Depuis 2014, les Art and Olfaction Awards célèbrent chaque année la parfumerie artistique internationale en récompensant des parfumeurs, des créateurs de marques indépendantes et des directeurs artistiques, mais aussi des artistes qui travaillent avec les odeurs. Basé à Los Angeles, l’Institute for Art and Olfaction (IAO) qui les organise propose différentes actions, toutes tournées vers la démocratisation de l’olfaction et du parfum. Nez a rencontré sa fondatrice Saskia Wilson Brown, qui nous parle de l’évolution de ce prix, dont la prochaine édition aura lieu le 12 juin à Athènes.
Après 12 années consécutives, comment as-tu vu évoluer les marques et les créateurs finalistes des Art and Olfaction Awards ?
Le grand changement est d’abord géographique. Au départ, du fait de notre ancrage californien, les États-Unis étaient particulièrement représentés, suivis des marques et créateurs européens. Aujourd’hui, nous voyons une augmentation significative des marques asiatiques qui souhaitent être reconnues et s’inscrire dans la parfumerie mondiale. Ces nouveaux territoires influencent les parfums que nous évaluons et les thèmes que nous voyons émerger : la nature, cette année notamment avec la neige, la mémoire et bien, entendu, l’amour, toujours. On trouve aussi des thématiques relatives aux mythologies, qui sont davantage ancrées dans la culture des territoires représentés. Le parfum et la spiritualité sont régulièrement associés, qu’il s’agisse d’explorer des zones d’ombre ou de mystères, offrant des espaces d’expression très ouverts.
Quant aux parfums eux-mêmes, les gourmands sont toujours aussi présents, mais ils se déclinent selon les origines : on trouve par exemple pour l’Asie des notes de litchi. Le thé est également une source d’inspiration transversale récurrente.
Bien entendu, les grandes matières utilisées restent toujours les plus emblématiques (rose, jasmin, iris par exemple), mais les histoires ont beaucoup changé. Les parfums sont devenus plus conceptuels, ce qui est dû à mon sens à l’influence des autres domaines de l’art sur le parfum, mais aussi grâce aux acteurs d’autres disciplines qui s’intéressent au parfum et se lancent dans l’aventure. Enfin, en ce qui concerne les lieux d’inspiration les plus cités, Paris et Naples restent incontournables.
Cette année, la Côte Ouest américaine accueille le WPC (World Perfumery Congress) à Monterey, ainsi qu’un nouvel événement, le ScentFest à San Francisco. Est-ce un hasard, où se passe-t-il quelque chose de nouveau sur cette partie du globe ?
Après 14 ans d’activité, nous espérons que l’Institute for Art and Olfaction a influencé et porté la création telle que nous l’envisageons ici, sur la Côte Ouest américaine. Le ScentFest et le WPC tentent d’apporter la partie business, alors que nous nous sommes concentrés sur une approche culturelle, plus transversale. La culture du parfum a toujours été forte aux États-Unis et particulièrement à l’Ouest. Nous observons beaucoup de connexions avec l’Asie, notamment avec la Corée du Sud. J’ai aussi l’impression que « Perfume is the new craft beer »1« Le parfum est la nouvelle bière artisanale ». C’est un mouvement un peu hipster, ce qui me rend légèrement nerveuse, parce que ce type d’engouement tend à craquer aussi vite qu’il s’est créé ! À l’IAO, nous essayons d’avoir une approche « slow and study » 2« ralentir et étudier ». Je souhaite en tous les cas bonne chance au ScentFest et au WPC, leur présence ici ne peut être qu’une bonne chose. J’espère sincèrement que l’industrie suivra le mouvement. C’est la principale raison pour laquelle nous organisons la remise des Art and Olfaction Awards à l’étranger depuis plusieurs années, parce que l’industrie n’est pas sur la Côte Ouest. Mais la créativité, le sens de l’entreprenariat, l’influence de l’Asie ou du Mexique sont bien là. Je reste convaincue que tout est possible ici !
Tu seras bientôt en Grèce pour la remise des Awards. Quels sont les projets de l’IAO pour les prochaines années ?
En novembre prochain, nous organiserons le Panamerican Scent Summit à Mexico City, ainsi que la remise des Awards. C’est essentiel de continuer à entretenir des liens forts avec le Mexique et plus généralement nos voisins d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud. L’année suivante, j’espère que nous pourrons décerner les Awards en Asie, puis peut-être à Paris. L’IAO tente de rester aussi international que possible, car l’idée de la parfumerie que nous défendons est universelle.
Retrouvez les lauréats 2026 à partir du 12 juin au soir sur https://thegoldenpears.com/home
Crédit photo : © Indah Datau







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