec l’École de Parfumerie de Givaudan en collaboration avec des chercheurs, qui consiste en un kit olfactif adossé à une application web, en offre une belle illustration. 

Aujourd’hui, après huit ans d’existence, avec une centaine de projets entrepris dans 30 pays et un budget quadruplé, la Fondation s’engage toujours plus auprès des communautés et de l’environnement. 

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