Que doit le parfum aux territoires qui le font naître ?

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Le 4 septembre à Paris, The Colors et le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) ont lancé Fragrance for Impact. Son principe : créer un lien entre l’industrie du parfum et les programmes menés par l’UNFPA dans les territoires producteurs de matières premières. Premier terrain de cette mobilisation : les Comores, où l’UNFPA déploie déjà un réseau de cliniques mobiles donnant accès à des services de santé essentiels aux femmes, aux filles et aux jeunes. Fragrance for Impact entend mobiliser les acteurs de la parfumerie pour contribuer au développement de ce dispositif, avec notamment l’objectif de faire passer le réseau de quatre à sept cliniques.

Au lendemain du dîner de lancement organisé à Paris, Nez s’est entretenu avec Haweya Mohamed et Ammin Youssouf, cofondateurs de The Colors, sur la naissance de cette passerelle entre parfumerie et action de terrain, et plus largement sur la responsabilité de l’industrie envers les territoires dont elle tire certaines de ses matières premières.

Hier soir, vous avez officiellement lancé Fragrance for Impact devant des acteurs de l’industrie du parfum. Qu’est-ce que vous retenez de cette première soirée ?

Haweya Mohamed et Ammin Youssouf: Ce que nous retenons avant tout, c’est la qualité des échanges et l’énergie très positive qui ont accompagné ce lancement. Nous avons réuni des maisons de composition, des marques, des retailers, des créateurs de contenu et des représentants de la presse spécialisée. Nous avons surtout ressenti une volonté commune de travailler collectivement afin que le secteur puisse davantage soutenir les communautés situées en amont de sa chaîne de valeur. Cette mobilisation est particulièrement importante dans le contexte de financement complexe que connaissent aujourd’hui les institutions internationales comme l’UNFPA, le Fonds des Nations Unies pour la population. Nous avons le sentiment que la parfumerie souhaite répondre à son appel. Il était également essentiel que Fragrance for Impact ne reste pas dans un entre-soi sectoriel. Des personnalités issues du cinéma, du sport, de la presse généraliste et des acteurs de l’économie sociale et solidaire ont rejoint les échanges. Cette diversité ouvre la voie à des collaborations nouvelles entre l’industrie du parfum et d’autres univers.

Comment est née l’idée de Fragrance for Impact ? À quel moment avez-vous identifié qu’il pouvait y avoir un lien à créer entre le travail déjà mené par l’UNFPA aux Comores et l’industrie du parfum ?

HM et AY: L’idée est née de la rencontre entre deux univers présents sur les mêmes territoires. D’un côté, l’industrie du parfum s’appuie sur des filières d’ingrédients naturels. De l’autre, l’UNFPA déploie auprès de ces communautés des programmes de santé complets. La complémentarité nous est apparue évidente : l’UNFPA apporte son expertise et sa capacité d’action sur le terrain, tandis que l’industrie du parfum peut ouvrir de nouvelles sources de financement pour amplifier ces programmes. Fragrance for Impact associe cette expertise opérationnelle, la capacité de The Colors à fédérer un écosystème et la volonté d’engagement de l’industrie.

Pourquoi ce lien vous a-t-il paru particulièrement pertinent aux Comores ?

H.M. et A.Y.: Les Comores occupent une place historique dans la chaîne de valeur mondiale du parfum, notamment grâce à l’ylang-ylang et à la vanille. Nous connaissons par ailleurs très bien le terrain comorien et les communautés de ces filières. Il existait donc une proximité naturelle entre le territoire, l’industrie du parfum et les actions menées localement par l’UNFPA.

Votre démarche n’est donc pas de créer un nouveau programme sur le terrain, mais de mobiliser une industrie autour d’un dispositif qui existe déjà. Pourquoi ce choix ?

H.M. et A.Y.: Nous ne souhaitions pas créer un dispositif supplémentaire ni repartir de zéro. Le programme de cliniques mobiles de l’UNFPA est déjà opérationnel, intégré au système de santé comorien et produit des résultats concrets. Notre rôle consiste à mobiliser l’industrie du parfum pour accélérer une solution qui fonctionne déjà. Cette collaboration avait donc un côté presque « plug and play ». Elle permet à l’industrie de contribuer à un programme piloté par une institution qui dispose de l’expertise, des équipes et des mécanismes de suivi nécessaires. Les financements mobilisés peuvent ainsi être transformés plus rapidement en actions sur le terrain.

Qu’apporte alors concrètement Fragrance for Impact ? Est-ce d’abord du financement, de la visibilité, une capacité de mobilisation de l’industrie, ou tout cela à la fois ?

H.M. et A.Y.: La première valeur de Fragrance for Impact réside dans sa capacité de mobilisation. Le mouvement permet à chacun de contribuer aux missions de santé de l’UNFPA avec ce qu’il sait faire de mieux. L’UNFPA apporte son expertise de terrain. Les entreprises peuvent mobiliser des financements et des compétences. Les marques peuvent imaginer des éditions solidaires de parfums ou d’autres collaborations. Les créateurs de contenu et les médias peuvent amplifier la visibilité du mouvement, tandis que les retailers peuvent valoriser les marques participantes et leurs initiatives auprès du public. Fragrance for Impact organise la complémentarité de ces contributions afin de créer davantage d’impact et d’efficacité qu’une succession d’actions isolées.

Pourquoi l’industrie du parfum devrait-elle, selon vous, se sentir particulièrement concernée par la santé des populations de ces territoires ?

H.M. et A.Y.: Parce que ces populations ne sont pas extérieures à l’industrie. Elles se trouvent au cœur de sa chaîne de valeur. Elles cultivent et récoltent certaines des matières premières qui nourrissent la création olfactive, tout en préservant des savoir-faire et des écosystèmes indispensables à la qualité et à la pérennité de ces filières. C’est une question  de responsabilité et de réciprocité, mais aussi d’une vision durable de l’industrie. Une filière ne peut être réellement résiliente que si les communautés sur lesquelles elle repose le sont également. Il ne s’agit pas de demander aux entreprises de se substituer aux pouvoirs publics ou aux institutions internationales, mais de leur permettre de contribuer, à travers l’expertise de l’UNFPA, à des solutions précises  sur des territoires avec lesquels leur activité entretient déjà un lien profond.

DB: Comment éviter que cette mobilisation ne se résume, pour les entreprises participantes, à une opération de communication ? Quels engagements et quels résultats pourrez-vous leur demander et mesurer ?

H.M. et A.Y.: La communication peut sensibiliser, élargir la mobilisation et attirer de nouveaux partenaires. En revanche, elle ne peut pas constituer l’engagement à elle seule. La visibilité accordée à une entreprise devra donc correspondre à une contribution réelle et mesurable : financement, apport de compétences, édition solidaire de parfum, mise en avant par un retailer ou campagne d’amplification. Nous suivrons les moyens mobilisés, comme les montants collectés, les partenariats conclus et les compétences apportées, ainsi que les résultats obtenus sur le terrain : missions réalisées, personnes accueillies, consultations effectuées et services de santé délivrés. L’expertise de l’UNFPA en matière de suivi et de reporting est déterminante. L’organisation s’impose un niveau d’exigence très élevé en matière de transparence, de traçabilité des financements et de mesure des résultats. Chaque partenaire pourra ainsi comprendre précisément comment sa contribution est utilisée et à quelles actions elle correspond.

Les Comores sont présentées comme un premier terrain. Fragrance for Impact a-t-il vocation à devenir un modèle permettant de connecter l’industrie du parfum à d’autres programmes de l’UNFPA dans d’autres régions productrices ?

H.M. et A.Y.: Oui, c’est exactement notre ambition, mais The Colors n’a pas vocation à gérer l’ensemble des futurs déploiements. Notre rôle est de tester le modèle aux Comores, d’en mesurer les résultats, puis de développer une méthode et des bonnes pratiques permettant à d’autres acteurs de prendre le relais. Madagascar représente, par exemple, une suite évidente en raison de sa proximité géographique avec les Comores, mais aussi des liens entre les deux pays autour de filières comme la vanille et l’ylang-ylang. Nous prévoyons de partager l’expérience acquise à l’occasion de l’Assemblée générale des Nations Unies en septembre 2027. D’autres bureaux de l’UNFPA, acteurs locaux et partenaires de l’industrie pourront ensuite adapter le modèle aux réalités de leurs territoires.

Cette capacité à créer des passerelles entre des mondes qui se connaissent mal semble assez caractéristique de The Colors. Est-ce finalement cela, votre rôle dans Fragrance for Impact ?

H.M. et A.Y.: Oui, The Colors a pour objectif de relier des acteurs, des territoires et des cultures qui ont beaucoup à s’apporter, mais qui ne disposent pas toujours des espaces ou des codes nécessaires pour travailler ensemble. Dans Fragrance for Impact, nous jouons un rôle d’interface et de traduction. L’UNFPA conserve le pilotage et le suivi des missions de santé sur le terrain. The Colors crée les conditions permettant à l’industrie de s’engager au plus près des réalités locales, de manière pertinente et durable.

The Colors et Nez ont déjà travaillé ensemble lors de la Paris Perfume Week 2026, notamment pour donner une place à de nouvelles scènes et géographies de la parfumerie. Voyez-vous Fragrance for Impact comme une autre facette de cette même démarche ?

HM et AY: Tout à fait. Lors de la Paris Perfume Week, notre collaboration visait déjà à élargir le récit de la parfumerie en donnant davantage de place à de nouvelles scènes, de nouvelles géographies et de nouvelles voix. Ce prolongement nous paraît d’autant plus aisé que Nez accorde depuis longtemps une place importante aux ingrédients naturels, mais aussi aux territoires, aux savoir-faire et aux personnes qui les font vivre. La collection des NEZ+LMR Cahiers des naturels, développée avec IFF, ainsi que vos contenus consacrés à Madagascar ou au travail mené par Amouage autour de la filière de l’encens au Wadi Dawkah, en sont de très bons exemples. Fragrance for Impact s’inspire de la dynamique à l’origine du média Nez, le mouvement culturel olfactif. Nous avons maintenant hâte de construire avec vous une véritable branche « Impact », capable de prolonger ce travail culturel par des engagements forts sur le terrain.

👉🏾Plus d’infos pour rejoindre le mouvement sur : https://www.thecolo.rs/fragrance-for-impact

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