Nez, la revue… de presse – #19 – Où l’on apprend que l’odeur des bébés rend les hommes calmes, que Ford se met au parfum et que les colibris ont du nez

Au menu de cette revue de presse, des parfums à avaler, du vin bouchonné et la cryothérapie comme remède possible à l’anosmie.

Sentons-nous différemment selon notre genre ? Douce, réconfortante (et éphémère), l’odeur de bébé fait la joie des jeunes parents, mais nous n’y réagissons pas tous de la même manière, nous apprend France Info. L’hexadécanal, une molécule produite par les bébés, rendrait ainsi les femmes plus agressives et les hommes plus calmes, selon une étude publiée par Sciences Advances. L’agressivité maternelle ayant un impact positif sur la survie des petits chez l’animal, cette différence serait-elle le fruit de l’évolution ? C’est en tout cas la première fois qu’on observe des effets si contrastés entre hommes et femmes pour une même odeur.

La tendance actuelle en parfumerie est pourtant plutôt aux créations unisexes ou gender fluid, souligne Vogue US. « Près de 30 ans après que CK One a généralisé l’idée d’eaux de toilette non genrées, une nouvelle génération adhère à l’idée que le parfum doit exister au-delà de la binarité », écrit le mensuel, rappelant que les fleurs, les épices et les bois qui entrent dans les formules n’ont pas de sexe, sauf celui qu’on leur attribue culturellement. À ce sujet, n’hésitez pas à vous plonger dans la lecture du numéro 3 de Nez dont le dossier titre était Le sexe des parfums

Mais pour Ford, l’affaire semble entendue : les voitures, c’est pour les hommes, les vrais, et leur odeur aussi. En témoigne la présentation par le constructeur de Mach-Eau, une composition censée évoquer l’essence grâce à des notes fumées, des nuances animales et une touche d’accord caoutchouc. Le parfum a été créé après une enquête menée par la marque montrant que 70% des propriétaires de véhicules électriques déclarent que les effluves de carburant leur manquent. 

Si Mach-Eau n’est pas commercialisé, Comme des garçons propose depuis 2004 Garage, un parfum construit autour d’un accord kérosène. Les créations aux inspirations toujours plus étranges se sont multipliées ces derniers mois, de la bougie This Smells Like my Vagina de Gwyneth Paltrow à celles de McDonald’s évoquant les différents ingrédients du Big Mac, en passant par le parfum Frites créé par l’Idaho Potato Commission, et The Guardian se penche sur le phénomène. « Est-ce une conséquence du manque d’odeurs, de l’ennui qui a régné pendant la pandémie ? Un désir accru que les objets que nous achetons nous procurent des expériences allant au-delà du simple plaisir ? », s’interroge le quotidien anglais.

Que leur senteur soit insolite ou plus classique, les bougies parfumées sont en tout cas les grandes gagnantes de la période Covid, nous dit Le Monde, qui indique que le secteur a connu une hausse significative des ventes. Avec les confinements et le télétravail, notre home sweet home est plus que jamais l’objet de toutes nos attentions, rappelle le quotidien, et la bougie parfumée y est reine, aussi bien par sa capacité à recréer des ambiances dépaysantes que par son statut d’objet à exposer. 

De nombreux malades du Covid-19 continuent à perdre l’odorat, mais serait-on sur la voie d’un traitement contre l’anosmie ? Dans la Drôme, des patients auraient retrouvé l’odorat après des séances dans un centre de cryothérapie, selon France Info. Le Covid impacte les neurones sensoriels et crée une inflammation au niveau du système nerveux olfactif, causant une perte partielle ou totale d’odorat. La cryothérapie permettrait de lutter contre cette inflammation. Selon une étude menée par le CHU et l’université de Reims avec l’entreprise Cryotera, sur les trente patients qui ont effectué deux à cinq séances dans une salle à – 90°C, 28 ont retrouvé l’odorat.

Alors que nous tomberons peut-être bientôt le masque dans les transports en commun, une archive de l’INA nous rappelle les premiers essais d’odorisation du métro parisien en 1959. Pour « améliorer le confort de ses voyageurs », la RATP décide alors de diffuser un désinfectant parfumé sur les quais : œillet sur la ligne 1, essence de pin sur la ligne 4… « Ça sent meilleur que la sueur », se réjouit un passant alors interrogé par le journaliste. 

La lutte contre les odeurs corporelles semble être une préoccupation qui traverse le temps : le site La Cosmétothèque consacre un podcast à la question du parfum à avaler, permettant d’exhaler des effluves fleuris ou épicés plutôt que des relents plus animaux. Une recette chinoise du VIIe siècle à ingérer quotidiennement promet ainsi de parfumer la bouche dès le premier jour, le corps en dix jours, les os en trente jours… Les tentatives plus récentes en la matière, à l’initiative de marques asiatiques le plus souvent, ont rencontré un succès plutôt mitigé. 

Si Napoléon était réputé boire ses eaux de Cologne, Le Monde s’intéresse lui à un autre liquide odorant : le vin, et le goût de bouchon qui le frappe parfois. En cause : le 2,4,6-trichloroanisole, une molécule qui se synthétise sous l’action de moisissures et donne une désagréable odeur de liège aux bouteilles. Son seuil de détection varie – selon la personne, son patrimoine génétique et son expérience olfactive – entre 1,5 et 5 nanogrammes par litre. Bonne nouvelle : ce défaut se fait de plus en plus rare, les fabricants ayant modifié leurs méthodes de traitement du liège. 

Quand ils se nourrissent, les colibris font eux aussi appel à leur odorat, nous fait savoir Sciences et Avenir. D’après une étude américaine, ces petits oiseaux se reposent sur leur sens olfactif afin d’éviter certains insectes potentiellement dangereux se trouvant sur les fleurs dont ils boivent le nectar. Une découverte intéressante, car l’odorat des oiseaux a longtemps été mis de côté dans les questionnements scientifiques, voire nié. 

Et on termine cette revue de presse avec d’autres nectars, ceux de Serge Lutens, à qui Philippe Bresson consacre une série d’entretiens dans l’émission À voix nue sur France Culture. Deux épisodes sont consacrés au parfum et à son lien avec la littérature. Car « le parfum, c’est de la syntaxe », estime le créateur : quand on lui demande comment il choisit les essences qui entrent dans ses compositions, il répond que chaque parfum a une histoire et que celle-ci ne peut être uniquement olfactive, mais d’abord littéraire.

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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