Nez, la revue… de presse – #18 – Où l’on apprend que renifler des baskets est un métier et que certaines églises ont leur propre parfum

Au menu de cette revue de presse, de la seconde main, des déchets et le « piquant de l’air marin de l’archipel Miyako ».

Si votre belle-mère a comme chaque année glissé sous le sapin une eau de toilette en se fiant aux meilleures ventes plutôt qu’à vos préférences olfactives, voilà peut-être une solution : la première plateforme de vente de parfums d’occasion devrait être lancée en janvier, nous apprend Ouest-France. Les flacons vendus sur Mïron devront être au minimum à moitié pleins et seront analysés par un expert afin d’éviter les jus abîmés par le temps ou les contrefaçons. 

La seconde main a le vent en poupe dans tous les domaines. Sur Kikikickz, on revend plutôt des sneakers rares, mais l’olfaction n’en joue pas moins un rôle non négligeable dans le processus de vérification de l’authenticité des paires (neuves) proposées, révèle Le Monde. « Chaque marque a une odeur particulière, qui diffère parfois selon les modèles. Sur une paire neuve, ça commence dès l’ouverture de la boîte, à l’odeur de la colle. Si ça sent fort ou que ça pique, méfiance », avertit ainsi le directeur des achats du site de revente. 

Les effluves puissants et nauséabonds, les riverains du centre de traitement des déchets de Retzwiller (Haut-Rhin) ont dû s’y habituer : 250 à 600 tonnes arrivent chaque jour sur le site exploité par Suez pour y être enterrées. Afin de limiter les nuisances, le groupe va former des volontaires pour reconnaître les différents types d’odeurs et jouer le rôle de lanceurs d’alerte en cas d’anomalie, selon France Bleu

Tous les déchets ne sont pas malodorants pour autant, nous dit Le Figaro, puisque certains rejoignent la palette des parfumeurs : pour accompagner la transition écologique, les grands groupes ne se contentent plus de flacons recyclables et de formules biodégradables, mais créent depuis quelques années de nouvelles matières premières à partir de rebuts d’ingrédients jusqu’ici inutilisés, grâce à l’upcycling, souligne le quotidien.

Déchets toujours sur France Culture, qui consacre quatre épisodes des Chemins de la philosophie au sujet. Dans le dernier volet de l’émission, Georges Vigarello retrace l’histoire de l’hygiène, rappelant que l’exigence de propreté traverse les époques, même si chacune en a sa propre définition, entre peur de l’eau, liée à celle de la peste, et invention de la chemise au XVe siècle. 

Sans remonter aussi loin dans le temps, Marie-Claire s’intéresse aux fragrances qui éveillent des souvenirs et à la puissance de la mémoire olfactive. « Qui n’a jamais ressenti une vive émotion en reconnaissant dans la rue un parfum qui a subitement fait surgir le souvenir d’une maison, d’une gourmandise, d’un être cher ? » demande l’hebdomadaire féminin, qui propose une sélection de compositions évocatrices de l’arrivée du printemps, de l’atmosphère d’une maison de campagne ou du bord de mer en été.

France Culture se penche également sur l’attrait croissant pour les odeurs du passé, en prenant l’exemple de la marque Arquiste, qui recrée à travers ses parfums les dernières heures de Pouchkine, avant le duel qui lui coûta la vie, ou l’ambiance d’un couvent de Mexico à la fin du XVIIe siècle, ou encore du Rijksmuseum d’Amsterdam, qui propose à ses visiteurs d’humer sur mouillette les effluves de la bataille de Waterloo devant le tableau que Jan Willem Pieneman a consacré à l’événement. 

Le Monde approfondit ce sujet du parfum comme machine à remonter le temps dans un long article qui souligne par ailleurs que l’intérêt pour les odeurs disparues peut servir à protéger celles qui risquent de disparaître. En 2001, le ministère de l’environnement japonais a ainsi décidé de classer 100 « paysages olfactifs », choisissant des sites naturels, historiques ou culturels dont la senteur méritait d’être préservée, « terre brûlant dans les fours à céramique de la ville d’Imari », « piquant de l’air marin de l’archipel Miyako » ou « livres anciens des bouquinistes tokyoïtes du quartier de Kanda ».

Les musées sont de plus en plus friands d’odeurs, qu’elles appartiennent au passé ou non, et le podcast de la marque Fragonard, À fleur de nez, se demande comment « sentir au musée ». Est-ce qu’une œuvre d’art sent ? Un dispositif olfactif peut-il nous influencer ? La parole est donnée à Mathilde Castel, docteure en muséologie, qui a dirigé l’ouvrage Les Dispositifs olfactifs au musée, paru chez Nez. 

Les églises ne sont pas en reste en matière d’odeurs, du moins celle de Saint-Eustache à Paris, qui lance son propre parfum, selon Le Monde. Créé par Ralf Schwieger sous la direction d’Étienne de Swardt, fondateur d’État libre d’Orange, Le Dieu Cerf est inspiré du saint patron des lieux, qui est aussi celui des chasseurs, et marie notamment lavandin, galbanum, patchouli et mousse de chêne. La moitié des ventes sera reversée à l’église. 

Les partis politiques se mettent aussi au parfum, du moins en Inde. Le Samajwadi Party, qui espère battre le Bharatiya Janata Party du Premier ministre nationaliste aux élections locales prévues début 2022 dans l’Etat septentrional d’Uttar Pradesh, compte séduire les électeurs avec « une fragrance de fraternité, d’amour et de socialisme », composée de « 22 essences naturelles », et qui peut « mettre fin à la haine », raconte Le Point.

De quoi apporter de la variété aux briefs reçus par les sociétés de composition. Le Figaro nous propose une « plongée dans l’univers haut en odeurs du métier de nez », insistant sur le fait qu’au-delà de la dimension créative du travail des parfumeurs, leur quotidien est rythmé par la compétition.  

Il l’est aussi par les écrans et les robots, comme le découvre Xavier de la Porte, qui est allé à la rencontre de la parfumeuse Nathalie Gracia-Cetto chez Givaudan pour son podcast consacré au numérique, Le code a changé, sur France Inter. 

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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Cette semaine, on se penche sur l'avenir du parfum, et on se plonge aussi dans son histoire. Le parfum du futur sera naturel ou ne sera pas ? Pas si sûr, nous explique Melody Bomgardner dans un long article sur le site de l'American Chemical Society, « Chemical and engineering news ». La demande de plus en plus importante d'ingrédients naturels est bien la tendance forte du moment et sûrement de demain : 19% des consommateurs américains de produits de beauté estimaient en 2017 qu'il était important pour eux d'acheter des parfums entièrement naturels, qu'ils jugent plus qualitatifs et plus sûrs. « Pourtant, l’industrie du parfum ne va pas devenir naturelle dans un avenir proche », souligne l'article. Précisément parce que la demande est trop forte et qu'il n'est pas possible d'assurer un approvisionnement responsable et durable pour toutes les matières premières naturelles. Le santal indien a été quasiment décimé pendant les décennies précédentes, et utiliser des substituts synthétiques est « bien plus respectueux de l'environnement ». Pour résoudre ce dilemme entre vertus du naturel et du synthétique, la clé pourrait se trouver notamment dans la chimie verte (qui permet de produire des molécules odorantes de synthèse plus efficacement et donc de réduire leur impact sur l’environnement) et dans des biotechnologies utilisant la fermentation pour obtenir de nouveaux ingrédients. On peut ainsi obtenir des molécules proches du patchouli à partir du sucre, ou de l'ambrettolide, un musc, à partir d'acides gras insaturés. Des matières qui ne peuvent pas être considérées comme naturelles, mais sont renouvelables et vegan.

Le magazine Gala s'intéresse aussi au « parfum écolo », et propose un rapide aperçu du sujet, du principe des flacons ressourçables aux marques certifiées bio comme Acorelle en passant par de nouvelles méthodes d'obtention pour certaines molécules : Hermetica, la marque lancée l'année dernière par les fondateurs de Memo, Clara et John Molloy, utilise dans une composition une note muguet obtenue non pas grâce à la synthèse, mais à partir de zestes d'orange. Et si le sujet vous intéresse, vous pourrez l'approfondir avec le 5e numéro de Nez, consacré au naturel et au synthétique en parfumerie.

Il ne contenait ni muguet ni orange, mais le kyphi a fait de l'Egypte le berceau de la parfumerie, nous rappelle le musée Fragonard, qui vient de rouvrir après des travaux d'agrandissements à Paris. Dans une première partie, le Musée du Parfum « expose toutes les étapes qui donnent vie au parfum » : matières premières, cueillette, extraction, distillation, formulation, fabrication, flaconnage. Dans sa deuxième partie, une collection de flacons anciens retrace l’histoire du parfum de l’Egypte ancienne au XXe siècle, entre pots à khôls, pomanders, et flacons à sels.
Autre voyage dans l'histoire de la parfumerie à New York au Brooklyn Museum, qui consacre une exposition à la vie personnelle de Frida Kahlo.

On y découvre notamment les flacons de parfums préférés de la peintre mexicaine, restés intacts comme le reste de ses effets personnels dans sa maison devenue musée. L'occasion d'approcher l'intimité de l'artiste et d'y chercher des correspondances avec son œuvre : la tradition avec L’Eau de Cologne originelle Jean-Marie Farina de Roger&Gallet, le modernisme avec le N°5 de Chanel, le surréalisme avec Shocking de Schiaparelli...

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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