Une parfumerie naturelle à géométrie variable : quelques définitions

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Mon parfum est 100% naturel. Oui, mais c’est-à-dire ? Que contient-il exactement ? Eh bien, ça dépend…

Car cette notion de parfum naturel est à géométrie fort variable, ce qui explique en partie la versatilité olfactive que l’on peut observer en comparant différentes marques. En effet, plusieurs normes ou certifications peuvent être appliquées, en fonction du choix de la maison. 

Voici les principales, de la plus restrictive à la plus souple : 

Cosmos Organic
Appliquée au niveau européen aux cosmétiques et aux parfums, cette certification accordée par Ecocert permet aux parfumeurs l’utilisation d’huiles essentielles, d’extraits CO2, d’isolats naturels et uniquement des absolues obtenues à l’aide d’éthanol d’origine naturelle (comme celles de vanille ou de fève tonka par exemple).
Elle autorise également les ingrédients fabriqués par bioconversion à partir de matières premières naturelles à condition que ces dernières ne soient pas des OGM, et qu’ils ne contiennent pas de solvant synthétique résiduel (c’est le cas de certaines lactones fabriquées grâce à la fermentation d’acides gras issus d’huiles végétales par exemple).
Les ingrédients obtenus à partir d’un animal ne doivent pas entraîner la mort de ce dernier (c’est donc OK pour la cire d’abeille, mais pas le castoréum).
Enfin, 20% au moins des ingrédients contenus dans le flacon doivent être certifiés biologiques, et 95% des végétaux.
Cela représente 20% environ de la palette des parfumeurs.

Cosmos Natural
On retrouve les mêmes matières premières autorisées qu’en Cosmos Organic avec en plus toutes les absolues, concrètes et résinoïdes obtenus à l’aide de solvants pétrochimiques tels que l’hexane, ainsi que les ingrédients obtenus par bioconversion, y compris ceux dont l’obtention implique des solvants synthétiques (mais toujours sans OGM), et sans pourcentage minimum d’ingrédients bio cette fois.

ISO 9235
C’est la norme qui correspond à la définition du parfum 100% naturel selon l’IFRA.
À la liste des matières autorisées en Cosmos Natural, elle permet l’ajout de toutes les matières animales et de tous les ingrédients issus de bioconversion, sans restriction. Cela représente 40% environ de la palette des parfumeurs.

ISO 16128
Appliquée aux cosmétiques comme aux parfums, cette norme n’interdit aucune matière première. Elle permet de revendiquer un pourcentage d’ingrédients naturels ou d’origine naturelle. Ces derniers peuvent être obtenus grâce à la synthèse, même s’ils n’existent pas dans la nature, à condition qu’ils contiennent plus de 50% de carbone renouvelable (comme l’ambroxan, synthétisé à partir de la sauge sclarée). 

Des définitions qui montrent que la notion de naturalité revendiquée par les marques, sans être détaillée, est bien plus complexe (et parfois plus souple) qu’elle n’en a l’air. 

Voici maintenant un schéma qui regroupe les différentes possibilités de formulation naturelle, en partant d’un parfum conventionnel (où tout est permis, dans les limites de l’IFRA, bien sûr) jusqu’à une formule qui ne contiendrait que des huiles essentielles. Sont mentionnés à chaque fois le type d’ingrédients autorisés et le pourcentage de la palette du parfumeur représenté.

Ingrédients autorisés en fonction de la catégorie de parfum naturel vs. un parfum conventionnel. © Nez

Et afin de bien être en mesure de comprendre à quoi correspond chaque type d’ingrédients, nous vous en rappelons ici les définitions :

Absolue
Produit raffiné, débarrassé des matières cireuses et obtenu par lavage à l’alcool d’une concrète (elle-même dérivée de l’extraction d’une matière première naturelle par un solvant volatil, le plus souvent l’hexane, donc issu de la pétrochimie). 

Bioconversion
Procédé consistant  à tirer parti des propriétés des micro-organismes (enzymes, bactéries…) pour transformer une matière première naturelle en un ou plusieurs composés odorants. 

Concrète
Produit cireux, solide ou semi-solide, obtenu après extraction par un solvant (le plus souvent de l’hexane) des principes odorants d’une matière première végétale. Après un lavage à l’alcool, la concrète donnera une absolue.

Essence ou huile essentielle
Produit odorant issu de la distillation ou de l’expression à froid de matières premières naturelles. La distillation peut se faire à la vapeur d’eau :  cette dernière, chauffée dans une cuve, produit de la vapeur qui est injectée dans le végétal pour entraîner ses composés odorants.
Ou par hydrodistillation : les végétaux sont alors immergés dans l’eau, et la vapeur engendrée par chauffage de ce mélange entraîne les composés odorants. 

Extrait CO₂
Produit obtenu grâce une extraction au gaz carbonique, qui mis sous haute pression et à une certaine température, atteint un état dit « supercritique », dans lequel il agit comme un solvant extrayant de la plante les composés odorants. L’extrait final est exempt de tout résidu.

Isolat 
Composé odorant obtenu par une distillation fractionnée d’une huile essentielle, afin de l’isoler des autres composés. Par exemple, le citronellol peut être ainsi isolé à partir de l’essence d’eucalyptus, qui en contient.

Matières animales 
Les principales utilisées aujourd’hui – mais relativement rarement – sont l’absolue de cire d’abeille (qui ne nécessite pas la mort de l’insecte) et le castoréum (qui implique de tuer les castors). L’ambregris et la civette sont utilisés dans de très rares parfums, et ne demandent pas de tuer le cachalot ni la civette. Le musc naturel, qui impliquait la mort du chevrotain, est totalement  interdit en parfumerie. Enfin l’hyraceum, constitué de l’urine cristallisée d’un rongeur, et très anecdotique, ne nécessite pas la mort de l’animal.

Résinoïde
Produit obtenu par extraction au solvant volatil de la partie sèche de matières premières végétales ou de certains baumes, résines et gommes.

Merci à Serge De Oliveira (Robertet), Irène Farmachidi et Médrick Germain (Technicoflor), Pauline Raffaitin (Ecocert et Delphine Thierry (Inspiration libre) pour leurs explications et leur aide précieuse.

Illustration principale par Marion Duval pour Nez.

Commentaires

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Merci pour ce dossier très instructif. La première partie sur les normes et certifications m’a vraiment permis de mieux cerner les enjeux de la parfumerie naturelle, qui semble connaître un véritable essor ces derniers temps. Et bien sûr, en tant que traductrice spécialisée en parfumerie, j’apprécie toujours une belle liste de termino avec définitions !

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